Science et Environnement
Les effets du changement climatique sur les océans scrutés à Brest

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Les effets du changement climatique sur les océans scrutés à Brest

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600 scientifiques de 48 pays planchent, depuis lundi à Brest, sur les effets maritimes du changement global (conférence Imber). L’acidification des océans et les migrations halieutiques figurent au menu de la semaine.

Les grands changements en cours sur Terre impactent les équilibres et le fonctionnement des océans.

Le gaz carbonique issu de l’activité humaine continue d’être absorbé par les océans. Cette absorption massive (25 % du CO2 rejeté par l’homme) entraîne une diminution du PH de l’eau de mer. Cette augmentation de l’acidité des océans n’est pas neutre pour les espèces qui s’y développent. Incidence sur la calcification du bar étudiée à Brest ou de la taille et du nombre de bactéries et de phytoplanctons dans l’étang de Thau (Hérault)… Le sujet préoccupe aux quatre coins de la planète.

Accélération de l’acidification

Moins 0,1 d’unité de PH en quelques décennies. Moins 0,2 ou 0,3 à la fin de ce siècle selon les spécialistes qui prédisent une accélération de l’acidification si la production de CO2 ne diminue pas de manière drastique. Avec quels effets sur les larves marines et le plancton ? C’est justement ce qu’essayent de mesurer les biologistes marins depuis quelques années. Les derniers résultats montrent qu’une augmentation de l’acidification entraîne des modifications de développement, de recrutement et l’apparition de nouveaux prédateurs.

Sur un temps relativement long, les organismes vivants ont des capacités d’adaptation. « Mais face à une telle accélération du phénomène quelles seront les conséquences sur les larves d’huître et de tous les organismes calcaires ? », pose l’océanographe brestois Paul Tréguer. On pense évidemment aux producteurs de coquillages qui pourraient être impactés à moyen terme mais également « à l’ensemble de la chaîne alimentaire marine », confirme Justine Courboulès, du Marbec (Marine biodiversity exploitation and conservation) de Montpellier.

« Nos recherches sur l’étang de Thau nous ont permis de montrer une augmentation du nombre et de la taille des phytoplanctons soumis à une diminution du PH de l’eau de mer ». Plutôt une bonne nouvelle quand on sait que ces micro-organismes marins participent à l’absorption massive du gaz carbonique ? Sauf que, dans le même temps, la prédation a augmenté sur ce plancton marin, avec un risque évident de déséquilibre de la chaîne alimentaire.

Nouveau paysage halieutique

Le réchauffement de la température de l’eau de mer préoccupe également les chercheurs qui s’intéressent aux migrations de poissons. Selon Didier Gascuel, d’Agrocampus Ouest, les zones de répartition des espèces de poissons évoluent aujourd’hui très rapidement. « On pourrait assister à l’horizon 2100 à un remplacement de pas moins de 50 % des espèces actuelles de poisson par zone de pêche, avec une diminution de 15 à 20 % de la biomasse maritime mondiale ! ».

Autant de changements qu’il faudra suivre avec attention pour structurer, organiser et gérer les futures pêcheries. À la pointe bretonne, l’arrivée massive de la daurade royale en provenance de Méditerranée et des côtes portugaises continue de redistribuer les cartes. La disparition rapide de la morue dans sa zone sud de répartition illustre l’étendue et la rapidité des changements en cours. L’homme aussi va devoir s’adapter.

Un article de la rédaction du Télégramme