Marine Marchande

Actualité

Les armateurs appellent au soutien de l’Etat en faveur de la propulsion au GNL

Marine Marchande

Initiée en janvier 2012 par le gouvernement de l’époque, la mission sur l’emploi du Gaz Naturel Liquéfié à bord des navires, conduite par Jean-François Jouffray, a rendu ses conclusions le 28 février au ministre des Transports. Permettant de fédérer l’ensemble des acteurs impliqués (entreprises gazières, industriels, ports, administrations, armateurs…), cette mission a notamment permis de faire avancer les travaux réglementaires au niveau national et international, tant sur la construction des navires que sur la formation des équipages.

 

Des progrès cruciaux alors que la nouvelle règlementation sur la teneur en soufre du carburant doit s’appliquer à compter du 1er janvier 2015 en Manche, mer du Nord et Baltique. Une directive qui impose aux armateurs de revoir complètement le mode de propulsion des navires, faute de quoi les lignes risquent, pour beaucoup, de ne plus être économiquement viables. Dans cette perspective, le développement de moteurs fonctionnant au GNL est considéré comme l’une des meilleures voies possibles. Une technologie qui permettrait aux compagnies de répondre rapidement aux nouvelles règlementations environnementales en limitant significativement la pollution (le GNL élimine les émissions de soufre et d’oxyde d’azote et réduit les émissions de CO2 d’environ 20%), mais aussi en réalisant des gains sur les frais de soute. Une telle transformation peut également constituer une aubaine pour les chantiers navals, comme celui de Saint-Nazaire. Toutefois, le coût de la mutation est énorme, d’autant qu’il ne s’agit pas uniquement de construire de nouveaux navires ou d’adapter les bateaux existants avec des équipements adéquats, mais aussi de doter les ports pour le ravitaillement en gaz des bateaux. C’est pourquoi Armateurs de France appelle l’Etat à mettre en place « un plan d'action global en faveur de la filière » et soutenir la dynamique impulsée par les travaux du rapport Jouffray.

 

 

Un calendrier maintenu malgré deux ans de mobilisation

 

 

Cela fait deux ans que les armateurs français sensibilisent les pouvoirs publics sur la problématique de l’annexe VI de la convention internationale Marpol (traduite en droit européen par la directive soufre). Ils ont, ainsi, prévenu que son entrée en vigueur risquait d’intervenir avant que les flottes aient pu s’adapter, provoquant la fermeture de lignes maritimes et la destruction de centaines d’emplois. Grâce à une forte mobilisation, la France, soutenue par plusieurs autres pays, a porté le fer a Bruxelles pour obtenir un report de la date butoir ou, au pire, bénéficier de dérogations. Malgré tout, la Commission européenne a décidé, le mois dernier, que la directive serait bien appliquée dès le 1er janvier 2015 et qu’elle n’autorisait pas les Etats membres à engager une procédure visant à obtenir une exemption devant l’Organisation maritime internationale (OMI).

Les compagnies sont donc aujourd’hui au pied du mur et ont moins de deux ans pour se préparer. Un délai extrêmement court pour développer et généraliser la propulsion au gaz, qui implique des investissements très lourds. « Son développement demande des efforts financiers importants. A cet égard, le rapport (Jouffray) souligne les incohérences de la politique européenne et l'absence de financement national dédié. Au niveau européen, la Commission a ainsi annoncé le 22 février dernier que le soufre ne serait pas inclus dans les lignes directrices des aides d’Etat pour la protection de l’environnement. Elle a également confirmé le non renouvellement des aides à la construction navale au-delà de 2013, et n'a toujours pas précisé le contenu des aides à finalité régionale.  Il est donc urgent de clarifier les financements que peuvent apporter les différents programmes européens (*) au développement des nouvelles infrastructures. De même, il convient que l'Etat et les collectivités s'engagent à soutenir la conversion ou l’achat de navires propulsés au GNL. Sans engagement financier conséquent de la part de la France, similaire à l’effort que vient de consentir la Finlande pour son industrie, le passage au GNL restera théorique », estime Armateurs de France.

 

 

« Créer une dynamique de développement »

 

 

En conséquence, l’organisation souhaite que la France et l’Europe soutiennent une politique active de promotion du GNL. « Dans un premier temps, une telle politique passe par le soutien aux projets d’investissement déjà déposés, notamment par STX France et Brittany Ferries dans le cadre des investissements d’avenir, ainsi que par un engagement des ports à procéder au développement des infrastructures nécessaires au GNL ». Selon Raymond Vidil, président d’Armateurs de France : « L'enjeu aujourd'hui, c'est de créer une dynamique de développement qui s’étende non seulement au transport maritime mais également à l'ensemble de la chaîne logistique : le GNL représente ainsi une occasion unique pour nos ports de se doter d’un véritable avantage concurrentiel à condition qu’ils soient parmi les premiers à s’équiper ».

Armateurs de France, souhaite, par ailleurs, la mise en place d’une structure de coordination qui poursuive le travail de la mission et continue de fédérer les acteurs professionnels et institutionnels autour du GNL.

  

 

(*) Comme les programmes RTE-T (réseau transeuropéen de transport), Marco Polo ou FEDER (Fonds européen de développement régional).

 

Divers marine marchande