Marine Marchande
Les autoroutes de la mer sont-elles enterrées ?

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Les autoroutes de la mer sont-elles enterrées ?

Marine Marchande

C’est la question que se pose la Conférence des Régions Périphériques Maritimes d’Europe, qui vient d’adresser à Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne une lettre d’inquiétude. « Face au retard à la mise en œuvre effective des Autoroutes de la Mer, cinq ans après le lancement de cette initiative, la CRPM alerte la Commission sur la nécessité d'une promotion plus dynamique de ces Autoroutes. Au moment où s'élabore une ambitieuse politique maritime européenne, les transports maritimes ne sauraient être oubliés. Certes le short sea shipping progresse dans certaines zones, mais il ne répond pas au besoin de transfert massif des trafics de la route vers la mer », souligne la Conférence. Plusieurs documents publiés dernièrement par Bruxelles dans le domaine du transport maritime suscitent l’inquiétude des régions maritimes. C’est le cas de l’Examen à mi-parcours du Livre Blanc sur les transports, où les « grandes » ambitions de 2001 concernant le report des trafics depuis la route vers les modes moins polluants « sont revues à la baisse et le mode maritime n’est pas vraiment encouragé ». Pourtant, dans l’Examen à mi-parcours du Programme pour la promotion du transport maritime à courte distance (Short sea shipping), publié en juillet, on peut lire que les Autoroutes de la Mer sont « achevées ou pratiquement achevées ». Pour Claudio Martini, président de la CPRM : « Une telle affirmation n’est pas acceptable ».

Le transport maritime dans le règlement financier du réseau transeuropéen

La conférence craint également que la directive Eurovignette, qui taxera les infrastructures routières, non seulement ne servira pas à financer les autoroutes de la mer, mais en plus risque de les handicaper en cas d’élargissement de l’Eurovignette, en 2008, aux autres modes de transport que la route. Les régions périphériques maritimes émettent, enfin, « la plus grande inquiétude » sur la Proposition de règlement financier du réseau transeuropéen (RTE-T) du 24 mai dernier : « Le terme Autoroute de la mer n’est jamais cité, alors que les voies navigables et le fluvial le sont abondamment ». La CPRM annonce qu’elle interviendra auprès du parlement de Strasbourg pour rétablir une « visibilité maritime » car « il semble pertinent que ce règlement financier prévoit qu’une part des budgets alloués dans la programmation pluriannuelle du budget RTE-T soit dédiée au mode maritime ». Alors que, dans le cadre du RTE-T, six coordinateurs ont été nommés pour le secteur ferroviaire, la Conférence réclame la nomination d’un coordinateur pour les autoroutes de la mer : « Nous avions demandé au commissaire Barrot qu’un coordinateur soit nommé pour chaque autoroute de la mer. Il nous en avait alors accordé un seul pour l’ensemble. Mais aujourd’hui il n’en est rien », s’indigne Claudio Martini.

Certains dossiers semblent néanmoins progresser, même à petite vitesse. Ainsi, le 28 juillet, le ministre français des transports, Dominique Perben, et son homologue espagnole, Magdalena Alvarez Arza, ont procédé à l’installation de la Commission intergouvernementale franco-espagnole chargée de leur proposer une sélection de projets d’autoroutes de la mer sur la façade atlantique-Manche-mer du Nord. L'objectif fixé par les Ministres aux chefs de délégation est de lancer l’appel à projets avant la fin de l’année 2006 et de leur remettre une proposition dans les mois qui suivront, en vue d'une mise en place du service en 2007/2008.