Construction Navale

Reportage

Les catamarans de Rider Marine : de la plaisance à la petite pêche

Construction Navale

« Plus c’est simple, plus ça marche ». Stéphane Thomas est un constructeur naval heureux et passionné.  Depuis 2004, il réalise des bateaux en composite dans le hangar de son chantier, Rider Marine, à Quimperlé.  « Les bateaux, je suis né dedans. J’ai grandi sur un port de pêche bigouden dans une famille de marins ». Pourtant, c’est d’abord vers la montagne puis les travaux acrobatiques qu’il s’oriente, avec, toujours dans un coin de la tête, ses chers bateaux. A force d’y penser, il finit par se lancer. « Je n’ai pas de formation particulière, j’ai passé beaucoup de temps à les observer et à les comparer ». On devine vite qu’il a une connaissance profonde du terrain, mais surtout de ceux qui vont en mer. Et que celle-ci peut aisément remplacer les connaissances académiques. Alors, il y  croit, commence à dessiner des « petits bateaux de plaisance », apprend la stratification, les moules en bois, les plans de pont et la stabilité. Il intéresse des clients qui lui commandent des unités de plaisance de type open.

 

Le prototype autofinancé par le chantier (© RIDER MARINE)

 

« Le tournant est arrivé en 2007-08, la plaisance est touchée par la crise, il n’y a plus de commande. J’avais un peu de trésorerie et des idées. J’ai décidé de construire, sur mes fonds, un catamaran rapide de 7 mètres par 2.5. Je me suis dit, à ce moment-là, que pour se distinguer dans ce marché, il fallait faire différemment. Le cata me semblait une voie intéressante à explorer». Le prototype, que Stéphane destinait d’abord à la plaisance, est présenté en 2010. Mais c’est pourtant à la pêche qu’il va faire mouche. Un retour aux sources inattendu pour Stéphane le bigouden. « C’est un pêcheur marseillais qui a entendu parler de mon modèle. Il cherchait un bateau léger et polyvalent pour pratiquer le petit métier : filets, casier, ligne. Il voulait partir d’une page blanche, tenter une nouvelle aventure. Moi aussi. Nous nous sommes bien trouvés ».

 

(© RIDER MARINE)

 

Leah, premier bateau de pêche de Rider Marine, est construit dans la foulée. 10 mètres par 4, des moteurs hors-bord, un espace de travail spacieux à l’arrière, une coque rapide mais stable : «je ne voulais pas faire des coques ultra-profilées qui font uniquement de la vitesse, l’idée est de proposer quelque chose de solide et de pratique, j’ai donc choisi un ratio longueur-largeur qui, finalement, rejoint celui d’un monocoque ». Leah rejoint Marseille et dépasse toutes les espérances :  « Le patron m’avait demandé un bateau capable d’aller à 20 nœuds, je lui avais promis 25, il a finalement atteint les 34 ». Le pêcheur rejoint rapidement ses zones de pêches,  travaille mieux sur un pont plus large et plus pratique… Leah ne tarde pas à être remarqué dans le  milieu. « J’ai été contacté par des pêcheurs de Port Saint-Louis du Rhône et des Salins de Giraud. Ils voulaient des bateaux neufs qui leur permettent de travailler par tous les temps, y compris quand il fait mauvais et que la barre du Rhône est difficile à franchir ». Les catamarans de Rider Marine font leurs preuves dans cet environnement particulier, quatre bateaux de 9.5 mètres par 3.8 sont construits pour des patrons du coin.

 

Leah, premier cata de pêche construit par le chantier (© RIDER MARINE)

 

Pour Stéphane, c’est la plus belle carte de visite. « Les pêcheurs sont des professionnels exigeants, qui savent ce qu’ils veulent et qui n’hésitent pas à dire quand il y a un problème. Le fait qu’ils soient contents de mes bateaux me rassure et m’aide beaucoup pour développer mon activité ».  Un pêcheur du Croisic lui a commandé un bateau, des contacts avancés sont établis dans de nombreux ports, sur toutes les façades maritimes. 

 

(© RIDER MARINE)

 

« Ce sont des coques qui sont bien adaptées pour la pêche côtière aux arts dormants. Je continue à les faire évoluer pour offrir de la vitesse et de la stabilité tout en restant très sobre en consommation ». Stéphane a ainsi beaucoup travaillé sur la portance et sur l’effet de sol qui permet de soulever le bateau avec la couche d’air sous la coque.  « J’ai intégré des foils fixes en inox sous la coque. Cela permet de canaliser l’air et d’augmenter la portance ». Une idée toute simple, mais qui a fait des preuves spectaculaires avec des consommations baissées de 20 à 30%.

 

Les foils fixes sous la coque (© RIDER MARINE)

 

Stéphane est heureux dans son petit chantier de Quimperlé, où il aime  toujours autant venir travailler sur les bateaux aux côtés de ses deux employés. « Je ne veux pas devenir une grosse structure, je vais développer mes gammes de 8 à 12 mètres, travailler avec les pêcheurs et peut-être aussi sur des nouveaux marchés ».  Il a ainsi récemment adapté une de ses coques pour une commande destinée à un client paraplégique. « Un chouette projet, nous avons pu montrer qu’il suffisait de faire quelques petites adaptations sur le pont pour lui permettre de profiter de la mer ».

 

(© RIDER MARINE)

(© RIDER MARINE)

 

Il pense aussi aux nouveaux usages en mer pour ses coques rapides : « Le transport de passagers, la servitude et peut-être aussi des bateaux qui peuvent avoir deux usages, comme par exemple la pêche et le soutien aux futurs champs éoliens offshore. Ce sera peut-être comme cela que fonctionnera une partie de la flottille dans les années à venir ».  Le sourire est confiant et la tête toujours pleine d’idées.

 

Adaptation pour un usage de bateau-taxi (© RIDER MARINE)