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Marine Marchande

Actualité

Les migrants de l'Aquarius enfin débarqués à Valence

Marine Marchande

Ils sont enfin arrivés. Après une semaine d’errance en Méditerranée, les 630 migrants recueillis par l’Aquarius dans la nuit du 9 au 10 juin au large de la Libye ont pu débarquer hier dans le port espagnol de Valence. L’épilogue d’une douloureuse odyssée qui a vu le navire de SOS Méditerranée interdit d’entrée dans les ports italiens. Une conséquence directe de la politique de fermeture des ports aux ONG venant en aide aux migrants annoncée par le ministre italien de l’Intérieur, Mattéo Salvini, récemment investi dans ses fonctions.

 

(© SOS MEDITERRANEE)

(© SOS MEDITERRANEE)

(© SOS MEDITERRANEE)

(© SOS MEDITERRANEE)

(© SOS MEDITERRANEE)

(© SOS MEDITERRANEE)

 

Une décision politique lourde de conséquences quand on sait que les ports siciliens sont souvent les plus proches des zones où sont recueillis les naufragés en provenance de Libye. Et que les conventions internationales, notamment celle de 1979 organisant les secours en mer, sont très claires : les rescapés de naufrages doivent être débarqués dans le port sûr le plus proche. On ne sait pas encore à quel point cette décision est pérenne, ni comment elle tiendra si elle est confrontée au droit international à laquelle elle semble manifestement contraire. Ce qui est sûr, c’est que le ministre italien d’extrême droite a encore réitéré, ce week-end, ses propos sur le sujet et qu’il ne semble pas bouger d’un pouce dans ses intentions de fermer les ports de la péninsule.

Au niveau européen, le silence des autorités est assourdissant. A côté du nouveau gouvernement espagnol de Pedro Sanchez qui a organisé l’accueil de l’Aquarius, la France a bien annoncé qu’elle accueillerait un « certain nombre » des migrants débarqués à Valence. Mais rien ne semble venir de la part du Conseil ou de la Commission européenne, autorités pourtant indispensables dans le domaine de la politique migratoire, des contrôles aux frontières et de la circulation, notamment dans l’espace Schengen. Le récent échec de la réforme du règlement de Dublin sur le droit d’asile européen, largement imputable au blocage de Mattéo Salvini, témoigne de l’impasse dans laquelle se trouve désormais l’Union européenne.

Des risques qui n'étaient pas nécessaires

Hier, à Valence, SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières ont témoigné devant des centaines de journalistes. Ils ont raconté cette longue dérive de l’Aquarius, l’attente devant les ports italiens, puis maltais, le manque de vivres, le transbordement de 500 migrants vers les patrouilleurs italiens Dattilo et Orione  (qui ont fait le chemin avec l'Aquarius jusqu'à Valence) pour soulager le bateau. « Nous ne sommes pas un paquebot, nous ne pouvons pas accueillir autant de gens pour plus de trois jours », dit Aloys Vimard, le coordinateur de MSF. « A bord, tout était compliqué, il fallait plusieurs heures pour pouvoir distribuer les repas, l’accès aux toilettes est vite devenu problématique ». Il raconte l’espoir « quand on passe devant la Sardaigne, puis la France », avant la déception et l’inquiétude sur les conditions du trajet jusqu’à Valence. « En devant amener ces migrants en Espagne, nous les avons exposés à des risques qui n’étaient pas nécessaires », souligne Frédéric Pénard, directeur des opérations de SOS Méditerranée. « Il est inacceptable que les trois bateaux bien équipés pour le sauvetage que sont l’Aquarius, le Dattilo et l’Orione, aient dû quitter la zone de Méditerranée centrale aussi longtemps. Pendant ce temps, on ne sait pas ce qu’il s’y passe ». L’incertitude, qu’elle soit sur l’avenir des modalités d’actions en mer ou sur celles des conditions d’accueil à terre, pèse lourd.

 

Les trois bateaux à quai à Valence (© SOS MEDITERRANEE)

Les trois bateaux à quai à Valence (© SOS MEDITERRANEE)

 

« La tragédie est toujours en cours et l’inaction de l’Europe est criminelle », s’indigne Sophie Beau, vice-présidente de SOS Méditerranée. « Nous appelons immédiatement à la création d’un schéma de recherche et sauvetage européen, qui soit avant tout basé sur le respect de la vie humaine et qui respecte le droit international. Il est inacceptable de transférer la responsabilité des secours en mer à des pays comme la Libye qui ne respecte pas les droits de l'Homme et qui vient d’être sanctionnée par les Nations Unies pour trafic humain au sein même des garde-côtes ». Sophie Beau le rappelle, il y a toujours des départs et la Méditerranée a « besoin d’un nombre suffisant de bateaux bien équipés ». Pour faire bouger les autorités, elle appelle la société civile, « celle d’où vient SOS Méditerranée », à se mobiliser. « Et nous, tant qu’il le faudra, nous serons en mer, pour chercher, protéger, secourir et témoigner ».

 

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