Défense
Les ambitions de Piriou dans le secteur militaire

Actualité

Les ambitions de Piriou dans le secteur militaire

Défense

Le groupe breton souhaite développer son activité de construction neuve dans le secteur naval militaire. Au-delà d'un contrat pour le patrouilleur hauturier Hermès (type Gowind), qui sera achevé fin 2011 par DCNS, Piriou commence, discrètement, à tester le marché avec une nouvelle gamme de vedettes et patrouilleurs. Trois modèles de 15, 27 et 50 mètres étaient, ainsi, visibles sur son stand au dernier salon Euronaval. « Nous travaillons sur une gamme de taille inférieure à celle des grands patrouilleurs de DCNS, de manière à ce qu'il n'y ait pas de concurrence. Nous visons l'export avec ce que nous savons faire, c'est-à-dire des coques en acier et en aluminium destinées à la surveillance des pêches mais qui peuvent aussi être militarisées. Notre coeur de cible est constitué de bâtiments faiblement armés et utilisant des technologies civiles », explique Pascal Piriou. Le groupe breton s'appuie notamment sur ses précédentes réalisations, comme l'Atsantsa, un navire de surveillance des pêches de 35 mètres livré en 2007 à Madagascar par son chantier CNOI, installé sur l'île Maurice.

Le patrouilleur Atsantsa(© : PIRIOU)
Le patrouilleur Atsantsa(© : PIRIOU)

Piriou dispose aussi d'une solide expérience dans les navires rapides avec les crew boats construits pour BOURBON dans ses différents chantiers. Le groupe maritime français a même fait réaliser, par la filiale nigériane de Piriou (WAS), des vedettes de surveillance et d'escorte dont les lignes ne sont pas sans rappeler celles des crew boats. Peints en gris, ou « bleu pigeon » comme on dit chez BOURBON, ces bateaux blindés (plaques en kevlar) embarquent des hommes armés chargés de la protection des navires de type Supply exploités sur les champs offshores situés au large du Delta du Niger.

Crew boat protégé (© : DROITS RESERVES)
Crew boat protégé (© : DROITS RESERVES)

S'il vise d'abord le développement à l'international, les besoins en bâtiments de surveillance étant très importants, Piriou regarde également, dans certains cas, le marché français. Ainsi, le constructeur de Concarneau travaille actuellement avec des armateurs afin de se positionner sur le futur programme des Bâtiments de Soutien et d'Assistance Hauturiers (BSAH). Du type Anchor Handling Tug Supply (AHTS), à l'image des gros remorqueurs civils utilisés dans le secteur offshore, ces unités de 2000 à 3000 tonnes doivent remplacer les remorqueurs de haute mer et bâtiments de soutien de la Marine nationale. Le projet, tel que présenté par la Direction Générale de l'Armement (DGA), prévoit un partenariat entre l'Etat et le secteur privé, avec mise en place d'un contrat de service global de longue durée couvrant la réalisation, la mise à disposition et l'entretien des navires.

Vue du futur Hermès (© : DCNS)
Vue du futur Hermès (© : DCNS)

