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Construction Navale
Les liens entre Alexis Kohler et MSC refont surface

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Les liens entre Alexis Kohler et MSC refont surface

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Suite à une plainte déposée par l’association Anticor pour « prise illégale d’intérêt » et « trafic d’influence » à l’encontre du secrétaire général de l’Elysée, le parquet national financier a annoncé hier avoir ouvert une enquête préliminaire. En cause, les liens entre Alexis Kohler et l’armateur italo-suisse Mediterranean Shipping Company. Un groupe devenu le premier investisseur étranger en France ces dernières années du fait de ses multiples commandes de paquebots aux chantiers STX France de Saint-Nazaire. Des contrats se chiffrant en milliards d’euros qui font toujours, comme les autres gros contrats à l’export, l’objet de négociations avec l’Etat (qui en est actionnaire à 33.34% via l’APE), sur le plan financier et des garanties. Or, comme l’a révélé il y a quelques semaines Mediapart, Alexis Kohler est via sa mère un cousin germain de Rafaela Aponte, épouse du fondateur de MSC. La question est donc de savoir si cette appartenance familiale a pu avoir un impact lorsque l’actuel secrétaire général de l’Elysée était en poste à Bercy, à l’Agence des Participations de l’Etat (Il était notamment de 2010 à 2012 l’un des représentants de l’APE au Conseil d’administration de STX France) jusqu’aux cabinets de Pierre Moscovici puis d’Emmanuel Macron. 

Le fait qu’Alexis Kohler est proche des Aponte n’était depuis longtemps pas vraiment un secret. En 2014, il avait souhaité rejoindre le groupe mais la commission de déontologie de la fonction publique avait rendu un avis défavorable. C’est finalement lorsqu’Emmanuel Macron quitta son poste de ministre de l’Economie, à l’été 2016, que celui qui était alors son chef de cabinet a pu rejoindre MSC. Il y a travaillé six mois, en tant que directeur financier, avant de revenir auprès du futur président avant les élections. Bien peu cependant savaient qu’il faisait partie de la famille. Toutefois, selon la présidence de la République, « Alexis Kohler a toujours tenu sa hiérarchie informée de ses liens personnels avec l’entreprise MSC. Il s’est systématiquement déporté de toutes les décisions ayant trait à cette entreprise et sa hiérarchie informée a naturellement veillé au conflit d’intérêt potentiel. Dans toutes les fonctions qu’il a occupées à l’Agence des participations de l’Etat, à Bercy et à l’Elysée ». La présidence ajoute que : « C'est bien volontiers qu'Alexis Kohler communiquera au parquet l'ensemble des documents prouvant sa conduite respectueuse du droit dans toutes les circonstances de son parcours professionnel et mettra ainsi un terme à bref délai aux soupçons totalement infondés jetés sur lui à l'évidence en raison de ses fonctions de secrétaire général de l'Elysée ».

De ce que l’on en sait, l’intéressé ne se serait en effet jamais directement impliqué dans les dossiers tournant autour de MSC, qu’il s’agisse des discussions concernant des commandes de paquebots ou du rachat des chantiers de Saint-Nazaire. On notera à ce titre que l’armateur s’est farouchement opposé à une prise de contrôle de STX France par le groupe public italien Fincantieri. Une affaire stratégique pour MSC, sur laquelle le groupe n’a pas obtenu gain de cause. Car, même si son action a probablement contribué à faire baisser la participation italienne à 50% (+1% prêté par l’APE), évitant une prise de contrôle plus franche comme s’y était résolu le précédent gouvernement, l’Elysée a quand même accepté, en septembre 2017, que les Italiens prennent la barre des chantiers nazairiens.

L’affaire n’est ceci dit toujours pas conclue, les attaques contre Alexis Kohler intervenant d’ailleurs à un moment crucial pour ce dossier éminemment délicat. L’Europe n’a en effet pas encore donné son feu vert à l’opération de rachat, pas plus que les commissions indépendantes en France et en Allemagne, les deux pays concernés directement. Le fait que l’Allemagne a son mot à dire vient des contrats que Saint-Nazaire y a décroché dans le développement de l’éolien offshore, le secteur de l’énergie étant considéré comme stratégique à Berlin. De plus, si Fincantieri reprend Saint-Nazaire, son seul grand concurrent en Europe sur la construction de paquebots sera le groupe allemand Meyer Werft, qui dénonce une consolidation industrielle franco-italienne menée sous ombrelle publique. D’autant que parallèlement à la reprise de Saint-Nazaire, Fincantieri discute aussi avec le français Naval Group en vue d’un rapprochement dans le secteur naval militaire.

Comme si le dossier n’était pas assez compliqué, vient maintenant s’y ajouter la situation politique en Italie, où les partis populistes et eurosceptiques ont pris le pouvoir suite aux élections générales de mars. Une évolution qui inquiète fortement de l’autre côté des Alpes et incite Paris à la plus grande prudence. En particulier sur le dossier naval, les accords conclus en septembre 2017 l’ayant été avec une équipe gouvernementale italienne qui n’est aujourd’hui plus en poste.

Alors que les discussions entre Fincantieri et Naval Group semblent complexes, quoiqu’il arrive, une décision devra être prise d’ici le 30 juin concernant Saint-Nazaire. C’est en effet la date butoir fixée en Corée du sud pour la reprise par l’Etat des parts de STX Offshore & Shipbuilding, qui détient toujours, à ce stade, 66.6% des chantiers français. Sans avis ou si avis défavorable(s) de Bruxelles et des commissions nationales concernées, la France n’aura d’autre choix que de nationaliser STX France. Au moins temporairement.

Si on en arrive à un tel scénario, la situation d’Alexis Kohler, quelle que soit la suite des procédures, peut-elle avoir un impact ? On a en effet longtemps imaginé qu’en cas d’éjection des Italiens, MSC, allié à l’autre grand client de STX France, l’armateur américain RCCL, reviendrait à la charge pour reprendre les chantiers nazairiens. Une option qui parait aujourd’hui bien moins évidente. Non seulement parce qu’au regard d’une opinion publique gangrénée par le soupçon envers ses élites, une telle décision de l’Etat serait immédiatement présentée comme du favoritisme, même s’il n’en est rien. Mais surtout, la vraie question est de savoir si, en cas de nationalisation de Saint-Nazaire, les armateurs auraient encore intérêt à faire une offre de rachat ? Peut-être pas puisque ce positionnement de MSC et RCCL a toujours eu pour fondement de sécuriser l’outil industriel qui produit leurs navires. En clair, éviter qu’il tombe entre de « mauvaises mains ». Ce qui est pour eux le cas avec Fincantieri, du fait notamment que le constructeur italien collabore avec les chantiers chinois afin de leur permettre de se lancer sur le marché de la croisière. De là, voir la France reprendre le contrôle de Saint-Nazaire serait probablement suffisamment sécurisant pour les armateurs. Leur rôle de soutien reviendrait alors, de manière plus naturelle, à celui de passer de nouvelles commandes pour garantir la pérennité de l’entreprise.

 

Mediterranean Shipping Company