Construction Navale
Les chantiers européens lancent une enquête antidumping

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Les chantiers européens lancent une enquête antidumping

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Suite à certains cas avérés d'offres à des prix irréalistes et aux plaintes de plusieurs de ses membres, la CESA (Community of European Shipyards Associations) a décidé d'entamer une procédure d'enquête destinée à « déterminer les prix de revient réalistes de contrats dont le prix de vente apparaît déraisonnablement bas ». L'enquête, qui fait appel à des experts du secteur, prend en compte la spécification concrète du contrat et les conditions spécifiques au constructeur. « Seuls les appels d'offres auxquels des constructeurs européens ont répondu ont été pris en considération. S'il apparaît que les prix sont significativement en dessous des prix de revient, la CESA demandera des explications aux deux parties impliquées par le contrat », précise la communauté des associations de chantiers européens, qui s'intéresse logiquement à la concurrence sud-coréenne. Celle-ci est accusée depuis des années de vendre certains navires à perte pour conforter sa place de leader, tout en bénéficiant d'un soutien massif de l'Etat coréen. Si, au terme de l'enquête, des anomalies sont constatées pour un constructeur situé en République de Corée, la CESA annonce qu'elle « déposera formellement une plainte auprès de la Commission européenne en vertu de l'article 3 du « procès-verbal agréé, cf. Journal Officiel des Communautés européennes du 28.6.2000. Dans cet accord liant les deux parties, le gouvernement coréen déclare que le niveau des prix devra refléter les coûts calculés selon la définition de la valeur normale de l'accord antidumping de l'OMC. La CESA enclenchera alors le processus de consultation institué par le procès-verbal agréé ». Pour les chantiers européens : « Si ces consultations confirmaient de graves manquements de la part de la Corée dans l'application de ses engagements, on devrait alors se poser sérieusement la question de la ratification de l'accord de libre-échange récemment conclu entre l'UE et la République de Corée ».

Stabiliser le marché dans l'intérêt des constructeurs et des armateurs

Au travers de cette action, la CESA et ses membres souhaitent stabiliser le marché et, surtout, se battre à armes égales avec leurs concurrents asiatiques, qui n'ont cessé depuis 30 ans de prendre des parts de marché aux chantiers européens. Après les navires de charge et les unités plus spécialisées, comme les méthaniers, les Sud-Coréens s'intéressent de plus en plus aux navires complexes, comme les paquebots, dernier bastion des grands constructeurs de l'UE. Pour la CESA, l'enjeu de cette action n'intéresse pas uniquement l'avenir de la construction navale européenne. « Un déclin accentué des prix, particulièrement s'ils ne reflétaient pas les coûts de production, serait défavorable aux armateurs aussi, dans la mesure où il retarderait la correction du marché côté offre. Des niveaux de prix irréalistes affectent aussi la valeur des flottes existantes, ce qui affecte à son tour les possibilités de financement », estime l'association.
Afin de protéger l'emploi et le savoir-faire dans un contexte concurrentiel de plus en plus fort et, parfois, de moins en moins maîtrisé, les industriels de plusieurs pays européens font pression sur leurs gouvernements pour que des mesures défensives soient prises à l'échelle européenne. La France est, ainsi, intervenue auprès de Bruxelles. « La Commission européenne, consciente de la situation critique des chantiers européens, a prolongé jusqu'à fin décembre 2011 le régime de soutien sectoriel à l'innovation. De son côté, la France fera savoir à la Commission qu'elle souhaite que soit engagée une réflexion sur un instrument européen de défense commerciale », avait annoncé début décembre le premier ministre François Fillon.

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