Construction Navale
L'Endeavour déconstruit en accord avec les Conventions de Hong Kong et Bâle

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L'Endeavour déconstruit en accord avec les Conventions de Hong Kong et Bâle

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C’est un moment compliqué dans la vie d’un navire, celui de sa destinée finale. Souvent crève-cœur pour les marins et passionnés, il faut la plupart du temps envoyer les vieilles coques à la casse, qu’elles soient militaires ou civiles (la muséification d’un navire reste exceptionnelle). Deux autres problèmes se posent, la question du coût du démantèlement et l’impact environnemental. Une problématique à laquelle la marine néo-zélandaise a fait face lors du retrait du service actif en décembre dernier de son pétrolier ravitailleur, le HMNZS Endeavour. Aujourd’hui, nous en savons plus sur le démantèlement de l’ancien bâtiment militaire.

Mesurant 138 mètres de long, pour 18 mètres de large et déplaçant 12.300 tonnes en charge, il avait été construit en Corée du Sud. En service depuis 1988 et après avoir parcouru près d’un million de kilomètres, il était maintenant temps de le déconstruire. La Royal New Zealand Navy a fait le choix de déconstruire son ravitailleur en Inde, à Alang ,dans le chantier JRD Industries. Il a appareillé le 20 mars de la base navale de Devonport, près d’Auckland, pour son dernier voyage.

 

(© HMNZS)

(© HMNZS)

Un appel d’offres discriminant sur la question du respect des traités internationaux

La question financière a très vite motivé la Nouvelle-Zélande à se tourner vers un pays « traditionnel » du secteur de la déconstruction, en l’occurrence l’Inde. 

Pour les autorités néo-zélandaises, il n’y avait qu’une seule option viable, choisir un ferrailleur reconnu et respectueux des traités internationaux. Dans le cadre d’un appel d’offres, c’est JRD Industries qui a été choisi. Une entreprise qui fait presque figure d’exception dans la baie d’Alang. Selon un porte-parole de la New Zealand Defence Forces, l’élément capital était le fait que JRD Industries se soit conformé à la Convention internationale de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires datant de 2009.

De même, la NZDF s’est reposée sur le travail de l'autorité de protection de l'environnement (EPA) du gouvernement néo-zélandais pour être en accord avec la Convention de Bâle (1989) sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et leur élimination.

 

(© HMNZS)

(© HMNZS)

Un démantèlement préparé en amont

Se conformer à la Convention de Bâle obligeait la Nouvelle-Zélande à suivre minutieusement les opérations entreprises sur la vieille coque par le biais de son autorité de protection de l'environnement. Celle-ci a d’abord dû réaliser un listing de tous les produits dangereux à bord et examiner leur élimination éventuelle en Inde. Puis, l’EPA a analysé tout le processus de démantèlement, y compris sur les normes en matière de santé et de sécurité, sur les licences, autorisations et certificats détenus par l'installation. Enfin, l’organisme a dû demander l’autorisation du transfert du navire au ministère indien de l'Environnement. Toutes ces démarches se sont avérées positives.

Par la suite, l’EPA et la NZDF suivront les opérations sur place, du début à la fin.

JRD Industries, un acteur vert ?

De son côté, JRD Industries mise clairement sur un retraitement le plus « écologique » possible des navires. Il est situé sur l’emplacement numéro 30 de la baie d’Alang depuis 1993. Plus de 250 navires ont été déconstruits par le chantier qui a fait le choix de monter en gamme sur les questions environnementales, sanitaires et sécuritaires.

La société de classification nipponne Class NK a attribué une déclaration de conformité par rapport à la convention de Hong Kong. Elle a aussi reçu du Bureau Veritas plusieurs certifications importantes. Elle est ainsi certifiée ISO 9001:2008, ISO 14001:2004 & BS OHSAS 18001:2007 et ISO 30000:2009. Ces normes concernent le management de processus industriel de recyclage de navires, sur les questions sanitaires et environnementales.

 

Les navires sont échoués sur une plage. Toutefois, des zones imperméables sont présentes pour effectuer certains travaux de découpe (© JRD INDUSTRIES)

Les navires sont échoués sur une plage. Toutefois, des zones imperméables sont présentes pour effectuer certains travaux de découpe (© JRD INDUSTRIES)

 

Concrètement, pour ce qui est des normes sanitaires et de sécurité, l’entreprise annonce travailler sur la formation, l’équipement et l'encadrement des salariés. Des règles de sécurité strictes sont mises en oeuvre dans les zones qualifiées de dangereuses. À ce titre, elle fait partie des bons élèves dans cette région du monde. Pour la protection de l'environnement, la société dispose de zones dédiées pour les différentes phases de la déconstruction d'un bateau, de portions de sols imperméabilisées. Elle met aussi en place un tri et un retraitement spécialisé des déchets. L’utilisation et le rejet de l’eau en mer sont aussi encadrés, selon l’industriel.

Une solution qui a ses limites

Il reste que les navires sont toujours découpés à même la plage où ils sont échoués. C’est sur ce point que l’on peut se questionner sur ce projet de déconstruction. Il apparaît certain que l’utilisation d’une cale ou d’un dock flottant apparaît nécessaire pour réellement contenir d’éventuels polluants. De même, on peut émettre des doutes sur la sécurité réelle de certains travailleurs sur place. Toujours est-il que cette solution a été jugée satisfaisante pour la Nouvelle-Zélande.