Croisières et Voyages
Les grandes ambitions de MSC Croisières

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Les grandes ambitions de MSC Croisières

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C’est la première fois dans l’histoire de la croisière moderne qu’une compagnie connait un tel développement. Partie d’une micro-flotte de trois vieux paquebots il y a 15 ans, MSC Croisières est devenu le numéro quatre mondial et le leader européen du secteur grâce à un programme colossal de constructions neuves. De 2003 à 2013, la compagnie italo-suisse a fait construire à Saint-Nazaire 10 paquebots de 60.000 à 140.000 GT et de 780 à 1750 cabines, auxquels se sont ajoutés deux unités également réalisées sur les bords de Loire (2001 et 2002) et opportunément rachetées après la faillite de Festival Cruises en 2004.

 

Le MSC Meraviglia (© : MSC CRUISES)

Le MSC Meraviglia (© : MSC CRUISES) 

 

Sept paquebots déjà commandés en France et en Italie

Alors que la jumboisation et la modernisation des quatre unités des classes Armonia/Lirica (ajout d’une section de 30 mètres et 193 cabines) s’est récemment achevée, MSC a lancé en 2014 un nouveau plan de développement de grande ampleur. La compagnie a commandé à Saint-Nazaire quatre paquebots dans le cadre du programme Vista, soit deux unités de 167.600 GT de jauge et 2246 cabines, ainsi que deux autres de 177.100 GT et 2444 cabines. Premier de ce nouveau quatuor, le MSC Meraviglia sera livré en fin mai 2017, les trois autres suivant en 2019 et 2020. Dans le même temps, la réalisation de deux unités (une troisième en option) du type Seaside (160.000  GT, 2090 cabines) a été confiée aux chantiers italiens Fincantieri, qui les livreront en 2017 et 2018. Ces sept paquebots représentent un investissement de 5.3 milliards d’euros, dont 3 pour STX France, s’ajoutant aux 6.5 milliards déjà dépensés lors de la première phase de croissance de la flotte entre 2003 et 2010.

 

Le MSC Seaside (© : MSC CRUISES)

Le MSC Seaside (© : MSC CRUISES) 

 

Quatre géants de plus pour Saint-Nazaire

Avec de telles commandes, on aurait pu imaginer que MSC attende quelques années avant de poursuivre ses investissements. Mais, compte tenu de la saturation des chantiers européens et de sa décision d’accroître sa montée en puissance, l’armateur a décidé d’initier dès à présent son prochain programme. Avec la nouvelle classe World, quatre géants supplémentaires vont être développés avec les chantiers nazairiens. Encore plus gros, ces navires d’environ 200.000 GT disposeront de 2750 cabines. La tête de série doit entrer en service en 2022, ses trois sisterships étant programmés en 2024, 2025 et 2026. L’ensemble représentera un investissement de 4 milliards d’euros. En tout, 11 nouveaux paquebots de grande taille sont désormais commandés ou en voie de l’être. Et d’autres pourraient s’y ajouter dans les prochaines années. Le partenariat industriel historique avec les chantiers français a été clairement confirmé hier, Gianluigi Aponte indiquant qu’il entendait bien, au-delà des dernières annonces, « continuer de (leur) faire confiance à l’avenir ». Mais la compagnie doit aussi composer avec les capacités industrielles de Saint-Nazaire, qui travaille aussi pour d’autres armateurs, et tenir compte de l’éventuelle saturation du chantier français. C’est pourquoi elle n’exclut pas, le cas échéant, de placer d’autres commandes ailleurs, à l’instar du projet Seaside confié à Fincantieri du fait que STX France ne pouvait mener les deux programmes à bien simultanément. A la question de savoir si d’autres contrats avec les Italiens pourraient voir le jour, Pierfrancesco Vago esquisse un sourire : « Il ne faut jamais dire jamais », lance le président de MSC Cruises, dont on sent toutefois poindre l’attachement et donc la priorité accordée à la France.

 

Gianni Onorato, Laurent Castaing et Pierfrancesco Vago (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Gianni Onorato, Laurent Castaing et Pierfrancesco Vago (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Une capacité de plus de 4 millions de passagers dans 10 ans

De cette manière, MSC, qui va voir sa capacité passer de 1.7 à 3.6 millions de passagers d’ici 2021 (en comptant le troisième Seaside qui pourrait être confirmé le 21 avril lors de la cérémonie des pièces marquant la mise sur cale du navire chez Fincantieri), devrait atteindre les 4.2 millions de passagers. « Ces nouveaux investissements vont nous permettre d’accroître nos parts de marché et accélérer notre développement », explique Gianluigi Aponte, capitaine italien originaire de Sorrento, près de Naples, qui a fondé en 1970 le groupe Mediterranean Shipping Company. Numéro 2 mondial du transport maritime conteneurisé, avec plus de 480 navires en flotte, MSC, dont le siège a été relocalisé à Genève en 1978, emploie aujourd’hui 60.000 personnes dans le monde et réalise un chiffre d’affaires de plus de 25 milliards de dollars. C’est sur cette base que la filiale croisière, qui représentait en 2015 près de 8% de l’activité du groupe, s’appuie pour se développer.

