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Lemer : Dans l’une des dernières fonderies de plomb françaises

Reportage

Lemer : Dans l’une des dernières fonderies de plomb françaises

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Parmi la multitude de PME qui travaillent de près ou de loin pour le secteur naval, certaines sont plus atypiques que d’autres. C’est le cas de la fonderie Lemer, basée dans la région nantaise. Spécialisée dans les alliages à base de plomb, c’est l’une des dernières de France dans ce domaine. En décembre 2016, le groupe Lemer (qui compte aussi la fonderie Dejoie à Nantes) a été repris par Laurent Lécole, actuel directeur général, avec l’appui des fonds d’investissement Atalaya (dirigé par ACE Management), Ouest Croissance et Litto Invest. La présence de la famille Lemer n’a pas pour autant disparu. Elle se perpétue avec Pascaline Lemer et jusqu’à la 5ème génération en la personne d’Ulysse Harin, chargé d’affaires nautisme, qui nous a fait visiter son entreprise. Nous vous proposons donc aujourd’hui de découvrir comment fonctionne une fonderie de plomb au XXIème siècle et quelles sont ses productions.

 

Ulysse Harin, chargé d'affaires nautisme (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Ulysse Harin, chargé d'affaires nautisme (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Un métal présentant des dangers mais toujours incontournable

Le plomb est nocif pour la santé (reprotoxique et supputé cancérigène), essentiellement lorsqu’il se présente sous forme d’oxyde ou de vapeur. Il a d’ailleurs été interdit en France dans de nombreux domaines (peintures, essence, canalisations, jouets, etc). On serait donc en droit de se demander pourquoi le plomb est-il toujours utilisé ?

La raison tient à ses propriétés mécaniques qui le rendent incontournable. Sa masse volumique élevée de 11.35 g/cm3 et son point de fusion de seulement 327°C, en font une substance lourde et facilement malléable. En comparaison, la densité théorique de l’acier est de 7.50 g/cm3 et son point de fusion de 1534°C. De même, le plomb s’oxyde bien moins vite que l’acier. Enfin, il est à même de faire rempart aux radiations.

 

Avec de l'Antimoine, le plomb peut gagner en élasticité. D'autres alliages sont possibles

Avec de l'Antimoine, le plomb peut gagner en élasticité. D'autres alliages sont possibles ( © LEMER MARINE)

 

Le plomb est par ailleurs bien plus économique que d’autres métaux lourds comme le tungstène, l’or ou même l’uranium. D’abord, il faut moins d’énergie pour le faire fondre. Ensuite, si son cours reste très fluctuant, il reste très abordable (2500 euros la tonne contre près de 35.000 pour le tungstène). Il est aussi facilement récupérable. Si la demande mondiale est en nette augmentation, près de la moitié de la production est issue du recyclage (principalement d’anciennes batteries de voitures), plus que pour tout autre métal. Le directeur général, Laurent Lécole, se félicite d’ailleurs d’acheter en majeure partie cette matière sous forme de lingots issus du recyclage.

 

Des lingots de plomb prêts à l'emploi (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

Des lingots de plomb prêts à l'emploi (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

De fait, le plomb est encore massivement utilisé pour servir de lest en tout genre, de noyau fusible pour l’industrie, d’anodes, de blindage radiologique ou encore de munitions pour les chasseurs et des applications militaires.

Une société, deux sites de production et six marchés différents

La fonderie Lemer a beau être spécialisée dans le plomb, elle n’en reste pas moins très fortement diversifiée dans ses applications. Cela lui permet d’être plus résistante à d’éventuelles crises sectorielles.

Elle est principalement présente sur les six secteurs suivants : la pêche et la plongée sous-marine (40% du chiffre d’affaires), le nautisme (15%), le lestage (15%), l’industrie (15%), le nucléaire (10%) et les substituts au plomb (5%). So chiffre d'affaires atteinte 8 millions d'euros. Ainsi, elle fabrique un ensemble conséquent de produits et sous-produits à base de plomb ou d’alliages de substitution pour des clients très diversifiés. Cela va des grands industriels (Naval Group, Airbus, Bénéteau) aux enseignes de grande distribution spécialisées (Decathlon) en passant par certains acteurs publics (Ifremer, CEA).

Pour des raisons techniques, les activités industrielles de la société sont réparties sur deux sites différents.

Un premier atelier est implanté dans la zone industrielle de Nantes-Carquefou. On y fabrique des pièces de très petite taille réalisées en très grandes séries, par exemple des plombs de pêche ou encore des briques de protection contre la radioactivité. C’est aussi là que se trouve le siège du groupe avec les chargés d’affaires et le bureau d’études. La majeure partie de la cinquantaine de salariés y travaille.

L’autre site industriel se trouve au Loroux-Bottereau, au sud-est de Nantes. Le bâtiment, plus haut et doté d’un pont roulant d’une capacité de 20 tonnes, est adapté à la confection de grandes pièces à l’unité ou en faible série.

 

L'atelier du Loroux-Bottereau (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

L'atelier du Loroux-Bottereau (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Lests de navires et quilles de voiliers