Marine Marchande
Les armateurs veulent relancer le pavillon français

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Les armateurs veulent relancer le pavillon français

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Plus de marins et de bateaux français. C’est l’objectif de ce plan stratégique mis au point par Armateurs de France, le syndicat patronal du secteur de la marine marchande, et qui doit être versé dans les discussions actuelles du Fontenoy du maritime. « Il s’agit de l’aboutissement d’un processus lancé il y a un an, suite au discours volontariste du président de la République à Montpellier », dit à Mer et Marine Jean-Marc Lacave, délégué général d’Armateurs de France. « Nous avons vécu une année 2020 très particulière, qui a encore davantage montré l’importance stratégique de la marine marchande et des marins, que l’on doit vraiment traiter comme des travailleurs essentiels ». Pour Armateurs de France, ce fut aussi l’arrivée, en avril, d’un nouveau président, Jean-Emmanuel Sauvée, qui a « immédiatement lancé le projet de travailler sur le pavillon français ». Une conviction renforcée par le discours du déconfinement d’Emmanuel Macron, qui rappelait la dimension stratégique des océans, puis la création d’un ministère de la Mer, un peu refroidie par la quasi-absence du maritime dans le plan de relance. « Passée la première émotion de voir que le maritime n’était que très peu fléché, nous sommes résolus à nous inscrire dans les mesures transverses du plan de relance. Et nous avons continué à travailler avec tous les acteurs du transport maritime : syndicats, banquiers, assureurs… pour proposer un recueil de recommandation que nous présentons aujourd’hui sous la forme de ce plan stratégique de la marine marchande ». Objectif : le printemps 2021 et un accord de compétitivité pour le secteur.

- Voir le plan stratégique de la marine marchande

« Nous avons élaboré un plan axé autour de quatre thématiques qui ne vont pas l’une sans l’autre ». Il y a d’abord « la solidarité économique », qui verrait l’extension d’une obligation de pavillonnement tricolore, telle qu’elle existe actuellement pour le pétrole et ses produits en vertu de la loi de 1992 et de ses évolutions, pour des biens essentiels ». « La pandémie actuelle a montré la nécessite d’avoir une souveraineté sur la logistique de ces produits indispensables que peuvent être des médicaments, l’agro-alimentaire, les sources d’énergie. Il ne s’agit pas d’imposer un transport à 100% sous pavillon français mais pour une partie, au moins ». Un élargissement de souveraineté logistique qui « peut se faire sous plusieurs formes, législatives ou conventionnelles, comme cela sera le plus simple ».

Le deuxième pilier est environnemental. Un domaine déjà largement encadré par les règlementations internationales, qu’elles émanent de l’Organisation Maritime Internationale ou de l’Union Européenne. Les armateurs veulent mettre en place des moyens pour accompagner la marine marchande dans cette transition, « comment faire pour rétrofiter un bateau récent qui doit être conforme aux standards des 25 prochaines années ? Comment financer un navire neuf totalement conforme avec des solutions industrielles en développement ? » Pour accompagner cette transition écologique, l’organisation patronale veut s’impliquer davantage, discuter avec les industriels, et notamment la construction navale française. « Nous ne sommes là pour prescrire à nos adhérents où commander leurs navires, ce choix étant dictés par des impératifs nombreux et différents. En revanche, nous serions ravis et fiers de voir, grâce à une optimisation de la combinaison entre armateurs et chantiers, la France devenir un fer de lance de l’innovation ».

Autre domaine de travail, le social « pour lequel le monde maritime a déjà une longue tradition de dialogue ». Armateurs de France souhaite ainsi voir une amélioration de la féminisation de la profession et de son attractivité. « Cela ne rime à rien de vouloir avoir davantage de navires, si nous n’avons pas des marins et officiers pour les armer ». Alors que la profession fait à nouveau face à une pénurie d’officiers, Jean-Marc Lacave renouvelle sa confiance à l’ENSM : « Nous avons un très bel outil public de formation sur lequel nous devons continuer à mieux capitaliser : c’est un véritable partenariat public-privé, et il faut que les armateurs continuent à s’investir pour toujours améliorer la qualité de l’enseignement que ce soit avec des équipements, des TP ou lors des embarquements ». Il insiste aussi sur le fait de faire évoluer les formations en fonction des nouveaux besoins, comme les nouvelles propulsions ou la cyber-sécurité. « Il nous faut élargir notre vivier de recrutement et pour cela il faut aussi travailler sur les passerelles entre les différents métiers maritimes, la promotion sociale et de manière plus générale l’attractivité du métier ». Tâche encore plus complexe dans le difficile contexe de la pandémie dont les marins, privés de relèves, ont été des victimes collatérales.

Enfin, dernier point et pas des moindres, le volet financier. « Le financement des bateaux, c’est un serpent de mer ». Actuellement, celui-ci repose sur le triptyque : taxe au tonnage, exonération des charges et article 39C (amortissement). « Il faut sacraliser ce trépied mais il faut aussi améliorer d’autres dispositifs comme le taux d’imposition ou les règlements bancaires. Il devient de plus en plus difficile d’obtenir un financement bancaire dans le transport maritime, notamment pour les entreprises moyennes. C’est pour cela qu’il faut trouver de nouvelles solutions, améliorer le 39 C, permettre l’élargissement du tour de table et davantage de garanties de la part de la BPI ». Et pour construire en France, les armateurs ont aussi identifié les verrous, avec notamment la Coface Inversée. « Nous travaillons désormais davantage avec le GICAN ».

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