Défense
Les marines du Proche et du Moyen-Orient
ABONNÉS

Focus

Les marines du Proche et du Moyen-Orient

Défense

Cette région, très instable, est en proie au terrorisme et aux conflits armés, avec en toile de fond des rivalités très fortes entre Etats, certains allant jusqu’à se livrer bataille par procuration sur des territoires étrangers. Il en découle un renforcement global des arsenaux militaires. Cela, avec le soutien selon les cas des Occidentaux, des Russes ou des Asiatiques, qui n’oublient pas le caractère éminemment stratégique de cette partie du monde. Au-delà de ses ressources pétrolières et gazières, le Moyen-Orient est en effet traversé par l’une des plus grandes routes commerciales de la planète, avec en particulier les liaisons maritimes venant ou allant en Asie depuis ou vers la Méditerranée et l’Europe du nord. Avec deux à trois zones critiques à franchir : le détroit d’Ormuz entre le golfe Persique et l’océan indien, celui de Bab el Mandeb, au niveau du Yémen pour rallier la mer Rouge, et le canal de Suez, en Egypte, s’ouvrant sur la Méditerranée.

 

Navires de commerce aux abords de Suez (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Navires de commerce aux abords de Suez (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Alors que la piraterie au large de la corne d’Afrique a pu être jugulée grâce à des mesures de protection sur les navires civils et une vigoureuse intervention de forces navales internationales, le secteur du golfe d’Aden est maintenant menacé par la guerre civile qui ravage le Yémen. Des combats opposent les rebelles Houtis (soutenus par l’Iran) au pouvoir du président Hadi, chassé de la capitale Sanaa en 2015, replié depuis dans la région d’Aden et dont les forces sont appuyées par une coalition emmenée par l’Arabie Saoudite et à laquelle participent notamment les Emirats Arabes Unis. Ce conflit a pris, fin 2016, une nouvelle dimension avec de premières attaques contre des navires croisant au nord du détroit de Bab el-Mandeb. Le transport rapide HSV Swift, exploité pour le compte des EAU, a été gravement endommagé début octobre par des missiles tirés depuis la côte yéménite par les Houtis. Quelques jours plus tard, c’est le destroyer américain USS Mason qui était été pris pour cible à deux reprises. L’US Navy avait riposté en détruisant trois sites où les rebelles yéménites avaient installés des moyens de ciblage pour leurs missiles. Le 31 janvier, c’est la frégate saoudienne Madina qui était à son tour gravement endommagée par l’attaque de trois embarcations chargées s’explosifs, l’une d’elles parvenant à frapper le bâtiment. Ces actions, pour lesquelles il semble que les assaillants ne sachent pas toujours précisément sur quel bâtiment ils tirent, font craindre une escalade finissant par toucher des navires civils. Des points d’ombre demeurent d’ailleurs sur l’explosion d’une embarcation à proximité d’un méthanier espagnol fin octobre. Acte de piraterie ayant mal tourné ou tentative d’attentat ?

La tension est donc vive dans cette zone et, par ricochet, autour du golfe Persique, où les forces iraniennes affirment toujours leur présence, souvent de manière musclée, dans le détroit d’Ormuz. En plus de l’opposition entre Téhéran et les monarchies arabes, il conviendra également de voir comment évoluera l’attitude de la nouvelle administration américaine, qui se montre pour l’heure hostile à l’Iran alors qu’une détente des relations était espérée après la signature des accords sur le nucléaire et la levée de mesures d’embargo.

Au Proche-Orient, la situation demeure quant à elle extrêmement complexe et instable. La guerre en Syrie, où différents blocs ou puissances étrangères soutiennent tel ou tel belligérant, fait peser une grande menace sur la stabilité de la région et n’est pas sans répercussion sur les pays riverains. Elle se double de l’intervention internationale contre le groupe terroriste Daech, qui s’est développé en Irak et en Syrie mais dont le territoire a été significativement réduit depuis deux ans.

C’est dans ce contexte explosif qu’évoluent les marines régionales, dont nous vous proposons aujourd’hui de découvrir les dernières évolutions.

 

La flotte égyptienne (© : FORCES ARMEES EGYPTIENNES)

La flotte égyptienne (© : FORCES ARMEES EGYPTIENNES)

Egypte

L’Egypte, sous la férule du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, président depuis 2014, modernise ses forces armées, et notamment sa marine, de manière impressionnante. La France est la grande bénéficiaire de cet essor, Le Caire souhaitant diversifier ses alliances et sources d’approvisionnement. Alors que 24 Rafale ont été commandés à Dassault Aviation pour l’armée de l’air égyptienne, avec de premières livraisons en 2015, une frégate multi-missions (FREMM) de 142 mètres, la Tahya Misr, réalisée par DCNS, a été livrée la même année. Il s’agissait de la Normandie, qui s’apprêtait à rejoindre la flotte française mais a été récupérée pour l’Egypte, désireuse de disposer au plus vite d’une unité de ce type.

 

La FREMM égyptienne Tahya Misr (© : MICHEL FLOCH)

La FREMM égyptienne Tahya Misr (© : MICHEL FLOCH)

 

Alors qu’une autre frégate pourrait suivre à l’avenir, DCNS a également vendu quatre corvettes lance-missiles de son nouveau modèle Gowind 2500 (102 mètres). La première, l’Elfateh, mise à l’eau à Lorient en septembre dernier, va bientôt débuter ses essais en mer en vue d’une livraison d’ici la fin de l’année. Les trois autres seront construites en transfert de technologie à Alexandrie. Une option pour deux unités supplémentaires est aussi en discussion.

 

Corvette égyptienne du type Gowind 2500 (© : DCNS)

Corvette égyptienne du type Gowind 2500 (© : DCNS)

Patrouilleur égyptien du type Ambassador (© : VT HALTER MARINE)

Patrouilleur égyptien du type Ambassador (© : VT HALTER MARINE)

 

Alors que quatre patrouilleurs lance-missiles de 62 mètres du type Ambassador Mk3 réalisés aux Etats-Unis sont entrés en service en 2013 et 2015, l’Egypte a, également, décidé de racheter les deux bâtiments de projection et de commandement du type Mistral initialement construits à Saint-Nazaire pour la Russie. On s’en souvient, la France avait refusé de les livrer en raison du rôle joué par Moscou dans la crise ukrainienne. Renommés Gamal Abdel Nasser (ex-Sevastopol) et Anwar al-Sadat (ex-Vladivostok), ils ont été réceptionnés en 2016 par la marine égyptienne, avec comme batellerie deux catamarans de débarquement du type L-CAT (CNIM/ Socarenam) et quatre chalands du type CTM NG (DCNS/STX France). Pour les équiper en moyens aériens, la Russie cherche à vendre les Kamov Ka-52K qui avaient été commandés initialement pour ces BPC, Airbus Helicopters proposant pour sa part le NH90.