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Les CMN dévoilent leur nouveau patrouilleur hauturier multifonctions

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Les CMN dévoilent leur nouveau patrouilleur hauturier multifonctions

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Les Constructions Mécaniques de Normandie présentent un nouveau design de patrouilleur hauturier multifonctions. Cette plateforme est conçue pour répondre aux contraintes budgétaires des marines en proposant un bâtiment aux coûts d’exploitation réduits mais aussi très polyvalent, à même de remplir non seulement les missions traditionnellement confiées aux patrouilleurs, mais également d’autres fonctions clés, comme la chasse aux mines, la lutte anti sous-marine et la lutte contre la pollution. Longue de 79.2 mètres pour une largeur de 13.6 mètres et un tirant d’eau de 3.6 mètres, la Vigilante 1400 CL 79, selon la propulsion adoptée, peut atteindre la vitesse de 25 nœuds et franchir 8000 milles à 12 nœuds. Conçue pour rester en opération durant 30 jours, elle est armée par un équipage réduit, comprenant seulement 25 marins, mais peut héberger 25 passagers supplémentaires, par exemple des forces spéciales. A cet effet, le nouveau patrouilleur des CMN, dont la coque est en acier et les superstructures en aluminium est pourvue d’une passerelle avec vision à 360°, compte deux niches sur chaque bord pour des embarcations commando (RIB) de 9.5 mètres.

 

La Vigilante 1400 CL 79 (Image : CMN)

La Vigilante 1400 CL 79 (Image : CMN)

 

Un système de bossoirs ultraperformant

 

Et c’est le système de bossoir du Norvégien Vestdavit qui a été retenu pour assurer la mise à l’eau des semi-rigides. Considéré comme ultra-performant et retenu notamment par la marine allemande sur les frégates du type 124, ce système, qui s’inspire des équipements utilisés dans l’offshore, est doté d’un dispositif d’absorption de chocs et d’un compensateur de roulis et de tangage (système amorti avec trois axes de rotation), avec gestion de la vitesse de descente en fonction de l’état de la mer. Grâce à l’amortisseur de houle et à un croc à largage automatique, l’ensemble permet de sécuriser au mieux les personnels et le matériel durant les opérations de lancement et de récupération des embarcations, qui peuvent, selon Vestdavit et le retour d’expérience de la marine allemande, être mise à l’eau bien au-delà d’un état de mer 5. Le système serait, de plus, extrêmement réactif, puisqu’il faudrait moins d’une minute pour lancer un RIB, les opérations pouvant être contrôlées visuellement depuis la passerelle. Ces dispositifs de mise à l’eau sont, en fait, le système d’armes principal de la Vigilante 1400 CL 79 puisqu’en dehors des semi-rigides, ils peuvent aussi déployer d’autres équipements, comme on le verra plus loin. On notera aussi qu’une troisième embarcation de 9.5 mètres peut être logée sur la plage arrière, sa mise à l’eau étant assurée au moyen d’une grue.

 

La Vigilante 1400 CL 79 avec l'une de ses niches pour RIB (Image : CMN)

La Vigilante 1400 CL 79 avec l'une de ses niches pour RIB (Image : CMN)

 

Le système de mise à l'eau de Vestdavit (Image : DR)

Le système de mise à l'eau de Vestdavit (Image : DR)

 

Beaucoup d’espaces modulaires

 

En termes de moyens aéronautiques, le patrouilleur compte une plateforme de 270 m², pouvant accueillir un hélicoptère de 10 tonnes de type NH90, et un hangar pour une machine de 5 tonnes, comme le Panther, ou des drones aériens, les CMN travaillant notamment, sur ce sujet, avec l’Autrichien Shiebel, dont le Camcopter S-100 constitue le premier drone aérien de la Marine nationale (testé à titre expérimental, cet engin, qui a été accidentellement perdu cet été, devrait être prochainement remplacé). S’étalant sur une surface de 180 m², la plage arrière dispose, quant à elle, d’une grue d’une capacité de 8 tonnes à 4 mètres et, en dehors de l’aire de stockage pour un RIB, compte un espace pour loger des conteneurs de fret, ou bien servir au stockage de matériels spécifiques. Des conteneurs aménagés peuvent également être utilisés, par exemple pour un état-major. Ils s’ajoutent alors aux locaux opérationnels logés sous la plateforme hélicoptère. Cet espace modulaire dispose d’un accès direct à la plage arrière.

