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L'Elysée relance l'idée d'un rapprochement entre DCNS et les chantiers de Saint-Nazaire

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L'Elysée relance l'idée d'un rapprochement entre DCNS et les chantiers de Saint-Nazaire

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Et si Patrick Boissier, ancien président d'Alstom Marine, prenait la barre de DCNS ? Selon les informations recueillies par Mer et Marine, l'ancien patron des chantiers de l'Atlantique, qui quitte ses fonctions chez Cegelec, serait très bien placé pour être nommé président du groupe naval de défense. Le nom du remplaçant de Jean-Marie Poimboeuf, atteint par la limite d'âge en janvier, doit être très prochainement connu. Outre Patrick Boissier, d'autres noms circulent, comme ceux d'Hervé Guillou (EADS Defence & Communications Systems), Jean-Georges Malcor (Thales) et Bernard Planchais (DCNS). La venue de Nicolas Sarkozy à Saint-Nazaire, le 5 septembre, a été perçue par certains supporters de Patrick Boissier comme un signe en faveur de leur challenger.
En déplacement chez Aker Yards France suite au rachat de la maison mère des chantiers par le groupe coréen STX, le chef de l'Etat a confirmé l'entrée de l'Etat dans le capital de l'ancienne division navale d'Alstom, une branche dont la vente par Patrick Kron, en 2006, fut présentée comme regrettable par Nicolas Sarkozy. Pendant son discours devant les salariés, ce dernier a affirmé que l'Etat ne « laisserait pas tomber » l'entreprise et, non sans provoquer une certaine surprise, a relancé la perspective d'un rapprochement entre Saint-Nazaire et DCNS. « Est-ce que durablement, on peut rester avec un chantier qui construit du civil et un qui construit du militaire ? C'est un vrai sujet. C'est un sujet difficile mais je pense qu'il faut qu'on y réfléchisse », a expliqué le président de la République, ajoutant que « rien n'est tranché ».

« Je t'aime - Moi non plus »

Ces dernières années, la question du rapprochement des deux grandes industries navales a fait régulièrement débat. On se souvient notamment qu'en 2003/2004, Alstom, et notamment Patrick Boissier, n'avait pas ménagé ses efforts pour promouvoir le mariage avec l'ex-Direction des Constructions Navales, transformée en société de droit privé en 2003. Les dirigeants de DCN s'y étaient farouchement opposés, privilégiant leurs noces avec Thales. Outre les aspects techniques, politiques et financiers, l'ambiance entre les deux managements était alors très tendue. Chez DCN, on reprochait notamment aux patrons d'Alstom Marine d'avoir pris les anciens arsenaux « de très haut » quelques années plus tôt, lorsque Saint-Nazaire, surfant sur un insolent succès, produisait jusqu'à 5 ou 6 navires par an. Repoussant l'option civilo-militaire, le projet Convergence aboutira au rachat des activités navales françaises de Thales (hors équipements) par DCN et une prise de participation de 25% de l'électronicien dans le capital des anciens arsenaux. L'ensemble a donné naissance, l'an dernier, au groupe DCNS.
L'idée d'un rapprochement avec l'industrie navale civile est revenue au goût du jour cet hiver, suite au raid boursier de STX sur le Norvégien Aker Yards, propriétaire des sites de Saint-Nazaire et Lorient (ex-ALN) depuis 2006. Mais, malgré les pressions, Jean-Marie Poimboeuf a résisté aux tenants d'un regroupement avec le constructeur de paquebots.

Quelles synergies ?

L'idée continue néanmoins de faire son chemin et, au sein des deux entreprises, les mentalités évoluent. Face à des commandes étatiques qui diminuent, les salariés de DCNS demeurent inquiets, alors que leurs camarades nazairiens, qui ont changé deux fois de propriétaire en trois ans, voient, dans une implication de l'Etat, une certaine garantie concernant l'emploi et l'outil industriel. Si, dans chaque société, l'ensemble des personnels n'est pas convaincu, les défis, voire les menaces qui pèsent sur l'un et l'autre au sein d'une concurrence de plus en plus exacerbée, font gagner des voix aux partisans du rapprochement. A Saint-Nazaire, notamment, plusieurs syndicats mettent en avant les synergies possibles entre les deux groupes. Bien que ne construisant pas les mêmes bateaux, Aker Yards comme DCNS s'appuient sur un réseau de sous-traitants souvent identique. Certains navires sont mêmes construits en coopération, comme les frégates de surveillance ou les bâtiments de projection et de commandement. Outre le projet de second porte-avions, mené conjointement par les deux constructeurs, le bassin nazairien participe également à la réalisation de blocs pour les frégates de premier rang construites à Lorient. Ce fut le cas pour les La Fayette et les Horizon, lorsque le site morbihannais de DCNS ne pouvait pas répondre par ses seuls moyens aux besoins de production.
Les deux mondes ne sont donc pas si opposés que certains veulent bien le laisser croire. Et, souvent, les blocages sont des histoires d'hommes plus que des réalités industrielles.
A l'image d'Alstom, où l'Etat avait d'abord repris une participation dans le capital avant de la revendre à un groupe industriel français (Bouygues), les Chantiers de l'Atlantique pourraient connaitre une opération similaire. S'il n'est plus question de fusion, l'activité stratégique de DCNS interdisant un mariage avec les Coréens, un rapprochement capitalistique reste envisageable. Et, dans ce ménage à trois, le groupe naval de défense pourrait faire de STX, qui s'intéresse à l'activité militaire, une belle plateforme en vue de se développer en Asie du sud-est. Il s'agit là d'une région en plein essor où elle se trouve encore très absente, contrairement aux Allemands, déjà très implantés en Corée du Sud.

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