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Les nouveaux patrouilleurs océaniques n’arriveront pas avant 2025
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Les nouveaux patrouilleurs océaniques n’arriveront pas avant 2025

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Le ministère des Armées a annoncé hier que le lancement du programme des dix futurs patrouilleurs hauturiers de la Marine nationale avait été validé le 10 juin à l’occasion d’un comité ministériel d’investissement réuni par Florence Parly. La Direction Générale de l’Armement va donc pouvoir lancer un appel d’offres sur le sujet. Cette annonce n’est qu’une confirmation de ce qui est prévu par l’actuelle loi de programmation militaire (2019-2025), avec tout de même une petite précision, d’ordre calendaire, à savoir que le Minarm table désormais sur les premières livraisons de PO en 2025. Soit normalement deux unités réceptionnées cette année-là par la flotte française puisque la LPM prévoit la livraison des deux premiers PO sur la période. Un léger retard par rapport à ce qui était initialement espéré, à savoir une arrivée de la tête de série en 2024. Cependant, ce prototype, dont les essais et la mise au point seront forcément plus longs que pour les unités suivantes, rejoindra peut-être la marine avant 2025.

Un programme crucial pour une capacité sous tension depuis des années

Ce programme est en tous cas crucial pour la Marine nationale, qui va enfin pouvoir remplacer ses patrouilleurs métropolitains, dont les A69 (PHM) qui atteignent les 40 ans de service. Cela, après avoir obtenu le renouvellement des unités basées en Nouvelle-Calédonie, à Tahiti et La Réunion par six nouveaux patrouilleurs d’outre-mer (POM) livrables entre 2023 et 2025. « Dans un contexte marqué par l’augmentation du trafic maritime et le durcissement des menaces en mer, les patrouilleurs remplissent un spectre très large de missions : soutien à la dissuasion, présence dans les zones de souveraineté et d’intérêt, évacuation, protection, escorte et intervention dans le cadre de l’action de l’État en mer », rappelle le ministère des Armées. « Conformément aux priorités fixées par la loi de programmation militaire 2019-2025, l’acquisition de dix patrouilleurs océaniques mettra fin à l’extrême tension sur le segment des patrouilleurs compte tenu des désarmements de patrouilleurs de haute-mer (PHM) déjà intervenus. Elle engagera la remontée en puissance de ces bâtiments de deuxième rang basés sur chacune des trois façades métropolitaines (Brest, Toulon et Cherbourg) ».

Un programme majeur pour les industriels

La commande, qui n’est pas prévue par la loi de finances 2020, de devrait en tous cas pas intervenir avant l’année prochaine, le temps de mener à bien la procédure d’appel d’offres, pour laquelle différents industriels vont se positionner. Les appétits sont d’ailleurs très forts pour ce programme majeur dont le nombre d’unités apportera à celui qui les réalisera une activité forte et dans la durée. Pour des bateaux de cette taille, le tandem Naval Group/Piriou est évidemment en pole position. Mais d’autres constructeurs français peuvent se positionner, comme CMN, Ocea (si le marché est ouvert aux coques en aluminium) et éventuellement Socarenam. Il pourra également y avoir des accords de coopération entre chantiers ou des contrats en sous-traitance en fonction du lauréat et de son plan de charge, la production de dix gros patrouilleurs à livrer à une cadence soutenue (une à deux unités par an) représentant une charge de travail importante. Des industriels étrangers pourraient aussi se positionner, s’ils estiment avoir une chance de l’emporter, ce qui n’est déjà pas évident en temps normal et parait dans le contexte actuel plus qu’incertain, le ministère des Armées faisant flèche de tout bois pour démontrer l’importance de ses commandes dans le soutien à l’industrie et aux emplois français. Mais à minima de telles candidatures internationales challengent les compétiteurs nationaux, ce qui fait souvent l’affaire de l’Etat pour baisser les prix, et il y a parfois des scenarios improbables qui se produisent, comme par exemple la décision de l’Allemagne de choisir un design néerlandais pour ses futures frégates du type MKS 180.

Quelles capacités ?

L’architecture et les caractéristiques exactes des futurs PO ne sont évidemment pas encore connues puisqu’elles dépendront du modèle retenu parmi ceux présentés par les industriels en lice. On sait cependant que ces futurs patrouilleurs devraient avoir un gabarit d’environ 90 mètres pour au moins 1500 tonnes de déplacement. Ils devront pouvoir mettre en œuvre un hélicoptère - à minima un Guépard Marine (H160) - et des drones, dont le futur SDAM à voilure tournante développé sur la base du VSR 700 d’Airbus Helicopters.

