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Le transfert à Brest du Vladivostok n’est pas à l’ordre du jour

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Le transfert à Brest du Vladivostok n’est pas à l’ordre du jour

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Il y a une semaine, nous évoquions un éventuel transfert à Brest du premier bâtiment de projection et de commandent russe, immobilisé depuis bientôt cinq mois à Saint-Nazaire. Une hypothèse qui n’est pas à l’ordre du jour, assure-t-on dans les milieux « autorisés ». Ce qui ne signifie pas qu’elle ne le sera pas dans les mois qui viennent. Tout dépendra évidemment de l’épilogue du contrat signé en 2011 avec la Russie, qui a commandé deux BPC à la France. Tête de série, le Vladivostok devait être livré début novembre mais son transfert a été suspendu par l’Elysée, qui le conditionne à la résolution de la crise en Ukraine. Quant au deuxième, le Sevastopol (Sébastopol), il a débuté le 16 mars sa première série d’essais en mer et est revenu à Saint-Nazaire vendredi après quatre jours de navigation au large de Belle-Ile. D’autres campagnes sont prévues dans les prochaines semaines, la livraison du bâtiment devant contractuellement intervenir en octobre.

Un bâtiment qui coûte cher et prend de la place

Le gel de la livraison du Vladivostok pose plusieurs problèmes. D’abord, cette immobilisation a un coût pour les industriels, à savoir STX France, qui a réalisé les bâtiments, et DCNS, qui est le maître d’œuvre du programme. Gardiennage, maintenance, location d’un quai… La facture s’élève à 2.5 millions d’euros par mois. Mais le premier BPC russe est également encombrant au premier sens du terme puisqu’il occupe un quai du bassin de Saint-Nazaire. Une place qui devait initialement servir à l’achèvement à flot du navire de croisière fluvial Loire Princesse. En charge de sa réalisation, les entreprises du groupement Neopolia ont été contraintes de se replier vers un autre quai, près des formes de radoub. Une zone bien moins adaptée et qui est loin de constituer une solution idéale alors qu’après la livraison du Loire Princesse, fin mars, plusieurs autres bateaux fluviaux doivent être réalisés.

 

Le Sevastopol et le Vladivostok (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

Le Sevastopol et le Vladivostok (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Pas de possibilité au bassin C

En temps normal, une solution aurait été de placer le Vladivostok dans le bassin C de STX France mais cette énorme forme de radoub est en travaux depuis l’année dernière pour servir de nouveau de cale sèche. Et elle accueillera au mois de juin l’Harmony of the Seas, le plus grand paquebot du monde, en cours d’assemblage au chantier nazairien. Ce qui signifie aussi que STX France ne va plus utiliser pour les navires de croisière le quai d’armement du bassin de Penhoët, là où se trouve le Sevastopol. Cet emplacement restera donc disponible.

Epilogue contractuel dans les prochains mois

Pour l’heure, il semble que les Français soient contractuellement à l’abri de réclamations de la part des Russes au moins jusqu’en mai. Ensuite, si Paris persiste à ne pas livrer le Vladivostok, Moscou devrait exiger le remboursement des sommes payées et réclamer des pénalités. Pour ces dernières, ce serait à une cour arbitrale de se prononcer. Il reste aussi à voir si le second BPC et donc l’ensemble du programme serait concerné, sachant que le contrat s’élève à 1.2 milliard d’euros, dont 80% sont apparemment déjà payés (du moins pour la part de STX France, qui s'élève à 600 millions d'euros). Dans ce cas, la France se retrouverait avec les deux bâtiments sur les bras et un beau casse-tête pour leur trouver un repreneur. Car s’ils paraissent extérieurement très voisins des trois BPC de la marine française, le Vladivostok et le Sevastopol ne sont pas utilisables en l’état par des flottes occidentales. Pour cela, il faudrait les mettre aux standards de l’OTAN et changer une bonne partie des réseaux, notamment électriques et en matière de fluides, le coût des travaux étant apparemment très élevé. Alors que la Marine nationale n’en a ni le besoin ni les moyens et que certaines hypothèses, comme une reprise par l’Alliance, semblent bien peu crédibles, des pistes peuvent exister avec certaines marines hors-OTAN pour lesquelles les normes russes ne sont pas un problème. Reste que la reprise des anciens BPC russes par un pays tiers ne serait diplomatiquement pas très aisé vis-à-vis de Moscou, tant pour la France que pour l’acheteur potentiel.

 

Le Sevastopol partant pour ses essais mer le 16 mars (© MER ET MARINE)

Le Sevastopol partant pour ses essais mer le 16 mars (© MER ET MARINE)

 

Plan B

En tout état de cause, si aucune solution n’est trouvée avec la Russie dans les mois qui viennent, on voit mal comment les industriels accepteraient de continuer à payer pour le Vladivostok et ensuite pour le Sevastopol. L’Etat, responsable de cette situation, serait sans doute prié de récupérer les bâtiments et d’en assumer la charge. Et c’est là que l’hypothèse d’un transfert vers la base navale de Brest pourrait refaire surface. On en est certes pas encore là, les industriels espérant toujours un dénouement favorable avec la Russie, mais les semaines passent vite et il va bien falloir commencer à envisager un plan B, au cas où… 

Marine russe