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Les Frégates multi-missions (Fremm) changent de tête

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Les Frégates multi-missions (Fremm) changent de tête

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Les observateurs avisés l’auront remarqué, entre la version présentée au printemps et les vues délivrées récemment, le design des frégates multi-missions (Fremm) a évolué de façon assez importante. Il y a tout d’abord l’abandon du projet de mâture unique, dite « intégrée », pour la première tranche de 8 bâtiments. Le choix a été arrêté en septembre, à la veille du salon DSEi (Defense Systems & Equipment international) de Londres. « Nous avons décidé de recourir à une solution classique à deux mâts. La décision découle d’un mélange technique et financier. On a considéré qu’il y avait des développements techniques supplémentaires et qu’il était donc plus raisonnable d’attendre », explique Philippe Poirier, directeur du projet Fremm à DCN. Du côté de la Marine nationale, on note que « La présence sur les frégates d'une mâture intégrée n'a pas été demandée (…) celle-ci n’était pas une exigence opérationnelle ». Outre le pur aspect technologique, les contraintes budgétaires auraient donc également pesé : « La mâture unique a été handicapée par des problèmes de coût. Sur ce programme, les prix sont extrêmement tendus et donc, l’innovation est sacrifiée au profit des contraintes budgétaires », souligne un cadre de DCN Ingénierie.

Aujourd’hui, le montant unitaire d’une frégate (sans armement) oscille entre 280 à 290 millions d’euros, soit 30% de moins que le prix moyen du marché en Europe. La chasse aux économies est telle que DCN continue ses efforts sur la seule partie où des gains peuvent être réalisés, à savoir ce qui ne relève ni de la coopération, ni du système de combat. Ce secteur ne représente qu’un montant de 27 millions d’euros et pourtant, l’entreprise souhaite encore réduire la facture de 3,3 millions d’euros! Dans ce contexte, la mâture intégrée avait peu de chances de s’imposer, du moins dans un premier temps. DCN espère en effet qu’elle sera embarquée sur les navires des tranches conditionnelles, dont les commandes sont prévues en 2011 et 2013. D’ici là, l’industriel se sera sans doute rapproché de Thales, ce qui évitera au passage une concurrence des deux groupes sur le marché des packages mâts/radars.

Design évolutif

Le changement le plus frappant entre les différentes vues n’est toutefois pas le passage à deux mâts. Les lignes mêmes du navire ont radicalement évolué, entre l’image du bâtiment particulièrement élégant présenté avant l’été et celle, beaucoup plus classique, disponible actuellement. En fait, les Fremm ne devraient ressembler ni à l’une, ni à l’autre de ces représentations. « Quand la décision a été prise de repasser à deux mâts, à la veille du salon, nous avons fait une modification rapide des visuels que nous avions sous la main. En réalité, en s’achemine, au niveau du design, vers une version intermédiaire, avec une reprise de la cassure sur les bords », précise Philippe Poirier. Une vue plus fidèle de ce que seront les futurs navires devrait être disponible dans les prochaines semaines. Avec le déplacement des Exocet vers le centre du bateau, la plage avant devrait être plane jusqu’au bloc passerelle et la proue présenter une forme effilée, à l’instar de celles des frégates Horizon.

La ligne, au fil des études, s'affinera progressivement: « Le design, c’est la cerise sur le gâteau. Il faut d’abord répondre aux besoins techniques et opérationnels du client, avec de nombreuses contraintes qui guident la conception du bateau ». Au niveau financier, ces contraintes sont, selon le directeur de programme, « stimulantes pour les architectes navals, car elles conduisent à sortir des sentiers battus pour trouver des solutions ». C’est notamment le cas de la partie énergie/propulsion, séparée en deux zones. La première, comprenant deux compartiments à l'arrière, abritera la propulsion principale (turbines à gaz) et deux diesels générateurs (DG). La seconde, située sur l’avant, rassemblera deux autres DG et, nouveauté pour les frégates de la marine, un propulseur rétractable. « Cette disposition permet de gagner un compartiment dans les fonds du bateau, soit 10 mètres. La zone vie est concentrée au milieu du navire, sous la passerelle et la surface habitable est supérieure de 15% aux frégates Horizon », souligne Philippe Poirier.

Moteur à explosion

Côté propulsion, le ministère de la Défense confirme que les navires seront bien dotés de deux moteurs électriques et de deux turbines à gaz (TG). Reste maintenant à savoir lesquels. Côté moteurs électriques, les consultations se poursuivent. Du côté des TG, le choix semble toujours aussi compliqué. Alors qu’en octobre, le contrat était pour ainsi dire acquis pour General Electric, allié à l’Italien Avio; il n’en serait plus de même aujourd’hui: « Le contrat n’est pas encore attribué, ni finalisé », explique-t-on à DCN. La décision reste politiquement explosive, alors que Paris et Londres tentent de se mettre d’accord pour construire trois porte-avions en coopération. Michèle Alliot-Marie, annonce d’ailleurs à ce sujet le franchissement d’« étapes importantes avant la fin de l’année ». Pour en rajouter aux difficultés du montage industriel des porte-avions, il y a quelques semaines, Rolls-Royce, qui avait eut vent du choix officieux de GE pour les Fremm, n’avait pas hésité à agiter la menace de représailles envers les industriels français, si une solution européenne n’était pas retenue. Le motoriste britannique propose sa turbine MT 30 pour équiper les frégates. Cette machine, beaucoup plus récente et surtout plus puissante que sa concurrente américaine, la LM 2500 + E, avait la faveur initiale de DCN. Elle permettrait en effet « de garder de la puissance en réserve en cas d’alourdissement des navires et d’avoir un matériel identique à celui qui est envisagé pour le second porte-avions franco-britannique », explique un ingénieur. General Electric, de son côté, met en avant le prix inférieur de sa turbine. Un argument non négligeable pour un programme où le terme « économies » est omniprésent.
Projet franco-italien, les Frégates multi-missions doivent être construites, en France, à 17 exemplaires, avec un tarif dégressif à partir de la neuvième unité. Le coût global de cette série s’élève à 6,457 milliards d’euros.

Voir la fiche technique des Frégates Multi-missions

Naval Group (ex-DCNS)