Histoire Navale
L’Equipe Cousteau annonce une «nouvelle vie» pour la Calypso

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L’Equipe Cousteau annonce une «nouvelle vie» pour la Calypso

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Vingt ans après son naufrage à Singapour et un peu plus de huit ans après son arrivée à Concarneau, le célèbre navire du commandant Cousteau devrait quitter la Bretagne d'ici la fin mars pour rejoindre l’Italie. L’Equipe Cousteau, qui en est propriétaire, annonce « une nouvelle vie » pour la Calypso. L’hypothèse d’un avenir monégasque, évoqué l’an dernier, n’a finalement pas vu le jour. Mais l’association, emmenée par Francine Cousteau, affirme être aujourd’hui en mesure de sauver le célèbre bateau : « Des milliers de fans, à travers le monde, ont apporté leur soutien moral pour faire naviguer Calypso de nouveau. Les coûts considérables liés à ce projet ont, maintes fois au cours de ces 20 ans, barré toutes possibilités. Finalement, l’Equipe Cousteau a réussi à mettre autour d’une même table des mécènes internationaux généreux et très motivés, aux objectifs compatibles avec ceux de l’Equipe Cousteau ».

« Elle sera navigante et propulsée par ses propres moteurs »

L’ancien dragueur de mines britannique, construit en 1942 et converti en navire océanographique en 1951, serait donc sauvé. Reste que pour l’heure, aucune précision n’a été donnée quant au projet destiné à faire renaître le bateau et, ensuite, savoir ce qu’il ferait exactement. « A la fin du premier trimestre 2016 Calypso pourra quitter les chantiers de Concarneau et entamer sa nouvelle vie. En plus de la coque historique du bateau et de ses équipements, Calypso sera dotée des deux moteurs Volvo marines achetés en 2009 », précise l’Equipe Cousteau. La remise en place de la propulsion doit donc offrir la possibilité au bateau de reprendre la mer, ce qui est l'objectif affiché par Francine Cousteau : « Lorsque Calypso reviendra en Méditerranée, elle sera navigante et propulsée par ses propres moteurs, comme le souhaitait le Commandant Cousteau », explique sa veuve.

 

La Calypso dans on état actuel (© DR)

La Calypso dans on état actuel (© DR)

 

Prochaine étape à Gênes

Toutefois, avant cela, il faudra mener de très lourds travaux car le bateau est actuellement démonté et n’est plus qu’un squelette de membrures dépourvu de bordé. Comme elle y était entrée fin 2007, la coque de 42 mètres et 200 tonnes, soutenue par un berceau, sera sortie du hangar du chantier Piriou où elle se trouve depuis plus de huit ans et roulera vers le quai au moyen d’un chariot. De là, elle sera hissée par des grues sur un cargo, à bord duquel elle quittera Concarneau. Non pas pour rejoindre un autre chantier français, mais pour rallier l’Italie. C’est en effet le port de Gênes qui a été apparemment choisi comme destination. Les discussions sont toujours en cours avec les prestataires qui seront chargés du transport et des chantiers ont été consultés, sans qu’un contrat soit apparemment signé à ce jour. L’objectif de l’Equipe Cousteau est en tous cas de remettre la Calypso dans l’état qui était le siens quand elle a accidentellement coulé à Singapour en janvier 1996, il y a tout juste 20 ans. Un projet à plusieurs millions d’euros qui doit être financé et nécessitera, selon la fondation, entre 12 et 18 mois de chantier. Si tout se passe comme annoncé, le bateau ne reprendra donc pas la mer avant 2017.

 

Patrice Quesnel (© EQUIPE COUSTEAU)

Patrice Quesnel (© EQUIPE COUSTEAU)

 

L’ancien commandant de l’Alcyone à la manoeuvre

Pour l’heure, il s’agit déjà de sortir la coque de Concarneau. Une équipe a été nommée dans cette perspective, avec à sa tête Patrice Quesnel, qui a commandé pendant 12 ans l’Alcyone. Ce bateau scientifique expérimental doté de turbo-voiles, conçu par Cousteau et le Bureau Mauric, avait été lancé en 1985 à La Rochelle. Depuis 2001, Patrice Quesnel est en charge de la coordination et du suivi de situation de la Calypso. « La mission du commandant Quesnel est de prospecter, rencontrer et coordonner les différents intervenants nécessaires à la sortie du navire. C’est une organisation logistique très précise qui demande autant d’expertise que de diplomatie. Depuis 15 ans, Patrice Quesnel a largement fait ses preuves dans ces deux domaines et j’ai totalement confiance en ses qualités pour mener à bien ce programme. Je sais aussi que l’enthousiasme déclenché par la formidable nouvelle de la renaissance du navire lui permettra de trouver tout le soutien nécessaire auprès de ses interlocuteurs », a déclaré Francine Cousteau.

