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Le Thonier français Drennec attaqué à la roquette au large de la Somalie

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L'équipage a eu très peur et s'en sort miraculeusement. Samedi, le thonier français Drennec, de la compagnie bretonne Sapmer, a été pris pour cible par des pirates, alors qu'il travaillait au nord de l'océan Indien. Long de 84 mètres et comptant 25 membres d'équipage, le navire a été surpris par deux vedettes qui ont tenté de l'aborder. Profitant d'une mer formée, dans laquelle le grand thonier pouvait évoluer plus rapidement que ses poursuivants, le Drennec est parvenu à s'échapper. « On a réussi à les semer parcequ'il y avait une mer un peu forte et ils n'ont pas pu nous suivre avec leurs petites vedettes », expliquait dimanche, sur France Info, Patrick Helies, le capitaine du thonier. Mais, voyant leur proie leur échapper, les pirates n'ont pas hésité à tirer dessus pour tenter de l'immobiliser. « Quand ils ont vu qu'ils perdaient de la distance, ils se sont mis en travers, derrière nous et ont tiré au lance-roquettes trois fois. On a été touché sur le côté tribord et on a retrouvé une roquette qui n'a pas explosé sur le pont du bateau ». Les marins-pêcheurs, très marqués par cette attaque, ont décidé de rentrer vers les Seychelles, îles depuis lesquelles le navire breton opère plusieurs mois dans l'année. « L'équipage est un peu choqué parcequ'on on ne peut pas travailler dans des conditions pareilles », confie le capitaine. En tout, une quarantaine de navires français et espagnols, soit un millier de marins, travaillent dans cette région. Après l'attaque d'un thonier espagnol il y a quelques jours, la plupart des bateaux de pêche présents dans le secteur ont décidé de se regagner Mahé, leur port d'attache aux Seychelles. Poursuivre est trop dangereux, estime le commandant d'un autre thonier français, le Trévignon : « Pour notre sécurité, on préfère rentrer. On ne peut pas rester en pêche en se faisant tirer dessus. On n'est pas des militaires, nous sommes des marins pêcheurs et nous venons ici pour gagner notre vie, pas pour servir de cible ».

Le thonier Trévignon (© : B. LE MERDY)
Le thonier Trévignon (© : B. LE MERDY)

Surpris à plus de 800 kilomètres des côtes somaliennes

La piraterie n'est pas une nouveauté. Si l'affaire du détournement du Ponant, au printemps dernier, a mis en lumière cette activité auprès de l'opinion publique française, le phénomène se développe depuis plusieurs années au large de la corne d'Afrique. Profitant d'une longue guerre civile en Somalie et, par voie de conséquence, de l'anarchie régnant dans le pays, des groupes spécialisés dans cette activité se sont progressivement constitués. Opérant depuis des villages côtiers, transformés en véritables repères, notamment dans la région semi-autonome du Puntland, les pirates convoitent les bateaux marchands croisant au large. Initialement, les navires transportant l'aide humanitaire vers la Somalie étaient les principales cibles, car évoluant à proximité du littoral. Détournés, ces cargos et leurs équipages n'étaient relâchés qu'après le paiement d'une rançon. Disposant aujourd'hui d'une meilleure protection, les convois ont été délaissés. Mais, dans le même temps, les pirates, profitant de la manne financière des premières prises d'otage, ont acquis des moyens leur permettant d'opérer plus au large. Ils utilisent, notamment, des « bateaux mères », depuis lesquels ils surveillent le trafic maritime et peuvent mettre à l'eau des vedettes rapides, lorsqu'une proie intéressante est repérée. Ces nouveaux moyens rendent donc illusoire la relative protection consistant à naviguer loin des côtes. L'attaque du Drennec illustre cette problématique, le thonier ayant été attaqué à plus de 800 kilomètres du littoral somalien. « On est confronté depuis 4 5 ans à des actions de piraterie mais qui se déroulaient plutôt au départ dans la zone côtière. Petit à petit, on a vu ces actions s'éloigner de plus en plus vers le large. En fait, le Drennec, quand il s'est fait attaqué, était plus près des Seychelles que de la Somalie. La piraterie c'était au départ un peu artisanal mais on a l'impression que c'est devenu une activité lucrative et qui permet maintenant d'avoir une logistique permettant d'opérer beaucoup plus loin et sans difficulté. Ils ont une grande facilité à opérer en toute impunité », affirme Ronan Bargain, capitaine d'un thonier espagnol interrogé ce dimanche sur France Info.

