Histoire Navale
Les goélettes de la marine partent à l'aventure

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Les goélettes de la marine partent à l'aventure

Histoire Navale

C'est aujourd'hui que les deux vénérables goélettes de la Marine nationale, qui fêtent cette année leurs 80 ans, doivent appareiller de Brest pour rejoindre... les Etats-Unis. Sur invitation des autorités américaines, l'Etoile et la Belle Poule vont participer aux célébrations marquant les 450 ans de la présence française en Floride, avec l'anniversaire de la création de Jacksonville, ainsi que la commémoration, à New York, du bicentenaire de la seconde guerre d'indépendance américaine, débutée en 1812. Sur place, les bâtiments et leurs équipages participeront à de nombreuses manifestations et rencontres, notamment avec la communauté française vivant aux Etats-Unis. Des échanges sont également prévus avec la marine américaine, les goélettes devant embarquer des officiers élèves de l'académie navale d'Annapolis. Les deux bâtiments profiteront par ailleurs de leur périple outre-Atlantique pour participer à la Tall Ship Race, célèbre course de grands voiliers écoles, qui débutera le 5 juillet à Savannah.

Derniers préparatifs hier en vue de l'appareillage

En tout, cette mission durera quatre mois. Hier, à Brest, les derniers préparatifs battaient leur plein. Dans la base navale, on chargeait les vivres et le matériel, tout en inspectant minutieusement les vieilles coques pour les préparer au mieux à affronter les rigueurs de l'Atlantique. Le tout pour un voyage aux conditions assez spartiates, la place étant limitée sur les goélettes, où l'on ne dispose par exemple pas de l'eau courante. En mer, ce sera donc toilette de chat, banquettes faisant office de lits et rationnement des vivres. Il faudra en effet 10 à 12 jours pour que la flottille gagne sa première escale, Las Palmas aux Canaries, et surtout 25 jours environ pour traverser l'Atlantique. « Il faudra faire attention à la nourriture car nous ne pourrons pas ravitailler régulièrement. Les produits frais, par exemple, ont une durée de vie de 5 à 10 jours. Nous allons donc beaucoup tourner avec des surgelés et des conserves », expliquait-on hier sur l'Etoile. Pour le départ, chaque bateau a notamment embarqué 950 litres d'eau en bouteilles, 450 kilos de viande et 350 kilos de légumes.

Sur la Belle Poule, en 2005  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Sur la Belle Poule, en 2005 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Une cinquantaine de personnes à bord

Chaque voilier compte un équipage de 17 hommes, auxquels vont s'ajouter 8 ou 9 passagers, en bonne partie des matelots, qui vont prêter main forte pour mettre en oeuvre une voilure réclamant des bras. On notera à ce propos que les goélettes possèdent 11 voiles : trois voiles d'avant gréées sur le mât de beaupré (clin foc, grand foc, et petit foc), la trinquette, la misaine, la grand-voile, la flèche et l'étai en tête de mât, et trois voiles complémentaires, la trinquette ballon et la fortune (sorte de spi) et, pour le mauvais temps, la voile de cape. Toute toile dehors, l'Etoile et la Belle Poule présentent une surface de voilure de 450 m². Au sein des passagers, il y aura aussi quelques civils, comme un étudiant de la Sorbonne qui travaille sur la famille de Latouche-Tréville. Il sortira de ses livres pour se plonger dans la vie de la marine à voile, celle qu'a connue le célèbre amiral français du XVIIIème siècle. Un marin prestigieux, le seul à avoir défait Nelson à deux reprises, et qui a combattu aux côtés des Américains lors de la guerre d'indépendance, notamment sur la frégate Hermione, dont une réplique est actuellement en construction à Rochefort et doit être mise à flot cette année. C'est donc avec une emprunte historique très forte que l'Etoile et la Belle Poule partent pour le « Nouveau Monde ».

