Marine Marchande
Les derniers jours du plus grand chantier du monde

Reportage

Les derniers jours du plus grand chantier du monde

Marine Marchande

Mois de mai à Panama, le chantier du canal attaque sa dernière ligne droite. La première chose qui frappe à Cocoli, du côté Pacifique, c'est l'immensité du lieu, des écluses, des bassins, des portes. De la terre battue partout, sauf sur les quais. Un soleil de plomb. Des dizaines de grues qui paraissent minuscules. Des pick-up qui vont et qui viennent. Des casques de chantier de toutes les couleurs. Et des ouvriers qui transpirent dans la chaleur. Il est 9 heures du matin et, comme presque tous les jours en cette saison, il fait déjà 40 degrés à l'ombre. Pas un souffle de vent. Pourtant, le béton ne cesse de couler. Depuis le début des travaux d'extension du canal de Panama, en septembre 2007, il y en a eu 4.4 millions de mètres cube au total: de quoi construire 56 Empire State Building.

 

(© ACP)

 

Six mois pour choisir le ciment et des fuites d'eau

Moises Samaniego, ouvrier sur le chantier est arrivé à 5h et repartira vers 17h, peut-être même plus tard. Mais qu'importe, « le plus important, c'est de faire partie de l'Histoire ! ». Avec son gilet rose fluo et son casque fuschia, Ilya Espino de Marotta, la pilote en chef du chantier pour l'Autorité du Canal de Panama, salue tout le monde. Si les 150 millions de m3 de terre ont représenté un travail herculéen, le chantier a, dès le début, été confronté à des difficultés techniques et pris du retard. « Nous avons mis plus de six mois pour choisir le ciment et améliorer le mélange avec l'acier », détaille-t-elle.    

 

Vue du chantier (© ANNIE-LAURE PETIT)

Vue du chantier (© ANNIE-LAURE PETIT)

 

Des centaines de barrières en métal ou en bois protègent le bord des chambres, un vide de 49 mètres. Les ingénieurs en charge de la réalisation de l'ouvrage sont encore au chevet des portes. Ces colosses de 4000 tonnes, fabriqués sur mesure, ne sont pas simples à manœuvrer. « Avec la ligne de flottaison qui est haute, ça pose un problème de stabilité », explique l’un d’entre eux.

 

Arrivée des nouvelles portes (© ACP)

Arrivée des nouvelles portes (© ACP)

 

3.4 milliards de dollars en jeu devant les tribunaux

1833 jours de chantier étaient prévus dans le contrat mais il aura fallu 20 mois de plus. Le consortium Groupement Uni Pour le Canal, en charge de la construction de la nouvelle voie, regroupe quatre entreprises : la panaméenne Constructora Urbana, l'italienne Impregilo, la belge Jan de Nul et l'espagnole Sacyr Vallehermoso. Après trois grêves et l'arrêt du chantier, GUPC réclame aujourd'hui à l'ACP 3.4 milliards de dollars supplémentaires.

« Nous n'avons jamais eu cette intention de faire des procès mais l'ACP a payé pour une Mercedes et ils ont voulu une Porsche », explique Jan Kop, directeur de projet pour le belge Jan de Nul. « Ils ne veulent pas du bon, ils veulent de l'excellent. » En dernier ressort, d'ici deux ans, c'est la chambre internationale de commerce de Miami qui devra trancher.

 

Un reportage d'Annie-Laure Petit