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Les drones aériens dans l'action maritime

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Les drones aériens dans l'action maritime

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L'engouement pour les drones aériens embarqués tient à la nécessité, pour les navires, de mieux connaître leur environnement, notamment en zone littorale. L'UAV (Unmanned Aircraft System) est d'abord vu comme un senseur déporté, qui permet au bâtiment de voir plus loin. Il peut aussi épauler avantageusement l'hélicoptère, avec un coût de fonctionnement moindre et en s'affranchissant des périodes de repos des pilotes. L'hélicoptère peut donc être déchargé de certaines tâches, comme la surveillance, et son potentiel conservé pour des missions à forte valeur ajoutée. Si les Etats-Unis se sont résolument lancés dans le développement des moyens sans pilote, les Européens tâtonnent toujours. Dans un contexte budgétaire difficile, les programmes navals ont été retardés, la priorité étant donnée aux drones de soutien aux opérations terrestres. De plus, les marins sont très prudents avec ce nouvel outil, attendant un retour d'expérience et certaines maturations technologiques. Ainsi, la marine française devrait d'abord se faire la main avec de petits UAV. En 2010, la DGA a testé sur des scénarios maritimes (piraterie, narcotrafic...) le Camcopter S-100 de l'Autrichien Schiebel.

Le Camcopter S-100 (© : SCHIEBEL)
Le Camcopter S-100 (© : SCHIEBEL)

Le Camcopter S-100 (© : SCHIEBEL)
Le Camcopter S-100 (© : SCHIEBEL)

Dans le cadre d'un partenariat avec DCNS, ce drone sera également déployé sur le patrouilleur hauturier L'Adroit, mis à disposition de la Marine nationale entre 2012 et 2015. Capable d'emporter une charge de 80 kg et de voler 10 heures, Camcopter S-100 devrait concourir à un appel d'offres visant à équiper les frégates La Fayette de drones légers mono-capteur (FLIR) pour les opérations de lutte contre la piraterie. En dehors de Schiebel, d'autres constructeurs européens, comme le Saab, pourrait aussi se positionner sur ce segment. Le groupe suédois a, ainsi, développé le Skeldar, un petit drone embarquant une boule FLIR mais, pour le moment, plutôt orienté vers les opérations terrestres.
Pour en revenir à la France, après s'être "fait la main" sur de petits drones, il est ensuite prévu de doter la flotte d'engins plus gros dans le cadre du programme SDAM (Système de Drone Aérien de la Marine). L'une des difficultés techniques reste la capacité à mettre en oeuvre et récupérer automatiquement un AUV sur une plateforme soumise aux mouvements de la mer. C'est pourquoi un contrat d'études a été notifié en 2008 à Thales et DCNS pour travailler sur le système de décollage et d'appontage automatique d'un drone à voilure tournante. Les premiers essais d'approche et d'atterissage automatiques sont intervenus ce mois-ci aux Etats-Unis avec l'AH-6U Little Bird de Boeing (2 tonnes et 350 kg de charge utile). Une campagne à la mer est aussi prévue sur un bâtiment de la Marine nationale. Le programme SDAM sera ensuite lancé, permettant aux industriels de présenter différentes solutions. Plusieurs modèles peuvent répondre aux besoins, dont l'Orka d'EADS. Adaptation de l'hélicoptère Cabri, cet UAV présente un rapport poids/charge utile intéressant (1 tonnes, 180 kg) et une vitesse de 200 km/h. Des essais ont notamment été effectués sur un bâtiment de projection et de commandement (BPC) du type Mistral.

Le Little Bird (© : BOEING)
Le Little Bird (© : BOEING)

L'Orka sur un BPC (© : MARINE NATIONALE)
L'Orka sur un BPC (© : MARINE NATIONALE)

Les drones MALE au dessus des flots

Si les efforts portent principalement sur les drones tactiques embarqués, des études sont également conduites sur les systèmes MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) basés à terre et pouvant servir à la surveillance maritime. Là encore, les solutions sont envisagées dans une logique de complémentarité avec les autres moyens, sans chercher à se substituer à l'avion de patrouille maritime pour ce qui relève de l'intervention. Sagem propose le Patroller M, développé à partir de l'avion allemand S-15 (Stemme), sur lequel le groupe français apporte l'optronique, l'avionique de bord et les liaisons de données. Cet engin, qui dispose d'une autonomie de 30 heures, a réalisé en 2010 ses premiers vols autonomes. Alors que Sagem a annoncé la création d'une filiale commune dédiée aux drones tactiques avec Elbit, le groupe israélien est déjà associé à Thales sur le Watchkeeper. Ce système, retenu par l'armée britannique, va faire l'objet d'une expertise pour la surveillance maritime, par exemple pour des missions de routine en Manche ou de surveillance des pêches dans le golfe de Gascogne. Alors que Dassault Aviation et BAE Systems viennent de s'allier pour développer un système MALE baptisé Telemos (inspiré du Mantis britannique), EADS mise toujours sur le Talarion. Ce biréacteur de 7 tonnes et 28 mètres d'envergure, conçu pour opérer dans un espace aérien civil, a été imaginé pour intervenir dans différentes missions de sécurité, comme la lutte contre la piraterie et le narcotrafic, la protection des frontières ou la gestion des catastrophes naturelles et écologiques. Le premier vol du prototype est annoncé par EADS en 2014.

Le Patroller (© : SAGEM)
Le Patroller (© : SAGEM)

Le Watchkeeper (© : THALES)
Le Watchkeeper (© : THALES)

Le Talarion (© : EADS)
Le Talarion (© : EADS)

Le Telemos (© : MER ET MARINE)
Le Telemos (© : MER ET MARINE)

UCAV à l'horizon

Enfin, un autre domaine d'étude couvre le Unmanned Combat Air Vehicle (UCAV), c'est-à-dire les drones aériens de combat. Pour l'heure, seuls les américains se sont lancés dans des programmes d'engins embarqués, avec les démonstrateurs X-47B de Northrop Grumman et Phantom Ray de Boeing, qui ont réalisé leurs premiers vols cette année. Alors que le X-47B doit débuter ses essais sur porte-avions à partir de 2013, aucun projet équivalent n'est à l'ordre du jour en Europe. Pour l'heure, seuls BAE Systems et Dassault Aviation travaillent sur des UCAV, les Taranis et Neuron, aucun n'étant conçu pour une application embarquée. Il s'agit néanmoins d'un premier pas très important pour acquérir le savoir-faire très pointu que nécessitera cette technologie. Autour de Dassault Aviation, le Suédois Saab, le Grec HAI, le Suisse RUAG et l'Espagnol EADS-CASA travaillent actuellement sur l'assemblage du Neuron, dont le premier vol est attendu en 2012.

Le Neuron (© : DASSAULT AVIATION)
Le Neuron (© : DASSAULT AVIATION)

Le Taranis (© : BAE SYSTEMS)
Le Taranis (© : BAE SYSTEMS)

Le X-47B (© : NORTHROP GRUMMAN)
Le X-47B (© : NORTHROP GRUMMAN)

Le Phantom Ray (© : BOEING)
Le Phantom Ray (© : BOEING)

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