Histoire Navale
Les adieux du croiseur Colbert à Bordeaux

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Les adieux du croiseur Colbert à Bordeaux

Histoire Navale

Après 14 ans de présence à Bordeaux, le croiseur Colbert a définitivement quitté le port ce matin. L'appareillage est intervenu peu après 7 heures. Pour ramener l'ancien musée flottant à Brest, où il est attendu lundi, la Marine nationale, dont le bâtiment est la propriété, a dépêché trois remorqueurs. L'Argonaute, arrivé hier, a rejoint les Buffle et Rari. Le premier, d'une capacité de traction au point fixe de 133 tonnes, tire le Colbert sur l'avant, alors que le second (traction de 30 tonnes) le maintient par l'arrière, servant de gouvernail actif. Le Rari (47 tonnes) reste en surveillance, chargé d'intervenir en cas de besoin. Le remorquage du Colbert est, en effet, une opération délicate, notamment pour la remontée de la Gironde, un fleuve présentant de nombreux écueils. Le grand navire de 181 mètres de long et 10.000 tonnes de déplacement ne dispose plus de propulsion et un demi-tour dans Bordeaux a été nécessaire, avant le chanalage vers l'Atlantique. En préalable à son départ, des travaux préparatoires ont été entrepris. Les points d'ancrage, qui n'avaient pas servi depuis 1993, ont été renforcés. Etablissement Recevant du Public (ERP), dans son ancienne fonction de musée, le Colbert a nécessité le démontage des équipements de protection des visiteurs ainsi que des matériels de décoration. Quelques mannequins et trois vieux fusils ont d'ailleurs été gracieusement offerts à l'association Nantes Marine Tradition, où ils perpétueront à Nantes, sur le Maillé Brézé, l'accueil des visiteurs sur un ancien navire militaire. Les objets du bord présentant un intérêt historique, comme les souvenirs d'escales et autres tableaux, ont quant à eux été transférés au Service Historique de la Défense à Vincennes. Enfin, le mât du Colbert a été découpé et posé sur sa plage avant, afin que le navire puisse passer sous le pont d'Aquitaine. Livré en 1957 par l'arsenal de Brest, le Colbert est le dernier croiseur construit en France. Ce puissant navire, capable de filer 31 noeuds, avait emmené le général de Gaulle au Canada, en 1967. Pour mémoire, c'est au cours de ce voyage que le chef de l'Etat avait prononcé son fameux « Vive le Québec libre ! ». Et, c'est après 34 ans d'activité que le bâtiment fut retiré du service en 1991, à l'issue d'une ultime mission durant la Guerre du Golfe.

800.000 visiteurs accueillis à bord

Sous le feu des projecteurs, en 1990, lors de la guerre du golfe, le Colbert vécu sa dernière mission au service actif comme escorte du Clemenceau. Désarmé le 24 mai 1991, à son retour à Toulon, il rejoint Bordeaux deux ans plus tard. Transformé en musée, le bâtiment rencontre alors un vif succès, avec 100.000 visiteurs la première année. L'effet de nouveauté passé, la fréquentation s'effrite progressivement, pour tomber à 35.000 visiteurs en 2005. Faute de rentrées d'argent suffisantes, la gestion devient alors délicate, d'autant que le croiseur, vieillissant, nécessite d'importants crédits en entretien et réparations. Propriété du ministère de la Défense, qui n'a pas pu ou pas voulu mobiliser des fonds, le bâtiment et sa gestion ont été confiés à l'association « Les amis du Colbert ». Cette dernière n'ayant pas les compétences commerciales requises, une sous-concession a été signée avec une entreprise privée, la « SARL Croiseur Colbert ». De 20 salariés à l'origine, le croiseur n'en employait plus que 3 l'année dernière. Confrontée au délabrement progressif du bateau, l'entreprise aurait dû engager la réfection de la mâture, comme des boulons et rivets rouillés, sans oublier une peinture partant en lambeaux... Il aurait fallu 1.5 million d'euros pour assurer la rénovation du musée, dont plus de 500.000 pour les seuls travaux de peinture. Malgré toute l'énergie déployée par les Amis du Colbert, le combat fut vain et la déception des amoureux du navire reste immense : « le croiseur n'a pas couté un centime aux Bordelais. Il n'a jamais eu le moindre petit cadeau de qui que ce soit, à commencer par les frais d'amarrage aux Chartrons », explique, écoeuré, un membre de l'association. Seules quelques subventions avaient été versées au début de l'aventure, intégralement dépensées dans le remorquage et les passerelles d'accès. Les relations avec la municipalité n'ont, semble-t-il, rien arrangé. Bien qu'Alain Juppé ait lui-même signé le livre d'or du Colbert, la mairie de Bordeaux souhaitait depuis de longs mois le départ du navire : « Le moment est venu de se débarrasser de ce croiseur. Le Colbert n'a plus d'avenir à Bordeaux », estimait à l'été 2006 le maire, Hugues Martin. Sous la pression des élus locaux, le ministère de la Défense a finalement accepté, en fin d'année, de rapatrier le croiseur à Brest. « L'erreur a été de ne pas demander à l'Etat de continuer à l'entretenir. Je comprends le maire. Il voit le bateau se détruire peu à peu dans le port. Ce n'est pas bon pour l'image de la ville. Et puis, il ne faut pas oublier qu'il est soumis aux pressions d'un petit groupe de personnes qui n'ont jamais voulu du bateau et qui ont organisé une véritable politique de sabotage », nous expliquait récemment Dominique Bongiovanni, ancien gérant du navire.

Landevennec va devenir le plus gros musée à flot de France

Le remorquage du Colbert de Bordeaux à Brest devrait prendre quatre jours. A son arrivée dans le port du Finistère, prévu normalement lundi, le bâtiment rejoindra l'ex-Clemenceau aux épis porte-avions de la base navale. Il subira alors quelques semaines de travaux, comprenant notamment la sécurisation de la coque et des pièces mobiles. Les ouvertures seront bouchées, afin d'empêcher les infiltrations d'eau. Divers équipements, notamment de propulsion, devraient également être débarqués pour servir de pièces détachées au porte-hélicoptères Jeanne d'Arc. Pour entretenir le navire école, qui doit rester en service jusqu'en 2010 et qui dispose de la même motorisation que le Colbert, la marine prélevait déjà régulièrement, à Bordeaux, certaines pièces. Conditionné pour rester en bon état, le croiseur devrait rejoindre, dans le courant de l'été, le cimetière de bateaux de Landévennec, sur la presqu'île de Crozon. Le site, dont les épaves attirent de nombreux touristes, s'est rempli ces derniers mois, avec l'arrivée des escorteurs d'escadre Duperré et La Galissonnière, ainsi que de l'aviso Détroyat et de l'aviso escorteur Enseigne de Vaisseau Henri. A l'horizon 2010, le C 611 Colbert devrait ensuite rejoindre la filière de déconstruction sous le nom de coque Q 683.
En attendant, les amis du Colbert et quelques anciens marins ont rendu un dernier hommage à la seconde vie bordelaise du navire. Une vedette accompagnait le convoi jusqu'au pont d'Aquitaine pour une dernière photo souvenir. Chassé de la ville après 14 années, le navire a présenté son arrière à Bordeaux, ses deux plaques, « Honneur » et « Patrie », bien en évidence...
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- Le Colbert en images, en mer et à Bordeaux

- Voir la fiche technique du croiseur Colbert


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