Construction Navale
Les futurs BPC et bâtiments logistiques de la marine construits à Saint-Nazaire ?

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Les futurs BPC et bâtiments logistiques de la marine construits à Saint-Nazaire ?

Construction Navale

Enfin une bonne nouvelle pour la marine et les chantiers de Saint-Nazaire. Dans le cadre du plan de relance de l'économie lancé par le président de la République, le ministère de la Défense va disposer d'une rallonge budgétaire. Hervé Morin a indiqué que cette enveloppe pourrait permettre la commande anticipée du troisième bâtiment de projection et de commandement (BPC) du type Mistral (coût estimé à environ 300 millions d'euros). Les deux premières unités, les Mistral et Tonnerre, ont été coréalisés par DCNS et les Chantiers de l'Atlantique. Livrés en 2006 et 2007, ces navires ont été réalisés en deux parties. Les moitiés avant, réalisées à Saint-Nazaire en 2003 et 2004, avaient été remorquées à Brest où elles avaient été soudées aux parties arrières, assemblées par DCNS à partir de blocs produits en Pologne. Pour le troisième BPC, un tel montage ne devrait pas se reproduire, les chantiers nazairiens (aujourd'hui STX France) assurant sans doute la totalité de la construction. Cette commande permettrait de combler le trou de charge prévu à partir de la fin 2009. Si rien n'est encore acté, une notification est espérée l'an prochain pour une réalisation dans la foulée. « Nous avons commencé à travailler avec DCNS pour mettre en route ce projet et présenter une offre », explique Jacques Hardelay, directeur général de STX France, dont l'Etat a récemment pris 33% du capital. En période de crise, où les commandes de paquebots (activité principale de Saint-Nazaire) sont en sommeil, les pouvoirs publics devraient donc donner un coup de pousse à l'industriel, qui espère en parallèle voir se relancer rapidement le projet de second porte-avions. Nicolas Sarkozy avait indiqué en juin que la décision de construire, ou non, ce navire était renvoyée à 2011 ou 2012. Toutefois, si la situation à Saint-Nazaire devenait critique, on imagine mal comment le chef de l'Etat n'autoriserait pas cette commande salutaire (plusieurs années de charge assurées). Les syndicats, comme les élus locaux, inquiets de l'avenir des chantiers, appellaient d'ailleurs le gouvernement à soutenir l'activité industrielle en cette période délicate. « Ce serait intéressant de pouvoir réaliser à Saint-Nazaire ces navires militaires. Cela permettrait de combler le déficit de travail, notamment dans les bureaux d'études », estime Marie-Odile Bouillé, députée de Loire Atlantique.

BPC en construction à Saint-Nazaire (© : ALSTOM MARINE)
BPC en construction à Saint-Nazaire (© : ALSTOM MARINE)

Un troisième... et un quatrième BPC en jeu

Concernant le projet BPC, il convient de noter que le troisième bateau doit être suivi par un quatrième navire du même type (4 BPC sont prévus dans le nouveau modèle d'armée défini par le Livre Blanc et entériné par le projet de loi de programmation militaire). Les deux nouveaux bâtiments viendront remplacer les transports de chalands de débarquement Foudre et Sirocco, mis en service en 1990 et 1998. Afin de permettre à la marine de réaliser des économies d'échelle et de pouvoir vendre d'occasion ces TCD, la commande groupée des BPC 3 et 4 n'est d'ailleurs pas à exclure. STX pourrait, en outre, bénéficier d'éventuels contrats remportés à l'export par DCNS. Le groupe naval français cherche notamment à placer le concept du BPC en Afrique du Sud et pourquoi pas au Canada et au Portugal.
Pour mémoire, le Mistral mesure 199 mètres de long pour un déplacement de 21.500 tonnes en charge. Doté d'un centre de commandement et d'importantes infrastructures hospitalières, il peut transporter 16 hélicoptères, 450 soldats, 70 véhicules (dont 13 chars Leclerc) et 4 chalands de débarquement. Construit aux normes civiles, il est notamment équipé de cabines dérivées de celles installées sur les paquebots. C'est pourquoi la partie avant de ce bâtiment, faite à Saint-Nazaire, comprenait les « locaux vie » et l'hôpital embarqué (Voir notre dossier sur le Mistral).

