Construction Navale
Les Chantiers de l'Atlantique s’arrêtent partiellement

Actualité

Les Chantiers de l'Atlantique s’arrêtent partiellement

Construction Navale

Sous la pression des syndicats et salariés, la direction des Chantiers de l’Atlantique a accepté hier de suspendre une grande partie de l’activité industrielle. Tous les ateliers de fabrication ont été mis à l’arrêt, y compris l’usine Anemos dédiée à la réalisation de sous-stations électriques et l’unité de production de cabines de Brais, près de Saint-Nazaire. Concernant l’armement du paquebot MSC Virtuosa, en achèvement à flot, ainsi que l’assemblage du Wonder of the Seas, le choix est laissé aux salariés de travailler ou non à bord. Ces mesures complètent celles déjà déployées depuis la fin de semaine dernière pour privilégier partout où cela est possible le télétravail. C’est le cas par exemple pour des fonctions administratives et aux bureaux d’études, où les équipes peuvent désormais travailler entièrement à domicile pour ceux qui le peuvent. Ces mesures sont pour le moment valables jusqu’à la fin de la semaine, une nouvelle réunion avec les représentants du personnel étant prévue vendredi pour la semaine prochaine. 

Jusqu’à hier matin, les chantiers nazairiens n’avaient pas prévu d’interrompre la construction des navires. Les mesures de confinement prises par le gouvernement concernent en effet uniquement les emplois où le travail à distance n’est pas possible. De plus, puisque l’entreprise n'a pas de rupture de charge, elle n’est pas concernée par les aides annoncées dans le cadre de cette crise, en particulier la prise en charge par l’Etat de mesures de chômage partiel. En plus du développement du télétravail, la direction avait cependant annoncé le renforcement des mesures de protection à bord des navires en construction et des ateliers.

Ce qui n’a absolument pas convaincu les syndicats. Ceux-ci sont dès lundi montés au créneau, arguant que travailler dans des milieux confinés n’était pas compatible avec l’endiguement de l’épidémie et mettait en cause la sécurité des salariés. Une vraie question pour un site où travaillent quelques 8000 personnes, dont environ 5000 sous-traitants. Les délégués du personnel ont donc réclamé mardi en comité social d’entreprise la fermeture temporaire du chantier, à l’image de ce que le constructeur italien Fincantieri a été contraint de faire lundi pour ses huit établissements.

Mais c’est la fronde des personnels, inquiets pour leur santé, qui a emporté hier matin la décision, au lendemain des nouvelles mesures de confinement annoncées par le gouvernement. Plusieurs centaines de salariés et sous-traitants ont en effet décidé de débrayer et bloquer le site alors que de nouvelles négociations se tenaient avec la direction. Celle-ci a finalement acté la fermeture temporaire de la fabrication et laissé le choix aux équipes travaillant à bord des navires. Aux sous-traitants de leur côté de décider pour leurs salariés. Certains, notamment étrangers, sont aux dires des syndicats dans l’expectative, sans consigne des employeurs. D’autres n’ont pas attendu et sont déjà repartis dans leurs pays, un mouvement qui devrait s’amplifier chez les travailleurs détachés, du moins ceux qui le peuvent compte tenu des fermetures de frontières et du fonctionnement au ralenti des moyens de transport. « Arrêter l’activité est une mesure de bon sens car on ne peut pas laisser des gens travailler les uns sur les autres dans la situation actuelle. La priorité est de mettre tout le monde à l’abri pour mieux redémarrer quand nous le pourrons. Pour les questions comptables, on verra plus tard », explique un responsable de la CFDT. Du côté de la direction, on attend « un signe de l’Etat », actionnaire majoritaire de l’entreprise, en particulier sur la possibilité de recourir aux mesures de chômage partiel, essentielles pour éviter de voir les comptes du chantier plonger dans le rouge. « En l’état actuel des choses, nous n’y avons pas le droit puisque l’entreprise a des commandes et n’est pas en rupture d’approvisionnement ».

C’est aussi une revendication syndicale, à l’image de Force Ouvrière, qui réclame au passage une fermeture totale du site : « Pour notre section seule la fermeture totale du site est la mesure pour protéger la santé des travailleurs qu’ils soient directs ou indirects. Nous demandons au gouvernement, qui est notre actionnaire majoritaire à 83%, de prendre la seule mesure qui s’impose : la fermeture du site. Nous demandons que soit mis en place le chômage partiel, au titre des situations exceptionnelles, afin que les salariés ne soient pas dans l’obligation de prendre sur leurs congés comme notre direction le suggère pour la semaine prochaine », affirme FO. En attendant, les salariés qui ne travaillent plus dans les ateliers et à bord éclusent pour ceux qui en ont des RTT, les autres étant normalement payés.  

Pour mémoire, cinq paquebots sont actuellement à divers stades de construction et d’achèvement à Saint-Nazaire : les Celebrity Beyond et MSC Europa, livrables en 2021 et 2022, qui en sont aux découpes de tôles, à la production de panneaux plans et à la préfabrication de blocs, le Wonder of the Seas à moitié assemblé et qui doit être mis à l’eau début juillet en vue d’une livraison au printemps 2021, ainsi que le MSC Virtuosa, en achèvement à flot et dont la mise en service est prévue en octobre de cette année. S’y ajoute le Celebrity Apex, désormais terminé au quai d’armement du bassin de Penhoët et qui doit être livré ce vendredi. Il devait initialement accueillir une mini-croisière avec des salariés et sous-traitants des chantiers, avant d’être baptisé le 30 mars à Southampton et débuter sa saison inaugurale en Europe. Mais en raison de la crise du coronavirus, toutes les festivités et les premières croisières de ce paquebot ont été annulées. Prêt à partir, avec quelques 1300 membres d’équipage déjà à son bord, le Celebrity Apex va probablement une fois livré rester quelques temps à quai à Saint-Nazaire. La décision finale quant à son départ où sa mise en attente à Penhoët n’a pas encore été officialisée.

 

Chantiers de l'Atlantique | Toute l'actualité des chantiers de Saint-Nazaire Coronavirus | Toute l'actualité Covid-19 dans le secteur maritime