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Les Britanniques reviennent au F-35B et aux porte-avions à tremplin

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Le programme des porte-avions britanniques a connu, en fin de semaine dernière, un nouveau virage à 180 degrés. Philip Hammond, secrétaire à la Défense, a en effet annoncé la décision du gouvernement britannique d'abandonner la transformation du futur HMS Prince of Wales, second porte-avions de la classe Queen Elizabeth (QE Class), en bâtiment doté de catapultes et de brins d'arrêt. Fin 2010, dans le cadre de la revue stratégique de défense et de sécurité, Londres avait retenu cette configuration afin que la Royal Navy puisse mettre en oeuvre le F-35C, nouvel avion de combat catapulté destiné aux porte-avions américains. Cette variante du Joint Strike Fighter (JSF) présentait l'avantage, par rapport à la version à décollage court et appontage vertical (F-35B) initialement prévue sur les QE Class, de présenter une autonomie en vol et une capacité d'emport en armement plus importantes. De plus, cela devait ouvrir la voie à une coopération renforcée avec Etats-Unis et la France, les porte-avions américains et français étant dotés d'avions catapultés.

Le design du Queen Elizabeth   (© : ACA)
Le design du Queen Elizabeth (© : ACA)

Le design modifié du Prince of Wales   (© : ACA)
Le design modifié du Prince of Wales (© : ACA)

Le design du Queen Elizabeth   (© : ACA)
Le design du Queen Elizabeth (© : ACA)

Le design modifié du Prince of Wales   (© : ACA)
Le design modifié du Prince of Wales (© : ACA)

« La conversion coûterait le double de ce qui était prévu »

Il fut donc décidé de convertir le HMS Prince of Wales pour lui permettre de recevoir le F-35C. Quant au HMS Queen Elizabeth, les restrictions budgétaires et le fait que le bâtiment soit déjà en chantier ont poussé les Britanniques à décider de ne pas le transformer. Il était prévu que le Queen Elizabeth, dont la mise en service est fixée à 2016, serve uniquement de porte-hélicoptères, la Royal Navy ne conservant au final que le Prince of Wales comme porte-avions, avec une livraison programmée en 2019. Seulement voilà, il s'est avéré au fil des mois que la transformation du Prince of Wales était bien plus complexe et coûteuse que prévu. Sur le papier, ajouter deux catapultes électromagnétiques et une piste oblique avec brins d'arrêt semblait simple, d'autant qu'à priori, lors du développement du design, la possibilité d'installer ultérieurement ces équipements avait été prise en compte. Mais, en réalité, les modifications ont soulevé de nombreux problèmes techniques, avec notamment une augmentation significative de la puissance électrique devant être produite. Le gouvernement a donc commandé, il y a quelques mois, un audit complet sur les surcoûts engendrés par ce projet. « Alors que le programme a mûri, et que des analyses plus détaillées ont été livrées par les fournisseurs, il est devenu clair que la conversion coûterait le double de ce qui était prévu et que le bâtiment ne serait livré, au plus tôt, qu'en 2023. C'est inacceptable », a expliqué Philip Hammond.

Les Queen Elizabeth et Prince of Wales mettront en oeuvre le F-35B (© : ACA)
Les Queen Elizabeth et Prince of Wales mettront en oeuvre le F-35B (© : ACA)

 F-35B  (© : LOCKHEED MARTIN)
F-35B (© : LOCKHEED MARTIN)

 F-35B  (© : LOCKHEED MARTIN)
F-35B (© : LOCKHEED MARTIN)

 F-35B  (© : LOCKHEED MARTIN)
F-35B (© : LOCKHEED MARTIN)

 F-35C  (© : LOCKHEED MARTIN)
F-35C (© : LOCKHEED MARTIN)

 F-35C  (© : LOCKHEED MARTIN)
F-35C (© : LOCKHEED MARTIN)