Le BPC Mistral (© : MARINE NATIONALE)
Le BPC Mistral (© : MARINE NATIONALE)

STX en lice pour le renouvellement des pétroliers ravitailleurs

Face au désarmement de ses navires ateliers et au vieillissement de sa flotte de pétroliers ravitailleurs, la marine étudie actuellement le remplacement de ces unités par une nouvelle génération de bâtiments logistiques. D'un déplacement de plus de 20.000 tonnes, ces navires remplaceraient les bâtiments de soutien Loire et Jules Verne, prévus pour être retirés du service actif en 2009, ainsi que les ravitailleurs Meuse, Var, Marne et Somme, livrés entre 1980 et 1990. Chargés de combustible, de vivres, de munitions et de pièces de rechange, ces navires, très sollicités, offrent la possibilité de déployer durablement et en toute autonomie, loin de la métropole, un groupe naval ou aéronaval. Or, les quatre ravitailleurs actuellement en service commencent à sérieusement vieillir, notamment la Meuse (28 ans), certains connaissant de plus en plus de déboires techniques. Pour certains marins, leur remplacement est une priorité, faute de quoi les capacités de déploiement outre-mer de la lotte pourraient être obérées au cours de la prochaine décennie. L'inscription de la commande de quatre nouveaux bateaux est donc vivement souhaitée dans la prochaine loi de programmation militaire, couvrant la période 2009 - 2014, examinée cet hiver par le parlement. De cette manière, les nouveaux bâtiments logistiques, unités polyvalentes à même d'assurer les ravitaillements à la mer et certaines réparations grâce à des ateliers embarqués, pourraient être commandés à l'horizon 2011 - 2012.

Les Var et Marne (© : MARINE NATIONALE)
Les Var et Marne (© : MARINE NATIONALE)

Chez Thales, on vente les capacités de Saint-Nazaire

Plusieurs industriels se positionnent déjà sur ce marché, à commencer bien entendu par les groupe de défense nationaux, comme DCNS. Chez Thales, qu'on a vu se positionner via sa filiale britannique sur le programme MARS (futurs ravitailleurs de la Royal Navy), on met par exemple en avant les capacités des ex-Chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire, pour réaliser ces bateaux. « Aujourd'hui, si on veut construire un bateau de plus de 15.000 tonnes en France, il faut aller à Saint-Nazaire. Sur le segment des navires de fort tonnage, STX France dispose d'un outil industriel unique », fait-on valoir chez l'électronicien, qui n'est pas sans savoir que Saint-Nazaire a déjà fait travailler ses bureaux d'études sur ce projet. DCNS, de son côté, a commencé à plancher sur un design répondant aux souhaits de la marine nationale. Ce projet porterait sur un bateau dont le déplacement atteindrait 25.000 tonnes, soit une capacité d'emport d'environ 18.000 tonnes. Le projet de LPM, présenté le 29 octobre en conseil des ministres, prévoyait une mise en service des quatre nouveaux bâtiments polyvalents entre 2017 et 2020. Toutefois, des tergiversations existeraient actuellement quant à un éventuel report de leur commande à la LPM suivante (2015 - 2020), ce qui constituerait un fort risque de glissement par rapport au calendrier initial.

Les chantiers de Saint-Nazaire (© : MSC CRUISES)
Les chantiers de Saint-Nazaire (© : MSC CRUISES)

Double coque : « Il serait bon que l'Etat montre l'exemple »

Un autre facteur pourrait, néanmoins, inciter le ministère de la Défense à commander ces bateaux dans les temps, voire même plus tôt que prévu. Nouvel actionnaire de STX France, avec plus de 33% du capital, l'Etat sera peut être contraint d'assurer de la charge aux chantiers nazairiens. Alors que l'entreprise est actuellement en conflit avec l'un de ses principaux clients, NCL, à propos de la réalisation du programme F3 (2 paquebots géants pour 1.5 milliard d'euros), la crise se fait aussi sentir dans le secteur de la croisière. Après cinq années d'euphorie, les armateurs ont bel et bien cessé de commander des navires. Et, dans l'incertitude ambiante, on ne voit pas vraiment quand cela s'arrangera. Or, faute de nouveaux contrats, le site pourrait connaître une forte contraction de son activité dès l'année 2010.
Enfin, les défenseurs du projet mettent en avant les problématiques de sécurité maritime. Dès 2010, la double coque sera obligatoire pour les tankers civils. Or, les Meuse, Var, Marne et Somme sont des pétroliers à simple coque. Suite au Grenelle de l'Environnement et alors que la France pousse au renforcement de la législation sur la sécurité maritime, « il serait bon que l'Etat montre l'exemple », estime un industriel.

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