Histoire Navale
Les Redoutable : Histoire d'une aventure technique, humaine et stratégique
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Les Redoutable : Histoire d'une aventure technique, humaine et stratégique

Histoire Navale

Alors que la filière nucléaire française célèbre le 50ème anniversaire de l'explosion de Gerboise Bleue, première bombe atomique tricolore, nous rediffusons aujourd'hui notre dossier sur l'aventure du Redoutable, directement liée à l'essai intervenu dans le Sahara, le 13 février 1960. Un peu plus de 7 ans plus tard, le 29 mars 1967, le premier sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) français était lancé, à Cherbourg, à quelques centaines de mètres de l'actuelle Cité de la Mer, où il est aujourd'hui transformé en musée. Deux ans plus tôt, alors que le bâtiment venait d'être mis sur cale, le général de Gaulle, soucieux de garantir l'indépendance stratégique du pays, avait eu ces paroles : « La Marine se trouve maintenant et sans doute pour la première fois de son histoire au premier plan de la puissance guerrière de la France et ce sera dans l'avenir, tous les jours un peu plus vrai ». Quatre décennies plus tard, cette position semble toujours d'actualité, bien que le monde ait énormément évolué. Alors que l'essentiel de la force de frappe nucléaire française est désormais concentrée sur les SNLE de la Force Océanique Stratégique (FOST), complétés par les moyens, plus légers, embarqués sur les avions de l'Armée de l'Air et de l'Aéronavale, la mer prend une importance considérable dans les relations internationales. Près des trois quarts des échanges commerciaux mondiaux dépendant du trafic maritime et transitant, pour bon nombre, par des zones à risques, la possession de moyens de protection et d'intervention reste plus que jamais vitale pour garantir la « sauvegarde des intérêts du pays ».

Mise à flot de l'USS George Washington en juin 1959 (© : US NAVY)
Mise à flot de l'USS George Washington en juin 1959 (© : US NAVY)

SNLE et bouleversements stratégiques

Pendant la seconde guerre mondiale, on se souviendra de l'action de Charles de Gaulle, loin de la métropole, pour ménager une place importante à la France une fois les hostilités terminées. En cela, Churchill apportera son aide, bien que les relations entre les deux hommes n'aient pas été des meilleures. Fin stratège, le premier ministre britannique savait que la Grande-Bretagne risquait une marginalisation entre les deux superpuissances américaine et soviétique. Londres pèsera donc de tout son poids pour imposer le retour de la France dans la cour des grands. La guerre froide s'installera après la chute de l'Allemagne hitlérienne, Washington et Moscou développant un arsenal nucléaire colossal. Les Américains font exploser la première bombe en 1945, à Hiroshima. En 1949, l'URSS mène son premier essai atomique, suivi en 1952 de la Grande-Bretagne. L'atome prend ensuite une dimension océanique. Après les essais en mer de l'USS Nautilus, en 1955, qui sera le premier sous-marin à naviguer sous la calotte glacière (1960), les Etats-Unis mettent à flot le 9 juin 1959 le premier sous-marin à propulsion nucléaire doté de missiles balistiques, l'USS George Washington, rapidement suivis par les Soviétiques. La guerre prend une nouvelle dimension, à l'échelle d'une attaque surprise pouvant venir de n'importe quel point de l'océan. Alors qu'en Europe la pression de Moscou ne cesse de s'accroître, la Grande-Bretagne met en chantier, en 1964, son premier SNLE. Réalisé avec l'aide américaine, le HMS Resolution est opérationnel en 1967 et suivi, en 1968 et 1969, de trois sisterships, tous armés de 16 missiles Polaris (portée initiale de 1800 kilomètres). Dans l'immédiat après-guerre, De Gaulle prend la mesure du défi qui se dresse devant la France : « Pas question, pour le Général, de se laisser distancer par nos amis et alliés américains sur ce domaine qu'il avait sans peine et à juste raison considéré comme sensible, et dans l'immédiat et pour les décennies à venir », note Yves Cariou, ancien journaliste au Télégramme de Brest et auteur du livre « FOST », paru chez Marines Editions (*) : « La volonté était tout aussi intellectuelle et politique que purement militaire. Mais il allait s'écouler un bon nombre d'années avant qu'elle ne se matérialise, que l'on additionne pour ce faire des connaissances, des moyens techniques et des capacités financières dans une France qui, dans à peu près tous les domaines, sortait bien mal en point du conflit ».

De Gaulle et Mendès-France (© : DROITS RESERVES)
De Gaulle et Mendès-France (© : DROITS RESERVES)

« Sans la bombe, on n'a pas voix au chapître »

Au cours d'une conférence de presse, De Gaulle se prononce officiellement, en avril 1954, en faveur de l'arme nucléaire. Cette déclaration est approuvée au mois d'octobre suivant par Pierre Mendès-France, alors président du Conseil. Les premières études sur un sous-marin français à propulsion nucléaire ont, en réalité, débuté l'année précédente, soit cinq ans avant le retour du général au pouvoir. Dans le plus grand secret, les ingénieurs français établissent leurs premiers plans, sous les gouvernements de Joseph Laniel puis de Pierre Mendès-France, montrant que l'importance de cette question dépasse les clivages politiques. « La possession du feu nucléaire a toujours et surtout constitué le symbole d'une volonté politique : celle d'asseoir la position de la France à la table des grandes nations, et cette conception demeure actuellement sa

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