Défense
Les Britanniques dévoilent leurs futurs porte-avions

Actualité

Les Britanniques dévoilent leurs futurs porte-avions

Défense

En vidéo et en images, les Anglais dévoilent progressivement le programme Carrier Vessel Future (CVF), qui portera sur la réalisation de deux porte-avions pour la Royal Navy. Prévus pour entrer en service en 2014 et 2016, les HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales seront les plus gros bâtiments de guerre jamais construits pour la marine britannique. Trois fois plus lourds que les actuels Invincible, ils permettront à la Grande-Bretagne de recouvrer, en surface, une capacité de projection de puissance de premier plan sur toutes les mers du globe. Présentant un déplacement à pleine charge de 65.000 tonnes, les porte-avions de la classe Queen Elizabeth mesureront 284 mètres de long et jusqu'à 73 mètres de large. La surface du pont d'envol sera très importante, puisqu'elle dépassera 13.000 m2. Le tirant d'eau des navires sera de 11 mètres et la hauteur entre la pomme de mât et la ligne de flottaison de 56 mètres. Le parc aérien comprendra 36 avions à décollage court et vertical F-35 B (programme Joint Strike Fighter) et quatre hélicoptères. Le hangar, dont le volume sera de 29.000 m3 et qui sera desservi par deux ascenseurs, pourra accueillir 16 avions. La propulsion combinera des turbines à gaz Rolls-Royce MT30 et des moteurs diesels. La puissance installée atteindra 109 MW pour une vitesse de l'ordre de 25 noeuds. Pour assurer sa propre consommation et celle de son parc aérien, chaque porte-avions embarquera 8600 tonnes de combustible.
L'équipage comprendra 1450 marins.

Une coopération essentielle avec les Français

Issu du design présenté par Thales UK et porté industriellement par BAE Systems, VT Group et Babcock, le projet a été officiellement lancé en juillet 2007 par le gouvernement britannique. Le premier marché de la phase de production a été notifié en octobre avec la signature du contrat de fourniture d'un système d'identification IFF. D'une valeur de seulement 1.3 million d'euros, ce contrat reste toutefois symbolique, l'ensemble du programme CVF étant estimé à 5.3 milliards d'euros.
Selon la presse anglaise, les restrictions budgétaires imposées au ministère de la Défense pourraient retarder de deux ans la construction des navires. La Royal Navy et les industriels britanniques comptent donc sur leurs homologues français et le « parapluie politique » de l'Europe de la défense pour mener à bien le programme. En mars 2006, Paris et Londres ont, en effet, signé un accord de coopération en vue de réaliser, ensemble, leurs futurs porte-avions. Au fil des mois, une véritable interdépendance des programmes s'est forgée. « Aucun des deux projets ne verra sans doute le jour si l'autre avorte », souligne aujourd'hui un officier. Commun à plus de 85% avec ses cousins anglais, le bâtiment français, appelé PA2, n'a toujours pas été commandé. Si, durant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s'était déclaré favorable à sa construction, le chef de l'Etat semble vouloir attendre les conclusions du livre blanc sur la Défense avant de donner son feu vert. Après avoir réalisé les études de faisabilité et de définition en commun, ce qui a déjà coûté à l'Hexagone plus de 200 millions d'euros, Français et Britanniques comptent bénéficier des économies générées par un plan d'achat groupé des gros équipements. On pense, notamment, aux moyens électroniques ou encore aux systèmes propulsifs. Les deux partenaires envisagent également un programme de maintenance pour les trois plateformes. Les navires seront, en revanche, réalisés dans leurs pays respectifs. Construits sous forme de méga-blocs dans plusieurs chantiers, les Queen Elizabeth et Prince of Wales seront assemblés chez Babcock, en Ecosse. En France, l'ensemble de la coque doit être réalisée et aménagée par Aker Yards, à Saint-Nazaire. DCNS devrait ensuite assurer l'armement du navire à Brest. Le coût du PA2 est estimé à 2.5 milliards d'euros.