A New York, en 2009  (© : MARINE NATIONALE)
A New York, en 2009 (© : MARINE NATIONALE)

Retour d'expérience d'une première transat en 2009

Durant quatre mois, les goélettes vont passer par Las Palmas, Porto-Rico, Fernandina Beach, Jacksonville, Savannah, Annapolis, Philadelphie, New York et Saint Pierre Miquelon, la mythique île française située au large de Terre Neuve, avant de remettre le cap vers Brest. « C'est une grande aventure qui s'annonce, notamment humaine. Il y a un mélange d'excitation, mais aussi l'angoisse de partir et de laisser la famille, ce que les marins ressentent avant chaque appareillage », confie l'un des participants à cette « expédition ». Le terme n'est d'ailleurs peut-être pas trop fort pour qualifier ce voyage. Car c'est à une sorte d'Everest maritime que l'Etoile et la Belle Poule vont se mesurer. En effet, traverser l'Atlantique avec deux voiliers de 32 mètres, âgés de 80 ans, seulement pourvus en cas de pépin d'un petit moteur de 350 cv, est une entreprise audacieuse. C'est un véritable défi, relevé pour la première fois il y a trois ans par les goélettes. « L'Etoile et la Belle Poule avaient déjà traversé l'Atlantique en 2009 et nous nous sommes appuyés sur cette expérience pour préparer le voyage ». La transatlantique sera la partie la plus sensible car les deux bateaux seront « livrés à eux-mêmes », loin des côtes. « Il y a plus de risques et nous adopterons donc des mesures de sécurité en conséquence. Par exemple, les deux goélettes ne navigueront pas à plus de 50 milles l'une de l'autre, de manière à pouvoir se prêter main forte en cas de coup dur. Le reste de la navigation sera du cabotage, comme ce qui se fait d'habitude ». Il ne devrait pas y avoir de médecin à bord mais une infirmière doit embarquer, afin de pouvoir traiter les soins inhérents à la vie sur de tels bâtiments, où les « bobos » de sont pas rares. A bord, l'organisation habituelle, avec un fonctionnement en quarts, sera modifiée pour le transit vers les Etats-Unis. « Entre Brest et La Palmas, nous fonctionneront par bordée mais, ensuite, l'organisation sera différente. Pour la traversée de l'Atlantique, nous marcherons par tiers, avec trois chefs de quart sur chaque bateau ».

L'Etoile et la Belle Poule  (© : MARINE NATIONALE)
L'Etoile et la Belle Poule (© : MARINE NATIONALE)

Face à la rudesse hivernale de l'Atlantique

A bord, on assure être « parés » pour l'aventure, qui constitue une première, même par rapport à 2009. A l'époque, les goélettes avaient, en effet, appareillé de Brest le 26 avril, c'est-à-dire au printemps. Aujourd'hui, le départ intervient un mois et demi plus tôt, alors que l'hiver n'est pas terminé et que le golfe de Gascogne, comme l'Atlantique, peuvent encore connaître de gros coups de tabac. Les marins suivent donc avec une grande attention l'évolution des conditions météorologiques. « Nous devrions avoir une forte houle au départ et pas trop de vent. Puis, une fois passé le Cap Finisterre, nous nous attendons à avoir un vent établi de nord-ouest, à 10/15 noeuds, ce qui n'est pas mal ». Cela risque donc de « brasser » un peu durant les premiers jours de mer. Ensuite, il est encore un peu tôt pour prédire l'évolution de la météo. A bord, on croise évidemment les doigts pour ne pas avoir à affronter du trop gros temps. Mais on rappelle aussi que l'Etoile et la Belle Poule, sorties en 1932 des chantiers de Fécamp, on été construites sur le modèle des goélettes paimpolaises terre-neuvas. Des bateaux qui partaient autrefois à la pêche à la morue, souvent dans des conditions épouvantables. Les voiliers, avec leur coque en bois de chêne doublée de cuivre pour les oeuvres vives, sont donc solides. Ensuite, tout dépendra des hommes, et bien sûr de la chance. Un ne manquera en tous cas pas de suivre le périple de l'Etoile et de la Belle Poule, dont les équipages devraient alimenter régulièrement le blog.
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- Voir le blog de l'Etoile sur le site de la marine

La Belle Poule  (© : MARINE NATIONALE)
La Belle Poule (© : MARINE NATIONALE)

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