Escorte d'un roulier, en août, dans le golfe d'Aden  (© : MARINE NATIONALE)
Escorte d'un roulier, en août, dans le golfe d'Aden (© : MARINE NATIONALE)

Les marines militaires relativement impuissantes

Face à cette situation, les pêcheurs réclament une intervention des flottes militaires. Car, désormais, les zones de pêche sont accessibles aux pirates et ces derniers ont bien compris tout le bénéficie qu'ils pouvaient retirer d'attaques contre les thoniers. « On ne peut pas rester sur une zone sachant que dans l'heure qui suit il y a un bateau de pirate qui vient tirer une roquette sur nous. On ne peut pas rester en état de guerre dans une zone qui n'est pas sécurisée », estime Ronan Bargain. Légitimement, les marins français en appellent à la Marine nationale. « On va voir si la marine française peut dépêcher un navire pour au moins assurer notre protection et être présente », explique le patron du Drennec. Dans cette zone, la flotte française est loin d'être inactive. A plusieurs reprises, en dehors de l'affaire du Ponant, elle est intervenue dans des actions de lutte contre la piraterie. En septembre dernier, elle avait aussi, en coopération avec l'US Navy, assuré la protection du thonier senneur Takamaka, de la Sapmer, en panne de moteur et dérivant vers les côtes somaliennes. Ces dernières semaines, l'aviso Commandant Birot a patrouillé dans le golfe d'Aden, assurant notamment la protection des navires marchands contre les attaques (la photo montre le Birot escortant un roulier français). Mais, devant l'immensité de l'océan Indien, les moyens de la Marine nationale, même cumulés à ceux des autres marines internationales présentent sur zone, sont bien trop faibles pour assurer la sécurité de la région. Et ce ne sont pas les réductions budgétaires et la diminution des flottes (en France et à l'étranger) qui ont arrangé les choses ces dernières années.

Inspection d'un boutre par la marine américaine  (© : US NAVY)
Inspection d'un boutre par la marine américaine (© : US NAVY)

Des aiguilles dans une vaste botte de foin


En tout, seule une grosse dizaine de bâtiments militaires est déployée en permanence dans tout le nord de l'océan Indien, dont deux à quatre unités françaises. Principale composante opérant sur place, la Task Force 150 se charge avant tout de la lutte contre le terrorisme. Car l'océan Indien, c'est aussi l'un des principaux noeuds de communication du monde, situé au coeur d'une zone particulièrement sensible et instable. Des centaines de bateaux y croisent chaque jour, qu'il s'agisse des porte-conteneurs arrivant d'Asie ou des tankers sortant du golfe Persique. S'y ajoute le trafic de cabotage et les innombrables boutres des pêcheurs et marchands locaux. Cet immense espace, peuplé de milliers d'embarcations, devient logiquement un incroyable terreau pour le développement de trafics illicites. Et c'est, aussi, le terrain de jeu rêvé pour des pirates qui peuvent, à loisir, s'y dissimuler. Pour tenter de sécuriser une telle « botte de foin », le nombre de navires militaires et d'avions de patrouille maritime devrait, par conséquent, être massivement augmenté, sans pour autant rendre le dispositif infaillible. Reste une question : La France et ses partenaires ont-ils les moyens de le faire ?

L'océan Indien  (© : WWW.LIB.UTEXAS.EDU)
L'océan Indien (© : WWW.LIB.UTEXAS.EDU)