F-35B : Première capacité opérationnelle attendue en 2014

Le secrétaire britannique à la Défense a, par conséquent, annoncé que les deux porte-avions seraient finalement construits suivant le design initial. Ils mettront en oeuvre des F-35B, qui apponteront verticalement et décolleront au moyen d'un tremplin situé à la proue, à l'instar des précédents Harrier sur les anciens porte-aéronefs du type Invincible, dont il ne reste plus qu'un exemplaire en service, le HMS Illustrious, transformé en porte-hélicoptère en 2011 suite au désarmement des Harrier. Le revirement britannique quant au choix du futur appareil de combat de la Fleet Air Arm et le design des porte-avions en découlant apparait, en tous cas, comme une sage décision, alors que le développement du F-35C connait des difficultés qui engendreront probablement des retards. Le F-35B, lui-aussi confronté à d'importants problèmes techniques ces dernières années, semble quant à lui sortir des turbulences. Devant équiper l'US Marine Corps pour une mise en oeuvre depuis les porte-hélicoptères d'assaut américains des types Wasp et America, le F-35B a débuté en 2011 ses essais en mer (voir vidéo ci-dessous). Et, selon le planning actuel, une capacité opérationnelle initiale doit être déclarée en 2014. En temps et en heure donc pour préparer l'arrivée du HMS Queen Elizabeth. D'ici là, les Britanniques auront pris en compte et commencé à tester leur premier appareil de série, le « BK-1 », un F-35B justement, sorti des usines Lockheed-Martin en novembre 2011 et devant être livré cette année. Bien que le F-35B présente une autonomie moins importante que le F-35C, cet appareil de cinquième génération sera, quoiqu'il en soit, bien supérieur en termes de capacités aux anciens Harrier. L'aéronavale britannique va donc connaître une évolution importante de sa puissance offensive.



La Royal Navy pourra conserver deux porte-avions

De plus, la Grande-Bretagne pourra, finalement, conserver si elle le souhaite ses deux porte-avions, alors qu'il était question de vendre le Queen Elizabeth une fois le Prince of Wales en service. En gardant les deux plateformes, la Royal Navy disposera, contrairement à la marine française qui ne compte que le Charles de Gaulle, d'une permanence de son groupe aéronaval, même lors des arrêts techniques de l'un ou l'autre des bâtiments. Certes, l'abandon du F-35C fera que le groupe aérien embarqué britannique ne sera pas interopérable avec les porte-avions américains et français. Mais cela ne constitue pas vraiment un problème pour les Britanniques. La coopération avec les Français avait, en effet, été notamment imaginée dans la perspective que les deux pays ne comptent chacun qu'un seul porte-avions. Des échanges auraient alors pu intervenir durant les indisponibilités techniques du Charles de Gaulle ou du Prince of Wales, l'embarquement du F-35C sur le porte-avions français semblant toutefois plus complexe qu'imaginé initialement. Quant à la constitution d'un groupe aéronaval franco-britannique, en dehors des périodes d'exercices, cette idée se heurtait au fait que ces bâtiments sont, par définition, des outils stratégiques de puissance ne se partageant pas. Surtout le Charles de Gaulle et son groupe aérien, qui peuvent mettre en oeuvre des missiles nucléaires. Engager un tel bâtiment dans une opération militaire conjointe, sous la tutelle de deux Etats, aurait pu poser d'importants problèmes politiques, Paris et Londres pouvant avoir des vues divergentes, comme ce fut le cas pour l'Irak en 2003.

Le HMS Illustrious avant le retrait des Harrier    (© : ROYAL NAVY)
Le HMS Illustrious avant le retrait des Harrier (© : ROYAL NAVY)

Harrier sur un porte-aéronefs britannique    (© : ROYAL NAVY)
Harrier sur un porte-aéronefs britannique (© : ROYAL NAVY)

Harrier sur un porte-aéronefs britannique    (© : ROYAL NAVY)
Harrier sur un porte-aéronefs britannique (© : ROYAL NAVY)