Piriou reste prudent 

Suite à l’annonce par l’Equipe Cousteau du départ prochain de la Calypso, Piriou se montre quant à lui très prudent. « Nous espérons que cette fois ces déclarations seront suivies d'un réel effet et que le calendrier annoncé sera tenu, dans le respect des décisions de justice, à la différence des déclarations précédentes depuis huit ans. Le chantier fera bien entendu tout son possible pour permettre le retrait de la Calypso du hangar dans les meilleures conditions », a réagi Vincent Faujour, directeur général du groupe naval concarnois, sorti vainqueur, l’an dernier, d’une longue bataille juridique avec son ancien client.

 

La Calypso mise au sec à Concarneau en 2007 (© LE TELEGRAMME)

La Calypso mise au sec à Concarneau en 2007 (© LE TELEGRAMME)

 

Une longue bataille devant les tribunaux entre le chantier et son ex-client

Pour mémoire, la Calypso, en piteux état, avait été convoyée de La Rochelle (où elle était en attente depuis 1998) à Concarneau en octobre 2007. Rapidement, le bateau est mis au sec et les travaux de remise en état débutent chez Piriou. Les superstructures débarquées, le bordé est retiré et les membrures progressivement remplacées. Alors que le vieux bateau est en train de renaître, tout s’arrête brutalement. En octobre 2009, Piriou assigne l’Equipe Cousteau pour impayés et réclame 850.000 euros. La riposte ne se fait pas attendre, l’Equipe Cousteau accusant le chantier de malfaçons portant notamment sur le choix du bois. La procédure s’enlise, le bateau reste seul dans son hangar, que Piriou ne peut plus utiliser. Après un premier jugement au tribunal de commerce de Quimper en 2013, un appel est formulé.

Le jugement de décembre 2014 « partiellement exécuté »

En seconde instance, la Cour d’appel de Rennes ordonne en décembre 2014 le remboursement à Piriou « d’une indemnité d’occupation du bâtiment égale à 2600 euros par mois à compter du 2 septembre 2013 jusqu’au jour du retrait du navire », ainsi que le paiement « du solde des travaux restant dû soit 273.000 euros environ ». L’Equipe Cousteau a également deux mois à partir de la notification de l’arrêt (c’est-à-dire jusqu’au 12 mars 2015) pour retirer la coque du hangar. Piriou indique que les sommes qui lui étaient dues ont été finalement versées le mois dernier mais rappelle que le jugement n’a été que « partiellement exécuté ». Car la seconde partie de l’arrêt de la Cour d’appel, celle portant sur le retrait du bateau, n’a pas été réalisée dans les temps impartis.

Procédure de saisie-vente et projet monégasque avorté

C’est ce qui avait d’ailleurs conduit le chantier à initier, dès mars 2015, une procédure de saisie-vente de la Calypso. Celle-ci n’avait pas abouti, l’Equipe Cousteau répliquant à l’époque en faisant appel et en annonçant que des discussions sont en cours avec la principauté de Monaco pour assurer le sauvetage du navire. Une hypothèse qui semble alors pouvoir tenir la route, le prince Albert II - qui a d’ailleurs inauguré en juin dernier au pied du Rocher le navire de voyage Yersin, réalisé par Piriou – étant passionné d’océanographie.

Seulement voilà, le scénario monégasque n’a pas vu le jour et le chantier brestois du Guip, spécialisé dans les bateaux en bois et dont le nom avait été évoqué à l’époque pour remettre en état la Calypso, ne se chargera finalement pas du projet.

Piriou pressé de récupérer son hangar

Quant à Piriou, le chantier va peut être faire une croix sur l’année supplémentaire d’occupation de son hangar, sa priorité étant de se débarrasser de l’encombrante vielle coque et de mettre un terme à une histoire qui n'a que trop duré. Surtout que Concarneau tourne actuellement à plein régime et a besoin de toutes ses capacités pour répondre aux commandes de navires neufs récemment engrangées.

 

 

Un bateau mythique

Les expéditions au bout du monde de la Calypso ont transporté pendant de nombreuses années les spectateurs du dimanche soir vers le monde du silence, guidés par le commandant Cousteau et son fameux bonnet rouge, les Mousquemers et Albert Falco, le plus célèbre des plongeurs. Au fil du temps, la Calypso est devenue un mythe. Et pourtant rien ne la prédisposait à cela quand elle est sortie, en 1942, des chantiers Ballard Marine Railways Company de Seattle, au Nord-Est des Etats-Unis. Le dragueur de mines de 42 mètres de long pour 400 tonnes de déplacement faisait alors partie d’une commande massive effectuée par la Royal Navy, en guerre, aux chantiers américains. Le HMS J-826 rejoint Gibraltar l’année suivante, puis participe activement au débarquement des Alliés en Italie avant de gagner le port de Tarente. Il est retiré du service actif et désarmé en 1946.

