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Le thonier taiwanais Shen Gang Shun 1 toujours échoué sur le récif d’Arutua
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Le thonier taiwanais Shen Gang Shun 1 toujours échoué sur le récif d’Arutua

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A Arutua où le Shen Gang Shun 1 s’était échoué le 21 mars, la situation est loin d’être réglée. Le thonier taiwanais de 49 mètres n’a pu être dégagé du platier corallien et il n’a pu être entièrement dépollué.

Les premiers travaux de dépollution ont été réalisés par la société Boyer, choisie par l'armateur. Mais en raison de la position du navire, les déchargements ont dû se faire par l’arrière, où les opérations sont rendues difficiles par la houle et la proximité du récif, explique la Direction polynésienne des affaires maritimes (DPAM). Le bras de la grue du navire affrété pour la dépollution du Shen Gang Shun 1 s’est avéré trop court. Il n’a pas été possible de retirer l’ensemble des fûts et cubitainers contenant des hydrocarbures transvasés sans mettre en péril l’équilibre du navire. Le thonier allégé, un remorqueur a néanmoins essayé de le tirer pour le dégager du platier. Sans succès. Ainsi, il reste encastré avec une partie des hydrocarbures et sa cargaison de poisson à bord.

En attendant, des habitants s’inquiètent des dégâts environnementaux causé par l’épave, qui pourrait perturber la migration de poissons perroquets et aurait déjà provoqué l’apparition d’algues suspectes.

Conformément à une décision du tribunal administratif, l’armateur doit verser 1 million de francs pacifiques par jour de retard, soit plus de 8000 euros, pour la dépollution et le retrait de l’épave. Il a déjà cumulé 1 million d’euros d’astreinte, mais a fait appel de la décision du tribunal et espère récupérer son navire. Toujours selon la DPAM, « l'armateur a fait venir un expert des Pays-Bas pour travailler à une solution avec la société locale Boyer. Nous sommes dans l'attente de connaître leur nouveau plan d'action, incluant l'achèvement de la dépollution et le déséchouement ou démentèlement sur place s'il ne parvient pas à le dégager ».

Pour mémoire, ce palangrier long de 49 mètres pour 9 de large construit en 1990 est arrivé le 15 mars à Papeete pour réparer une avarie. Il en est reparti cinq jours plus tard, le 20 mars, après son ravitaillement. Le lendemain, à 8h20, le JRCC Tahiti a reçu une demande d’assistance. Le pêcheur venait de s’échouer à 200 milles de là, sur un récif de l’atoll d’Arutua, dans l’archipel de Tuamotu, à 370 kilomètres au nord-ouest de Tahiti. Les 36 membres d’équipage ont été évacués par hélicoptère Dauphin, avant d’être récupérés par deux navires chinois (semble-t-il du même armement) qui naviguaient dans la zone. Une négligence humaine pourrait être à l’origine du naufrage.

Un autre navire échoué

Ce n’est pas la première fois que ce type d’accident se produit. Un autre thonier taiwanais, le Shen Long Yu est en cours de démantèlement sur l’atoll de Marutea Nord après s’être échoué en novembre 2017. La Polynésie française avait dû se substituer à l'armateur défaillant, au nom des risques environnementaux et de sécurité. L’opération a été confiée à un spécialiste local (Rovotik) pour un budget d'environ 1 million d'euros. Commencée début 2020 elle a dû être interrompue pour cause de confinement. Et n'a pas encore repris.

La tribunal administratif a liquidé l’astreinte. Plus de 9 millions d’euros vont être réclamés à l’armateur pour l’astreinte et les frais engagés pour la dépollution. Une jurisprudence qui se veut « dissuasive », explique la DPAM, qui précise que « pour récupérer tout ou partie de cette somme en fonction de la solvabilité du propriétaire et des assurances qu’il a pu souscrire, le pays va engager une procédure d’exéquatur qui va utiliser la voie diplomatique et la voie judiciaire. L’exequatur est une procédure qui vise à rendre exécutoire sur le territoire d'un Etat une décision juridictionnelle qui a été rendue dans un autre Etat. La première étape consistera à engager la procédure d'exequatur ; la seconde étape consistera à demander d'exécution de la décision à Taïwan ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.