Construction Navale
Les Nazairiens appelés à se mobiliser pour sauver les chantiers

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Les Nazairiens appelés à se mobiliser pour sauver les chantiers

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« La situation est gravissime », estime-t-on à la CFDT. Ce syndicat et la CGT appellent aujourd'hui la population nazairienne, ainsi que les salariés et sous-traitants de STX France, à se mobiliser pour la défense du dernier grand chantier naval français. Les deux organisations partent néanmoins au « combat » en ordre dispersé. La CFDT a fixé le rendez-vous ce matin à 10 heures, Place des Droits de l'Homme (Paquebot), dans le centre de Saint-Nazaire. La CGT, de son côté, a décidé de rassembler ses troupes à la même heure au Rond-Point de l'Ancre, face aux chantiers. Ces manifestations ont lieu au moment où le Comité d'Entreprise se réunit pour donner son avis sur la dernière version du plan de départs volontaires, qui verra jusqu'à 351 personnes quitter l'entreprise (sur une effectif total de 2400 salariés). Depuis des mois, les syndicats s'alarment de la baisse progressive de l'activité. Il ne reste plus à Saint-Nazaire que deux paquebots en stade d'achèvement. Le MSC Magnifica/T32 (93.000 tonneaux et 1275 cabines), qui va débuter aujourd'hui ses essais en mer, sera livré fin février. Quant au Norwegian Epic/C33 (153.000 tonneaux, 2109 cabines), sa mise en service est prévue le 15 juin prochain. Outre les salariés de STX France, l'absence d'autre paquebot à construire va tourner au « jeu de massacre » pour la sous-traitance, qui réalise plus de 70% de la valeur de ces bateaux. « Fin février, avec le départ de T32, c'est 1000 personnes qui vont se retrouver sur le quai, sans rien derrière. Et en juin, avec la livraison du C33, il y en aura 1500 de plus. Quand les bateaux vont partir, les sous-traitants n'auront nulle part ou aller et, au mieux, il faudra entre 6 mois et un an avant qu'ils puissent travailler sur un autre bateau, si tant est que nous parvenions à décrocher une nouvelle commande dans la croisière », explique un responsable de la CFDT.

« En 2010, le trou est énorme »

Pour ce dernier, c'est un véritable « cri d'alarme » qui est lancé aujourd'hui, notamment en direction de l'Etat, actionnaire à 33.34% de STX France. « On a pu juguler en 2009 les creux de charge mais en 2010, le trou est énorme. Il nous faut absolument des commandes ». La CFDT exige de l'Etat « une mobilisation sans faille pour accompagner les indispensables et urgentes prises de commandes et engager les investissements nécessaires ». La CGT se montre également très inquiète : « Le chômage partiel s'accroît considérablement jusqu'à déboucher très rapidement sur la fermeture pure et simple de nombreux secteurs... pour une durée indéterminée ». Aujourd'hui, l'outil de production ne tourne plus qu'avec le Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) Dixmude, commandé en avril dernier par le ministère de la Défense au titre du plan de relance de l'économie. Mais ce bateau, très loin d'équivaloir un paquebot en termes de charge, ne représente que 20% des capacités du chantier. Relancé en mai 2009 avec ce projet, le « formage » a de nouveau cessé de travailler en décembre. Dès février, c'est l'atelier « panneaux-plans » qui va fermer ses portes, suivi début mars par l'atelier « 180 tonnes ». Production, armement, montage... Si aucun contrat ne vient relancer la machine, tous les secteurs vont progressivement s'arrêter. « D'un trou d'air nous allons tomber à une activité 0 et on ne sait pas quand l'avion va remonter. C'est pourquoi il est impératif de se mobiliser, notamment au niveau des pouvoirs publics ».

Des perspectives très aléatoires

Pour les chantiers nazairiens, les perspectives en matière de prises de commandes sont, dans l'ensemble, très aléatoires. Cette situation s'explique par un contexte international très difficile et un certain attentisme des armateurs de paquebots qui, après avoir commandé de nombreux navires ces dernières années, doivent aujourd'hui digérer les entrées en flotte et l'augmentation significative de la capacité. Seul MSC Cruises, client principal de Saint-Nazaire depuis 2005, semblait en mesure de lancer de nouveaux investissements cette année. A l'été 2008, une nouvelle commande de deux sisterships du Magnifica était annoncée. La crise et ses conséquences très rudes sur le transport maritime ont, néanmoins, remis en cause se projet. Les capacités d'investissement de la compagnie dépendent en effet de la santé financière de sa maison mère, le groupe suisse Mediterranean Shipping Company. Or, comme ses concurrents (dont Maersk et CMA CGM), le numéro 2 mondial du transport maritime conteneurisé a sans doute beaucoup souffert de l'effondrement des taux de fret et des problèmes de financement des nouveaux porte-conteneurs. Malheureusement, les paquebots de MSC sont (étaient ?) les seuls à pouvoir relancer rapidement l'activité à Saint-Nazaire. Les autres projets sur lesquels STX France se positionne portent, en effet, sur des navires prototypes. Si ces contrats sont décrochés, ce qui n'a rien d'évident compte tenu de la concurrence féroce que se livrent les chantiers européens, il faudra une longue période d'études avant de relancer la fabrication.
En matière de ferries, Saint-Nazaire espérait pouvoir signer une commande avec Brittany Ferries mais la compagnie bretonne a mis fin à cet espoir, le mois dernier, en achetant un navire d'occasion.
Concernant les nouveaux marchés, STX mise toujours sur l'offshore mais, dans ce cas, l'industriel, novice sur ce segment, a besoin pour faire ses preuves de temps, ce dont il manque cruellement.
Reste enfin le secteur militaire. Outre le Dixmude, dont la mise sur cale est prévue la semaine prochaine, STX espère qu'un accord sera prochainement conclu avec Moscou pour la réalisation d'un BPC russe. Les chantiers voudraient, aussi, que le projet de second porte-avions français soit enfin lancé. Pour cela, Saint-Nazaire, seul chantier français capable aujourd'hui d'assembler un tel bâtiment, devra attendre 2011 ou 2012, moment auquel le président de la République donnera, ou non, son feu vert au programme.

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