Unités hauturières capables de patrouiller loin et longtemps, en métropole ou à l’étranger, les PO devront avoir d’importantes capacités de surveillance et d’intervention. Ils embarqueront donc au moins un moyen aérien, piloté ou dronisé (SDAM ou SMDM), peut-être d’autres types de drones (de surface ou sous-marins), et des embarcations semi-rigides.

Nouveau concept d’autodéfense

Concernant les senseurs et l’armement, la question est toujours à l’étude. Elle dépend en fait du projet du nouveau concept d’autodéfense sur lequel travaille l’état-major de la marine et la DGA pour les futures unités de second rang et de soutien de la flotte française. Ce qui regroupe les nouveaux patrouilleurs, mais aussi les futurs bâtiments ravitailleurs de forces (BRF), bâtiments de guerre des mines (BGMD), bâtiments du programme CHOF (capacité hydro-océanographique future) et les unités qui succèderont à partir de 2030 aux frégates de surveillance (qui doivent être basées sur le projet European Patrol Corvette porté par Naval Group et Fincantieri). En fonction de son profil de missions, chaque type d’unité sera équipé d’une panoplie complète ou partielle.

Armement et senseurs

Pour ce qui est de l’artillerie principale, le choix s’est porté sur le RapidFire Naval de Thales et Nexter, un canon de 40mm avec conduite de tir intégrée qui sera équipé de différentes munitions, dont un nouvel obus optimisé pour la lutte antiaérienne (A3B). La décision est dit-on actée depuis plusieurs mois mais n’a toujours pas été officialisée, probablement pour des questions budgétaires (il faut dégager les marges de manœuvres financières pour le développement du RapidFire Naval qui n’était pas budgété). Un système automatique Simbad-RC (deux missiles Mistral 3 prêts à l’emploi et d’autre en réserve) pourrait compléter et redonder le canon contre les menaces asymétriques et les missiles antinavire. Le reste de l’armement comprendra des affûts légers, auxquels devraient s’ajouter les moyens non létaux, comme des projecteurs stroboscopiques et des systèmes à ultrasons (prévus notamment sur les frégates de taille intermédiaire). Côté électronique, la marine souhaite un radar multifonctions (au moins 3D), mais évidemment à moindre coût pour entrer dans une enveloppe budgétaire contrainte. Dans cette perspective, Thales pourrait pousser son nouveau NS50, un radar 4D AESA dévoilé en 2018. S’y ajouteraient des moyens de guerre électronique et un système électro-optique (le Paseo XLR de Safran a déjà été retenu pour les BRF). Enfin, et c’est un point très important, la Marine nationale souhaite comme nous l’expliquions hier doter ses futurs PO d’un sonar de coque, le système envisagé étant le BlueWatcher de Thales, développé sur la base du sonar trempé FLASH équipant les hélicoptères Caïman Marine.

La succession des PHM et PSP

Pour mémoire, les dix nouveaux patrouilleurs océaniques vont succéder aux patrouilleurs de haute mer (PHM, ex-avisos) et aux patrouilleurs de service public (PSP) basés à Cherbourg, les Flamant, Cormoran et Pluvier, opérationnels depuis 1997 (voir notre reportage à bord du Pluvier).

 

Le PSP Cormoran (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le PSP Cormoran (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Beaucoup plus anciens, et maintenus en service au prix de lourds investissements dans leur maintenance en attendant les PO, qui vont arriver bien plus tard que ce que la marine anticipait il y a une décennie, les PHM ne seront plus qu’au nombre de six d’ici la fin de cette année. Mis en service en 1980 et 1986, les Lieutenant de Vaisseau Lavallée et Commandant L’Herminier ont déjà été désarmés en 2018. Et ce sera au tour prochainement du Lieutenant de Vaisseau Le Hénaff, opérationnel depuis 1980.

Ne subsisteront alors plus que les Premier-maître L’Her (1981), Commandant Blaison (1982), Enseigne de Vaisseau Jacoubet (1982), Commandant Ducuing (1983), Commandant Birot (1984) et Commandant Bouan (1984). Des bâtiments qui doivent, sauf avarie majeure qui provoquerait un désarmement anticipé, être retirés du service entre 2023 et 2028. Les Ducuing, Birot et Bouan sont basés à Toulon, ce qui est aussi le cas pour le Jacoubet mais celui-ci doit être transféré à Brest cet été afin d’y remplacer Le Hénaff et s’ajouter aux L’Her et Blaison.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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