De la « trottinette » à la « Formule 1 »

Considéré comme stratégique par les Britanniques, le programme CVF doit permettre au Royaume-Uni de répondre aux nouveaux enjeux géopolitiques, au coeur desquels la dimension maritime devient omniprésente. Pour cela, le pays doit retrouver une capacité de projection de puissance avec un véritable groupe aéronaval. A la fin des années 70, les Anglais ont, en effet, commis une grave erreur. Après le désarmement de l'Ark Royal, les porte-avions lourds ont été abandonnés au profit du concept, très à la mode à l'époque, des petits porte-aéronefs. D'un déplacement de 20.000 tonnes, les trois Invincible, conçus pour les missions de défense aérienne, se révèleront mal adaptés à l'emploi, croissant, de forces aéronavales pour des assauts contre la terre. Avec seulement 16 avions à décollage court et vertical Sea Harrier (puis Harrier GR7), la puissance offensive des Invincible demeure très limitée. La faiblesse numérique du parc aérien est d'autant plus limitatrice que le rayon d'action des appareils est nettement plus réduit que celui d'avions opérés depuis des bâtiments dotés de catapultes. Ainsi, la distance franchissable par un Harrier GR7 est donnée à 600 nautiques, contre 1000 nautiques pour un Rafale bien plus lourdement armé. Durant les grandes opérations interalliées de l'après Guerre Froide (ex-Yougoslavie, Irak...), la Grande-Bretagne jouera donc un rôle surtout symbolique avec ses porte-aéronefs, au moment où les porte-avions américains réalisaient plus de 70% des frappes aériennes. « Il y a autant de différence entre un porte-avions comme le Charles de Gaulle et un porte-aéronefs comme l'Invincible qu'entre une trottinette et une formule 1 (...) Les Britanniques, qui sont très pragmatiques, nous ont régulièrement dit que la France avait beaucoup de chance de disposer d'un bâtiment comme le Charles », expliquent deux amiraux français.

Un outil de puissance pour défendre des intérêts militaires et économiques

Offrant une puissance de feu considérable, le porte-avions est un outil aussi précieux en combat qu'en matière de diplomatie. Capable de parcourir 1000 kilomètres par jour et profitant d'une totale liberté de mouvement en mer, ce type de bâtiment, par son simple déploiement, suffit souvent à calmer les tensions. Ce fut par exemple le cas en 2006 lorsque certains responsables iraniens évoquaient la possibilité de miner le détroit d'Ormuz, par où transite une grande part du trafic pétrolier. La présence d'un porte-avions américain et du Charles de Gaulle au large de l'Iran a, semble-t-il, incité Téhéran à revenir à la table des négociations. « Le message politique était très clair. Les Iraniens savaient que nous nous mettions en capacité de défendre nos approvisionnements », affirme un officier.
Consciente des lacunes de ses porte-aéronefs par rapport à un bâtiment comme le Charles de Gaulle, la Grande-Bretagne a donc choisi de revenir à des bâtiments plus gros, à même d'agir avec efficacité en cas de crise internationale. Pouvant être dotés, ultérieurement, de catapultes, les Queen Elizabeth et Prince of Wales permettront à la Royal Navy d'accéder au club très privé des pays mettant en oeuvre de véritables porte-avions. Ce club ne compte pour l'heure que deux membres, les Etats-Unis et la France mais il pourrait s'enrichir dans les prochaines années de pays comme la Chine et l'Inde, soucieux d'affirmer leur puissance navale.
Pour tenir son rang face aux côtés des puissances émergeantes, l'Europe devrait pouvoir aligner quatre porte-avions. Pour cela, les deux CVF devront êre construits, de même qu'un second bâtiment français permettant d'appuyer le Charles de Gaulle pendant ses périodes d'indisponibilité. Si, avec seulement quatre porte-avions, les moyens européens seront loin d'être aussi puissants que ceux de l'US Navy (12 navires), ils devraient être suffisants pour affirmer le poids de l'UE dans la stratégie maritime. Alors que plus de 80% du commerce mondial transite par les océans et que la maîtrise de la mer n'a jamais été aussi contestée, cette ambition n'a rien d'un luxe mais fait plutôt figure de minimum vital. A l'heure de certains choix budgétaires, une vision globale et à long terme s'impose. Un officier général résume ainsi la situation : « 97% des approvisionnements pétroliers de la France passent par la mer. S'il y a une interruption, en 30 jours, l'économie s'arrête. Et après cela il y a des gens qui pensent que la mer ne sert à rien... »
_________________________________________

- Voir les dernières images des CVF

- Voir la vidéo de présentation du programme CVF


Royal Navy | Actualité des forces navales britanniques