Disp POPIN non abonne!
Défense
ABONNÉS

Actualité

Les premières FTI moins équipées que les dernières

Défense

C’est l’année prochaine que débutera la construction de la tête de série des cinq nouvelles frégates de taille intermédiaire (FTI) de la Marine nationale. Réalisés par le site Naval Group de Lorient, ces bâtiments de 121 mètres de long et 4300 tonnes de déplacement en charge remplaceront les cinq unités du type La Fayette. La première FTI sera livrée en 2023 et la dernière doit être mise en service en 2029.

Les FTI sont conçus comme des plateformes très innovantes. Il s’agira des premières frégates digitalisées construites en Europe, avec une toute nouvelle architecture basée sur deux datas centers qui concentreront la puissance informatique au profit du système de combat et de nouveaux senseurs numériques. Ce sera notamment le cas du radar quatre antennes planes Sea Fire et des moyens de guerre électronique intégrés dans un mât unique (voir notre article détaillé). « Jamais une frégate de cette taille n’a été équipée d’autant se senseurs et d’effecteurs aussi puissants », souligne-t-on chez Naval Group.

Pas de brouilleurs ni de lance-leurres

Pour autant, les premières unités de la série ne disposeront pas, du moins dans un premier temps, de tous les équipements prévus. Elles seront notamment, et de manière étonnante, dépourvues d’importants moyens de contre-mesures antimissiles. « Sur le premier standard, il n’y aura pas de guerre électronique active, ni brouilleurs, ni lance-leurres », confirme-t-on à la Direction Générale de l’Armement, où l’on explique qu’à l’instar d’autres grands programmes militaires, comme le Rafale, les FTI font l’objet d’une démarche incrémentale. En clair, certains systèmes seront ajoutés ultérieurement en fonction des évolutions technologiques, des besoins opérationnels et aussi, c’est un facteur important, des ressources budgétaires. « En matière d’équipements, la priorité a dans un premier temps été donnée au développement du Sea Fire, du système de guerre électronique passive de nouvelle génération et du système d’armes Aster. On pourra ensuite ajouter d’autres équipements qui ne sont pas présents sur les premiers bateaux ». Des ajouts qui sont prévus pour le moment après l’actuelle loi de programmation militaire, qui s’étend jusqu’en 2025 et prévoit, d’ici là, la livraison à la flotte française de deux premières FTI.

Les équipements du standard 1

Celles-ci, qui constitueront le standard 1, seront notamment dotées d’un nouvel intercepteur radar numérique, de 16 missiles Aster (15 et 30), une tourelle de 76mm et deux canons télé-opérés de 20mm. Pour la lutte anti-sous-marine, les FTI disposeront d’un sonar de coque KingKlip Mk2, un sonar remorqué Captas 4 et quatre tubes lance-torpilles (MU90). S’y ajouteront les capacités ASM de leur hélicoptère embarqué.   

Les FTI auront aussi des moyens d’autodéfense non létaux, comme des projecteurs stroboscopiques et des systèmes sonores LRAD, sachant que les FTI seront les premiers bâtiments de combat français à disposer d’un Asymetric Warfare Center (AWC). Ce local dédié à l’autodéfense rapprochée rassemblera l’ensemble des informations sur l’environnement de la frégate fournies par différents senseurs, dont un réseau panoramique de caméras TV/IR et deux systèmes optroniques Paseo XLR. Les opérateurs, qui disposeront d’écrans diffusant en temps réel les images vidéo qui en proviendront, pourront gérer la réponse en fonction de la menace en commandant les systèmes non létaux ou les canons de 20mm.

 

(©  NAVAL GROUP)

(©  NAVAL GROUP)

 

La question de l’ultime barrière

Malgré l’absence initiale de brouilleurs et de lance-leurres (si ce n’est sans doute des leurres anti-torpille), les ingénieurs de la DGA se montrent très confiants quant aux capacités d’autodéfense des FTI, en particulier contre des missiles antinavire. On met en avant les performances « exceptionnelles » des Aster et du Sea Fire, qui doivent permettre de détecter très tôt, poursuivre et neutraliser tout type de menace, y compris des armes supersoniques. Reste que la dotation en Aster, soit 16 seulement, peut paraitre limitée si les bâtiments sont engagés dans des combats de haute intensité impliquant des attaques saturantes, forcément très consommatrices en munitions quand bien même l’Aster est conçu pour frapper sa cible à l’impact. Par ailleurs, les marins ne jugent jamais inutile de disposer d’ultimes « barrières » défensives avec des brouilleurs et leurres, capables de déjouer les autodirecteurs de missiles assaillants. C’est bien pour cette raison que les frégates des types Horizon et FREMM disposent de tels systèmes. Ceux-ci feront probablement leur arrivée sur les dernières FTI et ensuite par retrofit sur les premières. C’est en tous cas ce qui est prévu aujourd’hui, en espérant évidemment qu’à l’instar de ce qui a pu se produire par le passé, certaines options ne soient pas abandonnées en cours de route faute de budget. On notera par ailleurs qu’il sera également possible, si le besoin s’en fait sentir, d’ajouter deux lanceurs verticaux supplémentaires pour accroître la dotation en Aster (jusqu’à 32) ou permettre aux FTI de mettre en œuvre des missiles de croisière MdCN.

Forces spéciales et moyens aériens accrus

En dehors des armements et équipements déjà évoqués, on rappellera que les futures frégates françaises pourront embarquer deux semi-rigides ECUME des commandos marine, un hélicoptère Caïman (NH90) ou HIL (H160) ainsi qu’un drone aérien VSR 700 (programme SDAM) qui permettra notamment d’accroître les capacités de surveillance autour du bâtiment. Une soute située au niveau du hangar est prévue pour des torpilles MU90 et missiles antinavire légers (ANL) destinés à l’hélicoptère embarqué (ou éventuellement pour les MU90 à la recharge des tubes de la frégate).

Propulsion très classique et retour des ailerons stabilisateurs

Armées par un équipage de 125 marins, dont une quinzaine pour le détachement aérien, les FTI pourront accueillir une vingtaine de personnels supplémentaires, par exemple des forces spéciales ou un petit état-major. Capable d’atteindre 27 nœuds et de franchir 5000 milles à 15 nœuds, elles auront une propulsion très classique du type CODAD basée sur quatre moteurs diesels MTU 16V 8000 M91L, d’une puissance unitaire de 8000 kW.

En matière de stabilisation, on notera que les FTI reviennent à une configuration traditionnelle comprenant deux ailerons latéraux. Cette décision découle du fait que le nouveau système qui avait été retenu pour les FREMM n’a pas donné satisfaction. A l’usage, il s’est avéré que le dispositif, qui joue sur les safrans des bâtiments pour éviter le roulis, provoquait dans certaines conditions des mouvements de plateforme aléatoires. Cela ne remet aucunement en cause la stabilité des frégates mais engendre certaines contraintes, par exemple pour les manœuvres hélicoptère.

 

(©  NAVAL GROUP)

(©  NAVAL GROUP)

Marine nationale