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L'Elysée tient pour acquise la commande de BPC par la Russie

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L'Elysée tient pour acquise la commande de BPC par la Russie

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En déplacement à Saint-Nazaire, Nicolas Sarkozy a abordé, devant les salariés de STX France, les négociations en cours pour la vente de bâtiments de projection et de commandement (BPC) à la marine russe. Le président de la République, qui n'a pas vraiment pris de gants, a assuré que deux des quatre BPC souhaités par Moscou seraient réalisés aux chantiers de Saint-Nazaire. « Vous allez fabriquer les deux BPC. La décision de le faire est certaine », a déclaré le chef de l'Etat au pied du Dixmude, troisième BPC destiné à la Marine nationale et dont l'assemblage s'achève dans la forme de construction de STX. L'Elysée tient donc pour acquis le choix du design français conçu par DCNS pour les futurs bâtiments de projection russes. Cette position peut paraître potentiellement risquée dans la mesure où les négociations sont toujours en cours. Il ne faudrait donc pas, même si le BPC français a la faveur des Russes, que ces derniers aient l'impression d'avoir « le couteau sous la gorge ».

Nicolas Sarkozy à Saint-Nazaire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Nicolas Sarkozy à Saint-Nazaire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Les négociations se poursuivent

Pour l'heure, aucun contrat n'est en tous cas signé et les négociations se poursuivent entre la France et la Russie, notamment en matière de transfert de technologie. Même s'ils ne sont que faiblement armés et construits aux normes civiles, les BPC intègrent, en effet, certaines technologies de pointe, notamment en matière d'électronique. De plus, le contrat doit prévoir l'aide technique française permettant aux chantiers russes de réaliser ce type de navire. Or, si Paris défend l'idée de faire « moitié moitié », c'est-à-dire deux BPC construits en France et les suivants en Russie, Moscou semblait, ces derniers mois, plutôt favorable à une solution ne laissant à Saint-Nazaire que la réalisation de la tête de série.
Peut-être pour faire pression sur les négociations, différentes informations ont circulé ces derniers mois. La presse a notamment évoqué des projets concurrents avec les industriels espagnols et néerlandais, avant d'avancer ces derniers jours la piste sud-coréenne. Mais celle-ci semble assez étonnante, les navires réalisés à Pusan (chez Hanjin Heavy Industries) intégrant des technologies américaines et la situation géopolitique de la région, marquée par les tensions entre Séoul et Pyongyang, ne se prête guère à un contrat d'armement, qui serait perçu comme un geste politique russe envers l'un des principaux alliés des Etats-Unis dans le secteur.

Le Dixmude à Saint-Nazaire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Le Dixmude à Saint-Nazaire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La construction du BPC 4 ne sera pas anticipée

Pour mémoire, les BPC français ont été conçus par DCNS. Les deux premiers (Mistral et Tonnerre), livrés en 2006 et 2007, ont été coréalisés avec STX France, qui avait seulement construit la partie avant, qui regroupe les locaux vie et la zone PC. Les deux moitiés avant avaient ensuite été remorquées à Brest, où elles avaient été soudées aux parties arrière, assemblée sur place par DCNS.
Le montage du troisième navire de la série est différent. La construction du Dixmude, prévue initialement après 2015, a en effet été anticipée pour regarnir le carnet de commandes de Saint-Nazaire, dont les ateliers en production avaient cessé de travailler l'an dernier. Dans le cadre du plan de relance de l'économie, la Direction Générale de l'Armement (DGA) a donc notifié, en avril 2009, la réalisation du bâtiment. Cette fois, STX réalise l'ensemble de la coque propulsée et aménagée, DCNS se chargeant ensuite, à Toulon, de l'intégration du système de combat et du système d'armes. Il en sera de même pour le quatrième et dernier BPC français de la série. Nicolas Sarkozy a confirmé que sa construction ne serait pas anticipée. Elle reste donc programmée pour la prochaine loi de programmation militaire (2015-2020) avec une admission au service actif en 2019/2020.
Conçus pour la projection de force et le commandement d'opérations interarmées et interalliés, les BPC mesurent 199 mètres de long pour un déplacement de 21.500 tonnes en charge. Chaque navire peut embarquer 2 à 4 engins de débarquement (EDA-R ou CTM), 16 hélicoptères, 70 véhicules et 450 hommes de troupe. Les BPC disposent d'importantes infrastructures de commandement, avec un PC modulable de 800m2 pouvant accueillir 150 opérateurs, ainsi qu'un vaste hôpital embarqué doté de blocs opératoires et de plusieurs dizaines de lits. Outre les opérations militaires, les BPC se sont révélés très utiles pour l'évacuation de ressortissants ou les missions humanitaires.
Très voisins des navires français, les BPC proposés à la Russie présenteront quelques particularités. Outre l'embarquement d'équipements russes, ces bateaux doivent disposer d'une coque renforcée pour permettre la navigation dans des zones polaires (glaces). Ils doivent, de plus, présenter un pont d'envol renforcé et un hangar surélevé, certains hélicoptères russes étant plus lourds et plus hauts (double rotor) que leurs homologues tricolores.
Si un accord est conclu avec la France, DCNS sera maître d'oeuvre du programme, STX France agissant en qualité de sous-traitant.


Hélicoptère russe sur le Mistral fin 2009 (© MARINE NATIONALE)
Hélicoptère russe sur le Mistral fin 2009 (© MARINE NATIONALE)

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France) Naval Group (ex-DCNS)