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Les ex-Rafale F1 de retour au sein de la marine française

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Les ex-Rafale F1 de retour au sein de la marine française

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Très attendu par l’aéronautique navale française, la remise en service des anciens Rafale F1 devient réalité. Le M10, premier des 10 appareils concernés par le programme de modernisation notifié en 2009, a été livré le 3 octobre à la Direction Générale de l’Armement par l’usine Dassault Aviation de Mérignac, près de Bordeaux. Il sera suivi par un second appareil d’ici la fin de l’année. Trois autres doivent les rejoindre en 2015, quatre en 2016 et le dernier en 2017.

Pour mémoire, ces avions avaient été livrés en urgence à la fin des années 90 pour compenser le retrait du service des antiques intercepteurs F-8 E Crusader embarqués sur les porte-avions français. Une nécessité de remplacement de ces appareils à bout de souffle qui ne pouvait pas attendre la mise en service des standards polyvalents du Rafale, intervenue à partir de 2006 (standard F2 auquel a succédé le standard F3 en 2008). Afin que le groupe aérien du porte-avions Charles de Gaulle, mis en service en 2001, ne soit pas privé de sa capacité de défense aérienne (l’autre avion de combat embarqué, le Super Etendard Modernisé, étant conçu pour l’attaque au sol et la lutte antinavire), Dassault Aviation a donc livré une flottille de 10 Rafale dans un standard basique, dit F1 et comportant uniquement une capacité air-air.

 

Le M10 lors de son passage au SIAé de Clermont-Ferrand (© : SIAE)

Le M10 lors de son passage au SIAé de Clermont-Ferrand (© : SIAE)

 

La rénovation,  un chantier très lourd et complexe

 

L’arrivée au sein de la marine des Rafale F2 puis F3 avait conduit en 2008 à la mise sous cocon des Rafale F1, à l’exception du M1, servant à l’expérimentation de nouveaux équipements. Devenus obsolètes, les premiers Rafale Marine nécessitaient une profonde modernisation, qui a été actée en 2009 avec la signature d’un contrat de 300 millions d’euros impliquant Dassault Aviation, Thales, MBDA, Sagem, le Service Industriel de l’Aéronautique (SIAé) et la Marine nationale. Si le retrofit des premiers F2 au standard F3 a été réalisé facilement, porter le F1 au F3 a représenté un chantier très lourd et complexe, qui a purement et simplement nécessité de vider les avions et de remplacer de nombreux systèmes. Les modifications ont notamment porté sur l’ajout de nouveaux calculateurs électroniques modulaires, le remplacement des écrans du cockpit, le changement des câblages électriques, la mise à niveau du système de contre-mesure Spectra, l’évolution du radar RBE2 PESA (interchangeable avec la nouvelle antenne active - AESA), ainsi que l’évolution des pylônes d’emport d’armement (voir notre article complet sur le retrofit).

 

Le M10 en retrofit (© : DASSAULT AVIATION)

Le M10 en retrofit (© : DASSAULT AVIATION)

 

Apte à tout

 

Traités par le SIAé à Clermont-Ferrand avant de réintégrer la chaîne de production de Dassault à Mérignac, les anciens F1 ressortent d’usine, pour ainsi dire, à l’état neuf et présentent les mêmes capacités que les nouveaux Rafale livrés directement au standard F3 (le radar AESA en moins). Ces appareils sont aptes au combat aérien avec leur canon de 30mm et des missiles air-air Mica (avec autodirecteur infrarouge ou électromagnétique), aux attaques au sol avec les bombes à guidage laser GBU-12 (125 kg), GBU-22 (250kg) et GBU-24 (1000 kg), ainsi que l’armement air-sol modulaire (AASM) appelé également Hammer. En plus, les Rafale peuvent mener des frappes en profondeur avec le missile de croisière Scalp EG, des missions antinavire avec l’AM39 Exocet Block2 Mod2 (et le Hammer) et participent à la dissuasion nucléaire en pouvant mettre en œuvre le missile ASMP-A. Extrêmement polyvalents, ils servent également à la reconnaissance tactique et stratégique avec la nacelle Areos  (RECO-NG) ainsi qu’au ravitaillement en vol d’autres appareils.

Différentes évolutions et améliorations sont prévues dans le cadre du standard F3-R, qui doit être opérationnel à partir de 2017. Ce programme, notifié en décembre 2013, portera notamment sur l’intégration du nouveau missile de supériorité aérienne Meteor, la mise à niveau du système Spectra, ainsi que l’intégration d’une liaison de données tactique (L16) plus perfectionnée.

