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Les archéologues de l'André Malraux explorent les fonds de Yeu et Noirmoutier

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Les archéologues de l'André Malraux explorent les fonds de Yeu et Noirmoutier

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L’André Malraux est accosté à Saint-Nazaire. Le bateau du Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines est bien loin de son port-base de Marseille. Il est ici en mission d’évaluation archéologique sur le site du futur champ éolien offshore de Yeu-Noirmoutier, attribué au consortium regroupant Engie, EDPR et la Caisse des Dépôts. « Cette campagne archéologique fait partie des procédures obligatoires que l’aménageur doit effectuer pour obtenir les permis nécessaires à l’implantation d’un champ offshore », précise Lucie Forget, directrice du développement du consortium Eoliennes en Mer Iles d’Yeu et de Noirmoutier (EMYN).

 

L'André Malraux lors de la campagne de recherche de l'épave de la Cordelière (

L'André Malraux lors de la campagne de recherche de l'épave de la Cordelière (© MICHEL FLOCH)

L'André Malraux est sorti en 2012 des chantiers H2X de La Ciotat (

L'André Malraux est sorti en 2012 des chantiers H2X de La Ciotat (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

A bord du navire de 36 mètres, il y a un équipage composé de quatre marins, un cuisinier et de dix archéologues et photographes, tous plongeurs. « Le rôle du DRASSM, tel que prévu par le cadre règlementaire, est de se fournir les données sur l’état du patrimoine au sein des études rendues par l’aménageur », précise Christine Lima, responsable DRASSM en charge de la campagne. Des campagnes effectuées par tous les aménageurs que ce soit sur le lieu d’implantation des éoliennes et sous-stations mais également sur tous les tracés de câbles inter-éoliens et de raccordements à la terre. L’André Malraux est ainsi déjà venu plusieurs fois sur les côtes atlantiques, pour effectuer les campagnes préventives du champ EDF-EN de Guérande ou encore, en avril dernier, celui du câble de raccordement du champ de Yeu-Noirmoutier. Ce type de campagne préventive se déroule en deux temps. Une première phase consiste en une campagne géophysique qui sert à cartographier le sol. Celle-ci est menée avec des outils d’acquisition comme les sonars ou les magnétomètres. Soit avec l’André Malraux, qui peut mettre en œuvre son sondeur multifaisceaux sous la coque, son magnétomètre et son pénétromètre. Soit par un autre prestataire, « dans ce cas, nous vérifions que la qualité des données est bien conforme à ce dont nous avons besoin. Dans le cas contraire, une autre campagne doit être menée », précise Christine Lima.

 

Traitement des données dans le PC scientifique de l'André Malraux (

Traitement des données dans le PC scientifique de l'André Malraux (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Cette première phase aboutit à la mise en évidence d’anomalies que l'on va distinguer en raison de leur taille, de leur aspect, de leur écho magnétique. « Lors de la campagne sur le câble de raccordement du champ de Yeu Noirmoutier, nous avons retenu 43 anomalies sur les 27 km du tracé. Pour le champ en lui-même et les câbles inter-éoliens, nous en avons repéré une trentaine ». Ces anomalies sont toutes consignées dans un catalogue puis elles vont faire l’objet d’une plongée pour être documentées.

 

(© TEDDY SEGUIN)

 

Quatre archéologues et deux photographes vont donc se relayer pour inspecter ces anomalies qui peuvent être naturelles (comme un cube de roche), anthropiques mais non archéologiques (par exemple un objet récemment tombé d’un bateau) ou archéologiques. « Le code du patrimoine et la convention de l’Unesco définissent comme archéologique des objets de plus de 100 ans. Mais, quand nous le pouvons, nous documentons également des choses plus récentes, comme par exemple des ancres de l’entre-deux guerre que nous avons pu trouver, pour alimenter la base de ce qui va forcément devenir archéologique dans quelques temps ».

 

Le local COH sur le pont (

Le local COH sur le pont (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

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(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Station de gonflage des blocs (

Station de gonflage des blocs (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

L'André Malraux dispose d'un portique Cormac de 7 tonnes, d'une grue Corvis de 12 t/mètres et d'un treuil scientifique avec 800 mètres de câbles électro-tracteur pour mettre en oeuvre le magnétomètre Sea-spy et le sondeur latéral Klein 3900. Il peut également mettre en oeuvre des sous-marins de 6 tonnes. (

L'André Malraux dispose d'un portique Cormac de 7 tonnes, d'une grue Corvis de 12 t/mètres et d'un treuil scientifique avec 800 mètres de câbles électro-tracteur pour mettre en oeuvre le magnétomètre Sea-spy et le sondeur latéral Klein 3900. Il peut également mettre en oeuvre des sous-marins de 6 tonnes. (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Perche latérale pouvant supporter des têtes de sondeurs multifaisceaux (

Perche latérale pouvant supporter des têtes de sondeurs multifaisceaux (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Quand la météo est favorable, les équipes du DRASSM essaient d’effectuer deux plongées par jour, toujours à l’étale. Les archéologues et les marins établissent un programme quotidien ensemble. Le bateau va ensuite se maintenir en position dynamique au plus près du point GPS préenregistré de l’anomalie, pose un balisage de surface et une ligne de vie qui servira de repère aux plongeurs. Dans cette configuration, l’André Malraux stoppe ses deux hélices de propulsion et utilise son propulseur d’étrave et son pump-jet pour ne pas gêner les plongeurs. « C’est important d’être le plus précis possible à ce moment-là. Parfois les conditions de plongée sont tellement mauvaises qu’on est dans le noir total. Ce n’est pas le moment de devoir trop chercher ou tâtonner », précise le commandant du navire Christian Peron, lui-même ancien plongeur.

 

Le commandant Christian Peron (

Le commandant Christian Peron (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Toute la cartographie des archéologues est affichée en temps réel à la passerelle (

Toute la cartographie des archéologues est affichée en temps réel à la passerelle (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

La propulsion diesel-électrique du navire est constituée de deux groupes Baudouin de 600 kW entraînant deux moteurs électriques de 450 kW (

La propulsion diesel-électrique du navire est constituée de deux groupes Baudouin de 600 kW entraînant deux moteurs électriques de 450 kW (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Les plongeurs peuvent intervenir jusqu’à 50 mètres de profondeur, au-delà le DRASSM peut aussi utiliser des moyens robotiques. Une fois l’anomalie repérée, elle est photographiée, mesurée et documentée. L’ensemble est retranscrit dans une fiche qui servira à la rédaction du rapport à destination de l’aménageur. Sur le champ de Yeu Noirmoutier, il y a une anomalie déjà bien connue, l’épave du Driskos, un vraquier coulé par un U-Boot en 1917 au large de Noirmoutier. Spot de plongée connu, il se situe à 230 mètres du tracé d’un câble inter-éolien. « Même si c’est un objet connu, nous allons essayer de le documenter de manière à en faire un état des lieux 2019. Nous savons aussi qu’une fois le parc installé, il y aura des restrictions de navigation, c’est donc le moment de réaliser cette documentation préventive », note Christine Lima. La campagne de l’André Malraux, débutée le 2 juillet, devrait s’achever début août. Le consortium EMYN aura déboursé 850.000 euros pour cette opération.

 

L'André Malraux à Saint-Nazaire en début de semaine (

L'André Malraux à Saint-Nazaire en début de semaine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)