36.000 personnels vont être recrutés

Une croissance qui va aussi concerner le personnel puisque MSC Cruises, forte actuellement 1800 collaborateurs à terre (dans 20 pays) et 13.000 membres d’équipage sur ses 12 navires actuellement en service, va recruter pas moins de 36.000 collaborateurs pour armer ses futurs navires et étoffer ses équipes commerciales. Y compris en France, où les effectifs ont déjà été musclés (ils atteignent une centaine de personnes désormais) et vont continuer de croître. Le marché hexagonal, le troisième de la compagnie après l’Italie et l’Allemagne, est d’ailleurs jugé prioritaire. « La France, où nous avons connu une croissance considérable ces dernières années, a une place prépondérante dans notre nouveau plan de développement et constitue l’un de ses fers de lance. Nous allons en particulier renforcer notre action auprès des agents de voyages, qui demeurent le socle du réseau de distribution, afin de les accompagner dans la croissance du marché de la croisière. Nous allons aussi avoir une action très importante en régions, avec par exemple la mise en place de vols depuis 12 villes françaises pour nos nouvelles croisières à Cuba », détaille Patrick Pourbaix, nouveau directeur général de MSC Cruises pour la France et le Benelux.

La place de leader du marché français en ligne de mire

Sur un marché français qui a atteint 620.000 passagers en 2015, la compagnie, avec environ 180.000 croisiéristes, se situe au deuxième rang derrière Costa, qui ne publie pas ses chiffres mais dont on peut estimer qu’elle a accueilli environ 280.000 passagers français l’an dernier. Même si ce n’est pas officiellement présenté comme tel, l’objectif du challenger est, très clairement, de détrôner le leader historique en France, mais aussi en Europe (ou le groupe Costa, si l’on ajoute sa filiale AIDA, demeure numéro 1, bien que MSC le surpasse désormais si l’on compare individuellement les marques, 4 des 15 navires de Costa ayant été repositionnés en Chine). Pour y parvenir, MSC se donne les moyens de ses ambitions, non seulement avec ses investissements dans la flotte, mais aussi via une stratégie commerciale qui prône le retour aux fondamentaux. En clair, MSC veut, contrairement à une certaine tendance globale, privilégier l’humain plutôt que la « dictature des graphiques » si chère aux financiers, persuadés que l’on peut tout gérer via des tableaux et des process informatisés, y compris les relations avec la clientèle et les partenaires.

 

(© : MSC CRUISES)

(© : MSC CRUISES) 

 

Une stratégie de développement mondiale

En dehors de son berceau historique, l’Europe et plus particulièrement la Méditerranée, MSC se développe progressivement dans le monde. Suivant la stratégie des « petits pas », l’armateur familial s’est lancé au fil des années sur de nouveaux marchés, comme les Emirats, l’Afrique du sud, les Antilles, puis les Etats-Unis, l’Asie et Cuba, où il a décidé de déployer des navires à l’année, avec pour la Chine des débuts cette année avec un partenaire spécialisé, CAISSA Touristic. « Nous avons maintenant une stratégie de développement mondiale. Les nouveaux navires de la classe World illustrent par leur nom cette volonté car ils seront conçus pour pouvoir naviguer partout dans le monde. Grâce au plan d’investissement considérable que nous avons lancé, nous continuerons de nous renforcer en Europe, mais nous pourrons aussi nous développer sur d’autres marchés stratégiques, comme la Chine et les Etats-Unis. Le marché de la croisière est en plein essor et les opportunités de développement très nombreuses », souligne Gianni Onorato, directeur général de MSC Cruises.

« Nous entrons de plein pied dans la cour des grands »

13 ans seulement après la livraison par Saint-Nazaire de son premier paquebot neuf, le MSC Lirica, la jeune compagnie fait maintenant partie des poids lourds mondiaux de l’industrie de la croisière. Il y a quelques années encore, les velléités de développement de celle que beaucoup présentaient comme la « danseuse » du groupe MSC faisaient sourire de nombreux opérateurs. Aujourd’hui, sa croissance ne fait plus rire personne au sein des majors de la croisière, d’autant que l’armateur suisse, de par son capital exclusivement familial et les ressources financières liées à la puissance de son activité dans le conteneur, est plus libre que les sociétés cotées en bourse. De plus, au-delà de la qualité des navires réalisés à Saint-Nazaire, qui est reconnue par tous, son produit, autrefois hésitant, se forge un caractère et évolue significativement. Aujourd’hui, MSC entend rivaliser, notamment en termes de technologie, d’innovations et de divertissement, avec les leaders américains du marché, jusqu’ici la référence absolue du secteur. « Nous sommes à un tournant », estime Patrick Pourbaix : « Avec les 12 premiers navires, nous avons atteint une maturité réelle. Et avec cette deuxième phase d’expansion, qui est colossale, nous entrons de plein pied dans la cour des grands ». 

MSC Cruises