La Royal Navy va recouvrer plus rapidement cette capacité

Quant à l'interopérabilité avec les Américains, cela tenait plus du symbole et les échanges avec les Etats-Unis demeurent de toute façon possibles puisque les porte-hélicoptères d'assaut de l'US Navy disposeront de F-35B. En outre, si le groupe aérien britannique ne pourra embarquer sur le Charles de Gaulle ou ses homologues américains, il sera en revanche interopérable avec le porte-aéronefs italien Cavour et le bâtiment de projection espagnol Juan Carlos I, qui doivent eux-aussi disposer de F-35B pour remplacer les actuels Harrier de la Marina militaire et de l'Armada. Enfin, les Britanniques peuvent voir dans le retour de cet avion à décollage court et appontage vertical un véritable intérêt en termes de compétences et de formation. Les pilotes de la Royal Navy et de la Royal Air Force disposent, en effet, du savoir-faire pour la mise en oeuvre de ce type d'appareil. Même si les Harrier ont été retirés du service début 2011, il restera un fond de compétences disponible pour l'arrivée du F-35B. L'apprentissage du nouvel avion sera donc bien moins long que celui qui aurait été nécessaire avec le F-35C, la Royal Navy ne disposant plus depuis 40 ans de porte-avions à catapultes. Recouvrer un tel savoir-faire, très complexe, aurait pris de nombreuses années, privant d'autant la Grande-Bretagne de la pleine capacité d'un outil militaire et diplomatique majeur. Avec le F-35B, évolution naturelle du Harrier, la Royal Navy sera privée bien moins longtemps de cette force de projection. Au final, la décision de Londres apparait donc particulièrement pertinente, tant d'un point de vue financier qu'opérationnel et stratégique. Et, contrairement à ce que l'on peut lire ici et là, elle ne met pas à mal la coopération franco-britannique, même si un temps certains ont rêvé, face aux difficultés du programme JSF, que la France puisse vendre des Rafale à la Royal Navy. Cette option était techniquement envisageable, sans doute moins coûteuse pour les Britanniques, mais politiquement très délicate vis-à-vis des relations entre Londres et Washington.

Les futurs Queen Elizabeth et Prince of Wales   (© : ACA)
Les futurs Queen Elizabeth et Prince of Wales (© : ACA)

Les plus grands porte-avions d'Europe

Pour mémoire, les HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales seront les plus grands porte-avions d'Europe. Longs de 280 mètres pour une largeur maximale de 70 mètres et une hauteur de 56 mètres entre la quille et la pomme de mât, les deux futurs porte-avions britanniques afficheront un tirant d'eau de 11 mètres et présenteront un déplacement d'environ 65.000 tonnes en charge. Ils seront donc nettement plus gros que le Charles de Gaulle, avec ses 261 mètres de long et son déplacement de 42.500 tonnes en charge. Dotés de deux îlots avec deux « passerelles », une à l'avant dédiée aux manoeuvres nautiques et celle de l'arrière consacrée aux manoeuvres aériennes, les HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales disposeront d'un radar de veille longue portée et d'un radar tridimensionnel. L'armement sera consacré à l'auto-défense rapprochée, avec des systèmes multitubes Phalanx et des canons télé-opérés de 30mm, complétés par des moyens de guerre électronique et des lance-leurres. Il n'y aura pas à bord de missiles surface-air de type Aster, la Royal Navy se reposant sur les destroyers du type 45 (et le groupe aérien embarqué) afin d'assurer la protection des bâtiments à grande distance. Au niveau des installations aéronautiques, le pont d'envol aura une surface de près de 16.000 m² et comptera, sur tribord, deux ascenseurs d'une capacité de 70 tonnes capables chacun de supporter deux avions. Ces ascenseurs relieront le pont d'envol à un hangar, long de 160 mètres et large de 29 mètres, pouvant abriter 20 avions. Ces navires ont été conçus pour mettre en oeuvre 40 aéronefs, dont 36 F-35, avec un équipage de 1500 marins (dont au moins 700 pour le groupe aérien embarqué) et un état-major de 100 personnes.

Les futurs Queen Elizabeth et Prince of Wales   (© : ACA)
Les futurs Queen Elizabeth et Prince of Wales (© : ACA)

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