Disp POPIN non abonne!
Histoire Navale
L'épave de l'USS Hornet découverte

Actualité

L'épave de l'USS Hornet découverte

Histoire Navale
Défense

Plus de 76 ans après sa disparition, l'ancien porte-avions USS Hornet, coulé pendant la seconde guerre mondiale, a été retrouvé dans le Pacifique sud. C’est une nouvelle fois le Petrel, navire de recherche financé par le milliardaire américain Paul Allen, décédé en octobre dernier, qui a fait cette découverte. Elle s'ajoute à celles, intervenues en 2018, du croiseur USS Indianapolis et du porte-avions USS Lexington, eux-aussi perdus lors de la bataille du Pacifique.

L’épave de l’USS Hornet a été trouvée fin janvier par les sondeurs et robots sous-marins du Petrel. Elle gît par 5330 mètres de fond au large des îles Salomon.

 

Inspection de l'épave de l'USS Hornet depuis la centre d'opération du Petrel (©  VULCAN)

Inspection de l'épave de l'USS Hornet depuis la centre d'opération du Petrel (©  VULCAN)

 

Mis sur cale en septembre 1939 à Newport News, lancé en décembre 1940 et entré en service en octobre 1941, l’USS Hornet (CV 8) était le troisième porte-avions d’une classe débutée avec l’USS Yorktown (CV 5) et l’USS Enterprise (CV 6). L’USS Wasp (CV 7) était une version compacte de ces bâtiments.

Plus de 70 avions et 2900 marins à bord

Long de 251 mètres pour une largeur maximale de 35 mètres et un déplacement de plus de 29.000 tonnes en charge, l’USS Hornet pouvait embarquer plus de 70 avions et était armé par 2900 marins. Flambant neuf, il est en entrainement en Atlantique lorsque survient en décembre 1941 l’attaque de Pearl Harbor. En mars 1942, il franchit le canal de Panama et rejoint la flotte du Pacifique, dont les trois porte-avions (Lexington, Saratoga et Enterprise) avaient par chance survécu au raid nippon sur Hawaii.

La situation est alors très difficile pour les Etats-Unis, privés des cuirassés de la Pacific Fleet alors que l’avancée japonaise semble impossible à contenir en Asie du sud-est. Il est alors décidé, faute de mieux à cet instant, de lancer une attaque surprise sur Tokyo et, ainsi, démontrer que même affaiblis les Américains sont toujours là et peuvent frapper l’empire du soleil levant en plein cœur.

L’opération Doolittle

Seul un raid aérien mené à partir d’un porte-avions peut réussir. Mais il faut le conduire à grande distance pour éviter une interception japonaise. Une mission que les appareils de l’US Navy ne peuvent remplir car n’ayant pas suffisamment d’autonomie. Une idée folle voit alors le jour : lancer à partir de l’USS Hornet des bombardiers conçu pour opérer depuis des bases terrestres, en l’occurrence des B-25. C’est l’opération Doolittle, du nom du lieutenant-colonel qui la met sur pied et la dirige lui-même. Profitant de son transfert dans le Pacifique, l’USS Hornet s’arrête à Almeda, en Californie, le 20 mars 1942. 16 B-25 sont alors embarqués et stockés sur son pont d’envol.

Un raid lancé à 600 milles des côtes nippones

Le porte-avions appareille puis rejoint au large de Midway l’USS Enterprise, qui doit lui offrir une couverture aérienne. L’escorte comprend également des croiseurs. Cette force navale fait alors route vers l’archipel nippon. Il est initialement prévu de lancer les bombardiers à environ 400 milles des côtes japonaises mais la flottille américaine est découverte par un navire ennemi avant d’avoir atteint cet objectif. L’effet de surprise brisé, il n’est pas question pour l’US Navy de risquer plus avant ses deux précieux porte-avions. Bien qu’ils se trouvent encore à 600 milles au large, décision est prise de faire décoller les B-25. Avec chacun un équipage de 5 hommes, les 16 bombardiers décollent, certains par miracle car il y a tout juste assez de longueur de pont compte tenu de leur poids et des bidons de carburant supplémentaires qui sont embarqués à la hâte.

 

Un B-25 lancé depuis l'USS Hornet (©  US NAVY)

Un B-25 lancé depuis l'USS Hornet (©  US NAVY)

 

Malgré tout, les appareils arrivent sans encombre au-dessus de Tokyo, les Japonais étant pris au dépourvu. La ville est bombardée, de même que certaines installations industrielles et portuaires de la région. On compte une cinquantaine de tués et environ 400 blessés. Les dégâts du raid américain sont mineurs mais l’effet psychologique considérable. Cette attaque contribue d’ailleurs à la décision du haut commandement japonais d’attaquer Midway, qui se soldera en juin 1942 par une cuisante défaite pour la marine impériale et la première grande victoire américaine de la bataille du Pacifique.  

Quant aux 16 B-25 qui bombardèrent le Japon, ils parvinrent tous à rejoindre les côtes chinoises ou, pour l’un d’entre eux, la région russe de Vladivostok. Mais, à court de carburant, ils se posèrent en catastrophe. Sur 80 aviateurs américains présents dans ces avions, 73 survécurent.

De Midway aux îles Salomon

Quant à l’USS Hornet, il participe ensuite, avec l’USS Yorktown et l’USS Enterprise, à la bataille de Midway, au cours de laquelle l’armada japonaise, pourtant largement plus puissante au début du combat, est contrainte de se retirer après avoir perdu quatre porte-avions et 250 appareils.

L’USS Hornet est ensuite engagé à partir d’août 1942 dans la campagne des îles Salomon. La dernière bataille du bâtiment, celle des îles Santa Cruz, se déroule le 26 octobre. Après que ses appareils aient sévèrement endommagé un porte-avions et un croiseur japonais, l’USS Hornet est à son tour gravement touché par l’aviation ennemie. Le CV 8 encaisse trois bombes et deux torpilles, ainsi que deux crash de deux bombardiers Val endommagés, dont un sur l’îlot. Il est incapable de mettre en l’air les avions encore à bord et ceux qui sont déjà en l’air ne peuvent être récupérés. Certains appontent sur l’USS Enterprise, d’autres essayent d’amerrir près de bâtiments américains. Une tentative de remorquage est réalisée par le croiseur USS Northampton mais le porte-avions est de nouveau la cible d’une attaque aérienne. Un torpilleur Kate met un coup au but. Privé d’énergie, l’USS Hornet accuse une forte gîte. Il pourrait sans doute être encore sauvé mais l’arrivée d’une force navale japonaise est annoncée. Décision est alors prise de l’abandonner et de le couler. Une fois l’équipage recueilli (les attaques ont fait 140 morts sur environ 2200 personnes à bord), deux destroyers tirent plusieurs torpilles et plus de 400 obus de 130mm sur l’épave, qui refuse de couler avant l’arrivée des japonais. Ces derniers finissent de l’achever avec quatre nouvelles torpilles.

Le nom d’USS Hornet sera donné peu après la disparition du CV 8 à l’un des nouveaux porte-avions de la classe Essex dont la construction avait débuté quelques mois plus tôt sous le nom d’USS Kearsarge. Mis en service en novembre 1943, le CV 12 fut désarmé en 1970 et transformé en musée en 1998 à Almeda, là où son aîné avait embarqué les fameux B-25 de l’opération Doolittle.

US Navy / USCG