 

La Vigilante 1400 CL 79 (Image : CMN)

La Vigilante 1400 CL 79 (Image : CMN)

 

CO isolé et mât unique

 

Retravaillée en termes de sécurité, d’ergonomie et de tenue à la mer par rapport aux anciens designs proposés par les CMN, la nouvelle Vigilante compte un Central Opération (CO) séparé de la passerelle, de manière à permettre aux opérateurs de travailler à l’écart de l’agitation qui règne souvent dans la timonerie. En termes de moyens électroniques, le bâtiment est équipé du C-Mast, le mât unique développé par les CMN, Inéo et Cassidian, qui abrite un radar de veille (de type TRS-3D,ou Sea Giraffe), des systèmes optroniques, des équipements de guerre électronique et de communication.  L’armement de base comprend un canon télé-opéré de 20mm, par exemple le Narwhal de Nexter, ainsi que des affûts de 12.7mm. Mais, en cas de besoin, le patrouilleur est également conçu pour mettre en œuvre de l’artillerie plus lourde, allant jusqu’au canon de 76mm, asservi à une conduite de tir.

 

La Vigilante 1400 CL 79 peut être dotée d'un canon de 76mm (Image : CMN)

La Vigilante 1400 CL 79 peut être dotée d'un canon de 76mm (Image : CMN)

 

Configuration guerre des mines

 

La Vigilante 1400 CL 79 a été conçue pour remplir des missions très variées, comportant la surveillance et le contrôle d’espaces océaniques et d’approches maritimes, la lutte contre la piraterie et les trafics illicites, la police des pêches, le recueil d’informations et la mise en œuvre de commandos. Mais, et c’est une grande nouveauté, la Vigilante peut, également, être configurée en bâtiment de guerre des mines et de lutte anti sous-marine. A cet effet, les CMN ont travaillé avec l’Allemand Atlas Elektronik, l’un des leaders mondiaux du domaine. Le patrouilleur a, ainsi, été adapté pour pouvoir mettre en œuvre des drones et engins télé-opérés de type SeaOtter Mk2 et SeaFox, conçus pour la détection, l'identification et la neutralisation de mines. Ces moyens seraient déployés depuis les systèmes de mise à l’eau des embarcations. La modularité de la plage arrière et des locaux, notamment ceux situés sous la plateforme hélicoptère, permettra en outre d‘accueillir toute l’infrastructure et les équipements nécessaires à une opération de chasse aux mines mais aussi de lutte anti-sous-marine.

 

Drone anti-mine SeaOtter Mk2 (Photo : ATLAS ELEKTRONIK)

 

Le concept de l'OPV anti-sous-marin

 

A ce titre, les CMN ont également travaillé avec Atlas afin d'intégrer sur le bâtiment le système ACTAS (Active Towed Array Sonar), un sonar remorqué actif à basse fréquence, qui peut être déployé depuis la plage arrière. L'ouverture d'un domaine ASM sur un bâtiment de type OPV (Offshore Patrol Vessel) est en effet sérieusement étudiée dans certains états-majors. Des marines d'Europe du nord réfléchissent notamment à ce concept d’emploi, dans un contexte de restriction budgétaire, qui incite à limiter le recours aux grandes frégates anti-sous-marines, très couteuses et trop spécialisées pour certaines missions. Un OPV doté de moyens ASM pourrait, ainsi, être employé dans la lutte contre les narcotrafiquants, qui ont développé l'utilisation de moyens submersibles, par exemple dans les Caraïbes. Il pourrait également remplir des missions de renseignement et de repérage et, dans certains cas, travailler en coopération avec un bâtiment doté de moyens lourds pour l'interception et la neutralisation de menaces sous-marines. Une capacité offensive peut néanmoins être intégrée sur le patrouilleur via la mise en oeuvre d'un hélicoptère équipé de moyens ASM, comme des torpilles légères.

 

Lutte contre la pollution

 

Un autre grand atout du patrouilleur, en termes de polyvalence, est sa capacité à intervenir contre une pollution maritime. A cet effet, le patrouilleur peut accueillir soit une version de lutte antipollution « classique » comprenant un barrage flottant déployé depuis la plage arrière, un écrémeur mis à l’eau et des réservoirs flottants tractés ; soit une version conteneurisée développée par la société LAMOR, plus compacte, comprenant deux récupérateurs latéraux et des réservoirs tractés. Ces différentes solutions seront présentées lors du prochain salon EURONAVAL  Les CMN travaillent par ailleurs avec la société Ecocéane afin de proposer une variante de la Vigilante dotée de bras récupérateurs pouvant être déployés à l’arrière. La particularité du concept sera que le bateau effectuera sa manœuvre de récupération des pollutions flottantes en marche arrière, de manière à optimiser le recueil des déchets tout en protégeant mieux la coque. Comme pour la guerre des mines, les locaux modulaires pourront servir à l’accueil des équipes et du matériel spécifique. 

Fortes de ce nouveau concept, les CMN, déjà en discussion à l’export avec ce navire, comptent le proposer à la Marine nationale dans le cadre du programme BATSIMAR, qui doit se traduire par la commande de 18 bâtiments de surveillance et d’intervention maritime destinés à remplacer l’ensemble des patrouilleurs et frégates de surveillance français.

 

La Vigilante 1400 CL 79 (Image : CMN)

La Vigilante 1400 CL 79 (Image : CMN)

Constructions Mécaniques de Normandie (CMN)