Histoire Navale
Le voilier Tara de Jacques Monod va revivre
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Le voilier Tara de Jacques Monod va revivre

Histoire Navale

Amoureux des beaux bateaux, les Concarnois Jean Hellequin et Jean-Noël Derrien restaurent le voilier Tara. Plutôt banal. Sauf que ce Tara a été construit en 1962 pour Jacques Monod, trois ans avant son Nobel de Médecine.

Dans un des hangars du chantier naval Minaouët Marine, près de Concarneau, les deux amis de longue date scient, ajustent et tirent des plans sur la comète pour la couleur de la peinture qu'ils passeront dans la cabine : « Moi, je préfère laisser le bois verni... ».

Depuis cinq ans, Jean et Jean-Noël ont décidé de restaurer Tara, voilier en bois de plus de 50 ans. En Bretagne, la restauration d'un bateau ancien n'est pas exceptionnelle. Mais Tara est le bateau sur lequel Jacques Monod (Prix Nobel de médecine en 1965 avec François Jacob et André Lwoff) a beaucoup navigué.

En 1962, l'ancien patron de l'Institut Pasteur s'est fait construire, par le chantier CNN de Cherbourg, ce Maïca à voûte classé nº6 d'une série de 38. Ce voilier de 11 mètres, taillé pour la régate, est réputé solide et rapide. « Même si Jacques Monod l'a fait modifier pour la croisière », rappelle Jean Hellequin, désormais heureux propriétaire de ce bateau.

Entre hasard et nécessité

C'est en août 2010 que ce kiné concarnois cherchait un voilier ancien, « même à restaurer ». Il est tombé, un peu par hasard, sur ce Maïca Tara, mis en vente par la famille du Nobel. « Tara était toujours resté la propriété des enfants de Jacques Monod depuis son décès en 1976 », se souvient Jean Hellequin.

Par chance, « le courant est immédiatement passé avec Olivier (Monod, Ndlr), qui m'a reçu à Cannes avec beaucoup de gentillesse. Un mois plus tard, je devenais propriétaire de ce bateau, avec la ferme intention de tout mettre en oeuvre pour sa restauration ». Bon bricoleur - « J'ai fait du modélisme quand j'étais jeune » -, Jean sait aussi qu'il va pouvoir se faire aider par son ami Jean-Noël, ancien charpentier à la retraite : « Il est très habile de ses mains et s'il n'avait pas été là, je n'aurais sans doute pas acheté Tara ».

Une "banque d'organes"

Depuis cinq ans, les deux restaurateurs passent leur temps libre autour de ce voilier dessiné par l'architecte John Illingworth, et construit en acajou et contreplaqué « avec des membrures en frêne et l'acastillage en bronze ». Pour que cette restauration soit la plus fidèle possible, « j'ai acheté l'épave d'un autre Maïca qui nous sert de "banque d'organes" ». La restauration est toujours au plus près de l'original, « même si on refait parfois des pièces à neuf ». Comme ces 280 boulons très abîmés que j'ai dû faire, un à un, au tour », rappelle Jean. Les deux amis se disent eux-mêmes « pointilleux et à la limite du pinaillage... »

L'esprit de Jacques Monod

Jean et Jean-Noël ne savent pas quand le travail sera terminé : « On espère bien aller avec Tara aux Fêtes maritimes de Brest 2020 ». « C'est jouable », assure Jean-Noël. Ils savent surtout qu'avec un tel bateau, ils vont souvent naviguer le pinceau à la main. Mais, « quand on est assis dans la cabine, on se dit souvent que c'est sur cette couchette que dormait Jacques Monod. Et ça impose le respect ».

Un article de la rédaction du Télégramme