Pourquoi pas une collaboration avec DCNS à l'export

Piriou ne souhaite pas se lancer dans les grands bâtiments militaires, types de navires pour lesquels il lui manque un savoir-faire en matière de systèmes de combat et de systèmes d'armes. En revanche, le groupe breton n'exclue pas de pouvoir travailler avec de grands groupes navals, à commencer bien évidemment par son compatriote DCNS, sur des programmes où il peut avoir une carte à jouer. C'est aujourd'hui le cas avec Hermès, le chantier concarnois réalisant la partie avant du patrouilleur, qui a été embarquée hier sur une barge pour gagner Lorient et être assemblée au reste de la coque par DCNS. On notera, par ailleurs, que deux filiales de Piriou sont également impliquées dans ce programme : BOP, qui a conçu le système de mise à l'eau des embarcations, et les Ateliers Normands, qui fournissent et installent les moteurs. Ce type de collaboration avec DCNS pourrait aussi voir le jour à l'export si, par exemple, le groupe naval vendait des navires dans la région de l'océan Indien ou en Asie. Si tel est le cas, Piriou peut proposer les services de ses filiales CNOI (Maurice) ou SEAS (Vietnam). « Nous pouvons nous positionner comme sous-traitants à Concarneau ou ailleurs. Ainsi, nos filiales à l'île Maurice et au Vietnam sont dimensionnées pour réaliser des navires jusqu'à 100 mètres de long. Nous avons également prouvé, notamment avec les derniers thoniers-senneurs réalisés par SEAS, que ces chantiers étaient capables de construire des bateaux assez complexes », note Pascal Piriou. Ce dernier estime même que, si l'occasion se présente, un grand contrat à l'export peut donner lieu à la création d'un nouveau chantier. « Nous n'avons pas de positionnement géographique figé. Dans le cadre des programmes à l'export, les clients souhaitent de plus en plus que les navires soient réalisés chez eux et, au-delà de la construction, qu'il puisse bénéficier sur place d'infrastructures de maintenance. On peut très bien envisager la création d'un chantier dans un nouveau pays si une commande significative est signée ».

Le Thétis en cale sèche à Concarneau (© : IPC)
Le Thétis en cale sèche à Concarneau (© : IPC)

La maintenance et les désarmements

Ces dernières années, Piriou s'est également essayé, avec succès, à la maintenance de bateaux gris. Dans le cadre de l'ouverture à la concurrence du maintien en condition opérationnelle des navires de la Marine nationale, le groupe a, ainsi, récupéré plusieurs contrats de MCO. En 2008 et 2009, le Service de Soutien de la Flotte a confié à sa filiale Piriou Naval Services les marchés de MCO de deux bâtiments d'instruction à la navigation (BIN), trois bâtiments remorqueurs de sonars (BRS) et un bâtiment base de plongeurs démineurs (BBPD), tous basés à Brest. PNS assure l'entretien complet de ces unités, avec des engagements contractuels sur la disponibilité.
En 2008, PNS a, dans le même temps, débuté une nouvelle activité liée au désarmement des vieux bâtiments, d'abord avec les ex-Rari et ex-D'Entrecasteaux. Depuis l'affaire de l'ex-porte-avions Clemenceau, la fin de vie des navires de la Marine nationale fait, en effet, l'objet d'un processus très strict. Il s'agit, par des travaux appropriés, de préparer chaque coque à son intégration dans la filière de démantèlement. En 2009, Piriou s'est vu attribuer un contrat de retrait du service actif (RSA) pour 13 bâtiments sur une durée de quatre ans (dont les patrouilleurs P400 et les bâtiments de transport léger - Batral). Le groupe a aussi récupéré le marché (plus de 450.000 euros) de l'ancien porte-hélicoptères Jeanne d'Arc, sur lequel ses équipes et sous-traitants ont travaillé cet été.

La Jeanne au bassin, le 1er septembre (© : MARINE NATIONALE)
La Jeanne au bassin, le 1er septembre (© : MARINE NATIONALE)

A Brest, PNS a procédé à une dépollution partielle de la coque (extraction des liquides et fluides, nettoyage des circuits et cuves, dégraissage, débarquement des batteries et bouteilles de gaz...), la découpe du mât, le débarquement des ancres, lignes d'arbres et hélices, ainsi que l'enlèvement des anodes. En parallèle, la cheminée a été bouchée et les ouvertures condamnées, afin de rendre étanche le bateau. Au préalable, l'entreprise avait extrait du mythique bâtiment école tout ce qui pouvait être réutilisé par la marine. L'ensemble a représenté trois mois de travaux.
Cette nouvelle activité, si elle ne génère pas un apport financier très important par rapport à la construction neuve, constitue une source de diversification intéressante. D'autant que le nombre de vieilles coques arrivant en fin de vie augmente significativement. Ainsi, la Marine nationale compte envoyer au démantèlement quelques 100.000 tonnes de navires au cours de la décennie.

Chantier Piriou | Toute l'actualité du groupe naval breton