Racheté par un armateur, le bateau est rebaptisé Calypso et devient brièvement un ferry entre l’île maltaise de Gozo et le port de La Valette. En 1950, le milliardaire Thomas Loël Guinness, désireux d’acquérir un navire pour le transformer en yacht, repère la Calypso et l’achète. Elle ne servira cependant jamais à la plaisance. Car Guinness avait rencontré peu de temps auparavant Jacques-Yves Cousteau, un officier de marine français féru de sciences et d’océanographie. Ce dernier cherchait un bateau, qu’il ne pouvait évidemment pas se payer, pour le transformer en navire océanographique indépendant.

 

 

Transformation à Antibes en 1951

Magie des rencontres. Guinness achète le navire, le loue à Cousteau pour un franc symbolique chaque année et lui paie même les travaux de transformation. Ceux-ci seront menés aux chantiers d’Antibes en 1951. Ils vont transformer le bateau rustique en navire avant-gardiste en matière de support de plongée, avec notamment un puits directement percé dans la coque, mais également en navire scientifique avec entre autres une chambre d’observation sous-marine. Le « faux nez », est placé sous l’étrave et équipé de 5 hublots destinés aux prises de vues. Les premières campagnes débutent en 1952, la Calypso part en mer Rouge avec un équipage éclectique de marins et de scientifiques, le vulcanologue Haroun Tazieff est à bord, pour étudier les fonds marins et leur géologie. Ensuite ce sera une mission archéologique sur une épave devant Marseille puis de la prospection pétrolière au large d’Abu Dhabi. La Calypso passe régulièrement au bassin pour être modifiée et recevoir de nouveaux équipements. Elle sera en particulier dotée d’une plateforme hélicoptère et des fameux mini-sous-marins. L'ensemble lui confèrera une impressionnante polyvalence dans ses missions qui iront, durant ses 45 années de service actif, de la bathymétrie à l’observation de la faune marine, du chalutage à but scientifique à la recherche sismique. Sans oublier bien sûr le cinéma et la télévision. 

 

Le grand public découvre les océans

L’année 1955 est celle du tournage du film Le Monde du Silence, qui obtient l’année suivante la palme d’or du festival de Cannes. Les documentaires télévisuels donnant naissance à la série l’Odyssée sous-marine du Commandant Cousteau, qui finiront de rendre le bateau et son équipage mondialement connus, sont tournés à partir de 1967. Alors que de nouvelles caméras sous-marines sont mises au point, ils permettent pour la première fois et de manière inédite de faire découvrir au grand public la richesse, la beauté mais aussi la fragilité des océans.

 

Jacques-Yves Cousteau (© EQUIPE COUSTEAU)

Jacques-Yves Cousteau (© EQUIPE COUSTEAU)

 

La collision de Singapour

En janvier 1996 la Calypso revient d’une mission en océan Indien. Elle fait escale à Singapour où elle est victime d’une collision avec une barge. Un gros coup pour la vieille coque et pour le vieux commandant Cousteau, qui s'éteint l'année suivante, non sans avoir affirmé avant qu’il voulait que la Calypso « reste au service de la science et de l'éducation ». A Singapour, le fidèle Falco surveille le renflouement du bateau et son retour à Marseille, effectué en 1997 à bord d’un navire semi-submersible. La star du petit écran est désarmée, un peu abandonnée dans les bassins du port de commerce. 

L’année suivante, elle est remorquée vers La Rochelle où on envisage de la transformer en musée. Les ennuis commencent : le navire se retrouve au centre d’une bataille entre les héritiers de Jacques-Yves Cousteau, sa veuve d’un côté et de l'autre son fils, né d'un premier mariage. A la suite d’une longue procédure, la Calypso est attribuée en 2005 à la Cousteau Society, présidée par Francine Cousteau, veuve du commandant.

 

La Calypso avant son départ de La Rochelle (© DR)

La Calypso avant son départ de La Rochelle (© DR)

 

De La Rochelle à Concarneau

Le navire, déjà éprouvé par son accident, a beaucoup vieilli durant ses années au port de la Rochelle. Il a aussi été pillé. De gros travaux sont nécessaires pour le remettre en état. Après avoir envisagé un chantier aux Etats-Unis, l’Equipe Cousteau (nouveau nom de la fondation Cousteau également présidée par Francine Cousteau) choisit finalement Piriou, à Concarneau, où le beau projet de restauration tourne court au bout de deux ans.  

Aujourd’hui, un nouvel espoir apparait donc et, après deux décennies de déboires, la mythique Calypso va peut-être retrouver son lustre d’antan et sillonner de nouveau les mers. Mais après tant d’annonces et de projets avortés ces dernières années, les amoureux du bateau attendent maintenant, pour vraiment y croire, de le voir non seulement quitter Concarneau, mais aussi être concrètement remis en état. 

 

(© EQUIPE COUSTEAU)

(© EQUIPE COUSTEAU)