 

Rafale Marine sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Rafale Marine sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

 

Le parc de Rafale Marine à flux tendu

 

Le retour en flottilles des anciens F1 est pour la Marine nationale une excellente nouvelle, mais aussi un appoint crucial pour le maintien des capacités du groupe aérien embarqué sur le Charles de Gaulle. Car les vieux SEM, dont l’ultime douzaine encore opérationnelle n’équipe plus que la 17F, l’une des trois flottilles de chasse de l’aéronautique navale, doivent être retirés du service à l’été 2016. La 17F sera alors en pleine transformation pour passer, comme le sont déjà les 11F et 12F, au Rafale. Or, les nouveaux avions de combat de la marine ne sont pas légion, loin s’en faut. Alors qu’il faut 12 appareils pour armer une flottille, et qu’un déploiement du porte-avions nécessite la mobilisation de deux d’entre elles, les marins doivent tenir compte des périodes de maintenance mais aussi des besoins d’entrainement des pilotes et de la formation initiale des jeunes, mutualisée avec l’armée de l’Air à Saint-Dizier et qui occupe en permanence un à deux Rafale Marine.  

 

Rafale Marine et SEM survolant le Charles de Gaulle (© : ALEXANDRE PARINGAUX)

Rafale Marine et SEM survolant le Charles de Gaulle (© : ALEXANDRE PARINGAUX)

 

Pour l’heure, 40 Rafale Marine ont été livrés, dont deux seulement au titre de l’année 2014, les M39 et M40, premiers appareils de l’aéronautique navale dotés du radar à antenne active RBE2 AESA. Sur ce total, il y a donc les 10 F1, dont neuf sont encore indisponibles. Quatre (M18, M22, M24 et M25) ont en outre été accidentellement perdus entre 2009 et 2012. Avec le retour en flottille du M10, l’aéronautique navale n’aligne donc, actuellement, que 27 appareils. Alors que les neuf autres ex-F1 refités au standard F3 seront de retour d’ici 2017, les prévisions de livraisons d’appareils neufs sont les suivantes : quatre en 2015 et deux au mieux en 2016. Quant aux deux derniers des 10 Rafale Marine de la tranche 4 du programme, dont les livraisons ont débuté en 2013, leur arrivée est pour le moment prévue en 2019. En clair, fin 2016, alors que les SEM auront pris leur retraite, la chasse embarquée de la marine française ne reposera plus, dans le meilleur des cas, que sur 41 Rafale Marine. Une flotte extrêmement réduite, moitié moindre que ce qui était prévu à l’origine (86 avions) et nettement en deçà de l’objectif prévalant avant 2013 (58 avions). Autant dire qu’avec des effectifs aussi faibles, les marges de manœuvre seront extrêmement réduites et les marins croisent les doigts pour que l’attrition n’augmente pas.

 

Rafale Marine à l'appontage sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Rafale Marine à l'appontage sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

 

Nouvelle réduction du parc

 

Car il n’y a pas grand espoir de voir le nombre d’appareils atteindre la cinquantaine. Restrictions budgétaires obligent, le format global des forces aériennes françaises a, en effet, été de nouveau sabré avec le dernier Livre Blanc sur la défense, passant de 286 à seulement 225 avions de combat. La future tranche 5 du programme sera donc amputée. Pour l’heure, 180 Rafale (dont 48 en version Marine) ont été commandés et 133 livrés (dont 40 Marine). Et la LPM prévoit une baisse significative de la cadence de livraison avec seulement 26 appareils neufs prévus entre 2014 et 2019 (soit en tout 152 Rafale livré à cette date). Afin de maintenir une cadence de production de 11 avions par an, minimum en dessous duquel Dassault affirme ne pouvoir industriellement descendre, la France compte sur l’export. Et, plus particulièrement, sur le contrat en cours de négociation avec l’Inde. L’Etat et les industriels français espèrent que ce contrat géant, qui porte sur 126 Rafale, dont 18 à réaliser en France, sera conclu fin 2014/début 2015. Si tel est le cas, il permettra de prendre le relais de la baisse de production française dès 2016, année où, si tout se passe comme envisagé, Dassault livrerait 5 Rafale à l’Inde et 6 à la France. Tout dépendra bien sûr de l’avancée des discussions avec New Delhi. Alors que les signaux sont actuellement très encourageants, le ministère de la Défense devra quoiqu’il en soit acter le scénario retenu dans les prochains mois. 

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