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Reportage

Les navires d’installation face aux éoliennes de très forte puissance

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Dans la forme du chantier, ses dimensions massives font forte impression. Le navire de pose d’éoliennes Aeolus a pris ses quartiers au sec chez Damen Schiedam, à côté de Rotterdam, depuis le mois de septembre. Construit en 2014 par les chantiers Sietas de Hambourg –qui ont fait faillite pendant la construction obligeant la finition du bateau à quai par les équipes de son armateur Van Oord, ce jack-up de 140 mètres de long pour 44 de large, passe plusieurs mois chez Damen pour, déjà, se remettre au goût du jour.

Les travaux les plus spectaculaires seront sans doute le remplacement de la grue actuelle de 900 tonnes par une LEC (Leg Encircling Crane) de 1600 tonnes. Cette dernière, la plus puissante au monde, est actuellement en construction chez Huisman, juste de l’autre côté du bassin. « Le pont du navire va être renforcé, un nouveau module d’habitation installé, et nous allons intégrer des nouveaux flotteurs et élargir les caissons de support », précise Wouter Henstra, de Damen Shiprepair.

 

L'Aeolus sur un champ en construction (© VAN OORD)

L'Aeolus au chantier Damen Schiedam (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

 

L'Aeolus au chantier Damen Schiedam (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

(© VAN OORD)

 

Une accélération sans précédent des projets éolien offshore

Des travaux impressionnants tant par leur ampleur que par ce qui pourrait apparaître comme leur précocité. Seulement trois ans après son entrée en flotte et des campagnes d’installation sur les champs de Gemini et de Lechterduinen, l’armateur s’engage déjà dans cet important retrofit qui va immobiliser le bateau jusqu’au printemps 2018.

C’est qu’aux Pays-Bas, une des nations pionnières de l’éolien offshore, on anticipe déjà ce qui semble être la plus grande phase d’accélération des énergies nouvelles. « Il y a clairement un changement de paradigme, la vitesse à laquelle les choses vont est incroyable. Nous voyons l’arrivée des premiers champs ne nécessitant plus aucune subvention en même temps que la technologie et la chaîne d’approvisionnement arrive à maturité», constate Peter Robert, du groupe Damen.

 

(© VAN OORD)

 

Vers des turbines de 17 MW et la nécessité de solutions industrielles adaptées

« On installe désormais des éoliennes de 8 MW et nous savons qu’en 2020, ce sera 10 MW et 17 MW en 2025 », renchérit Timon Ligterink d’Huisman. « Ce qui se passe va au-delà de l’imagination. Il y a cinq ans, on a construit des jack-ups avec une capacité de 300 à 800 tonnes de capacité. Et ceux-ci sont déjà trop petits face à l’augmentation de la taille des turbines ». En tant que fournisseur de ces grues, il est désormais pleinement intégré dans le schéma industriel des turbiniers : « on sait que non seulement la taille des turbines augmente mais que par conséquent les fondations vont devenir de plus en plus imposantes, on évoque désormais des monopiles de 2000 tonnes. On nous demande donc de trouver des solutions d’intégration et d’installation de ces futures machines ».

Et pour les armateurs, c’est évidemment pareil. « Les bateaux doivent s’adapter, en même temps que les grues », constate Dolf Elsevier van Friethuysen, responsable du développement chez Van Oord. « D’ici 2032, on estime qu’il y aura environ 60 GW installés en Europe, là où nous en sommes à un peu moins de 15 actuellement. Le prix de l’électricité va continuer à baisser : les projections font état de 65 euros/MWH en 2030, là où aujourd’hui, le champ Gemini, par exemple, affiche un prix de 157 euros/MWH. La taille des fermes va atteindre 1 à 2 GW, peut-être même plus. Le marché va continuer à grossir et il va nous falloir des capacités ».  Dont acte, avec l’Aeolus 2.0 que Van Oord espère être prêt pour la prochaine décennie.

Un manque criant de bateaux d'installation

« Il faut bien voir qu’en termes de ressource d’énergie, l’éolien offshore de la mer du Nord peut être comparé au pétrole du Moyen-Orient », souligne Peter Robert de Damen. « Il est bien loin le temps où c’était un marché de niche. L’éolien est désormais un fournisseur essentiel d’énergie décarbonée. Mais pour pouvoir garder le rythme, il va falloir des investissements : actuellement seuls deux bateaux sont capables de pouvoir installer les futures turbines à forte capacité. Or celles-ci vont arriver à l’horizon 2020 et on n’a pas encore enregistré de commandes de navires adéquats ». 

 

 

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