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Les députés européens demandent l'arrêt de l'aide aux garde-côtes libyens

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Les députés européens demandent l'arrêt de l'aide aux garde-côtes libyens

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La commission des libertés civiles du Parlement européen a fait, cette semaine, un point sur la situation des migrants en Libye. Déjà dramatique en raison des conditions abominables des camps de détention, elle est encore aggravée par la guerre civile entre le gouvernement d’entente nationale de Fayez-El-Sarraj et les partisans du maréchal Haftar. Et désormais par la pandémie du Covid-19 qui n’épargne pas le pays.

Selon Imma Vasquez, la représentante de Médecins Sans Frontières qui a témoigné devant la commission, au moins deux hôpitaux tripolitains abritant des centres Covid ont dû être évacués depuis la mi-avril en raison des combats, réduisant dramatiquement la couverture sanitaire locale. Le reste du pays n’est plus accessible depuis la capitale, rendant toute aide sanitaire quasi-impossible pour le rare personnel humanitaire encore sur place. Parallèlement, « le trafic d’êtres humains se poursuit », déplore-t-elle. Environ 1500 personnes seraient dans les camps et des départs en mer se tiennent encore « alors que la capacité SAR (search and rescue, ndlr) est fortement détériorée » en Méditerranée centrale. Depuis le début de la pandémie, les navires des ONG ont en partie été désarmés et, pour les deux qui restent encore en opération, ils font face à des ports fermés en Italie et à Malte.

Une nouvelle opération aéronavale européenne succède à Sophia

Du coté étatique, depuis début avril, une nouvelle opération aéronavale européenne a pris le relais de Sophia, qui avait été initiée en juin 2015. Baptisée Irini (la paix en grec), cette nouvelle mission, placée sous l’autorité du contre-amiral Fabio Agostini et basée à Rome, tient son mandat des conclusions de la conférence de Berlin sur la Libye qui s’est tenue en janvier dernier. Sa première mission est la surveillance de la mise en œuvre de l’embargo sur les ventes d’armes à la Libye. Mais le mandat que lui a confié le Conseil de l’Union européenne comporte également la lutte contre l’exportation illicite des ressources pétrolières libyennes, ainsi que le « démantèlement du modèle économique du trafic de migrants », ce qui revient à l’appréhension des passeurs, ainsi que la formation des garde-côtes libyens.

C’est précisément sur ces deux derniers points que les débats ont plus particulièrement porté. Interrogé par la commission, Fabrice Leggeri, directeur de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières, a fait état de chiffres de personnes repérées en mer en nette progression par rapport à l’an dernier. « Selon les données recueillies par l’opération Thémis (menée par Frontex depuis 2018 pour le contrôle des frontières italiennes), 3277 personnes sont arrivées en Italie depuis le 1er janvier contre 700 l’an passé. A Malte, le chiffre est de 1135. Depuis le début de la pandémie, la tendance semble néanmoins s’inverser sauf lors du week-end pascal où nos avions ont repéré 250 personnes en difficulté vers lesquels nous avons envoyé des moyens de sauvetage ». Fabrice Leggeri estime cependant que les chiffres vont repartir à la hausse, notamment en raison des conséquences de la pandémie en Libye, « et il y aura sans doute beaucoup moins de capacités du côté des garde-côtes libyens, touchés à la fois par les combats et l’épidémie ». De son côté l’opération Thémis se poursuit « mais avec des limitations liées aux périodes de quarantaine des personnels embarquées ». Frontex a également beaucoup de mal, dans le contexte de la pandémie, à mettre ses personnels spécialisés dans le renseignement et l’identification des passeurs sur les bateaux d’Irini ». Les données d’Europol devraient néanmoins pouvoir être fournies aux militaires d’Irini.

La Libye « n’est pas un pays sûr »  pour le débarquement des rescapés

Les députés européens se sont ensuite penchés sur la problématique du financement et de la formation des garde-côtes libyens par les fonds de l’Union européenne. Pratiquée depuis plusieurs années, cette aide se manifeste par la fourniture de moyens nautiques et techniques, de fonds ainsi que des stages de formation dans des pays européens ou sur place. Mais une majorité des députés de la commission estime que cette aide doit désormais être interrompue, « suite aux violations répétées des droits de l’homme des demandeurs d’asile » par la Libye. Ils ont également insisté sur le fait que la Libye « n’est pas un pays sûr » pour le débarquement des personnes sauvées en mer. Une position défendue par toutes les ONG depuis plusieurs années. S’appuyant sur la convention internationale sur le sauvetage en mer, ces dernières refusent systématiquement le débarquement des rescapés en Libye en raison du caractère non sûr des ports.

Cette prise de position institutionnelle des parlementaires européens, à la fois sur l’arrêt de la coopération avec les garde-côtes libyens et la reconnaissance de la dangerosité du débarquement dans les ports du pays, jette un pavé dans la mare au moment même où la Libye semble basculer dans un régime militaire. Cette proposition devra ensuite être discutée en assemblée plénière puis avec le Conseil de l’Union.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.