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Les Russes travaillent sur le design de leur futur porte-avions

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Les Russes travaillent sur le design de leur futur porte-avions

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Au cours de la prochaine décennie, la Russie entend voir sa marine disposer d’au moins deux porte-avions, afin de compter sur la disponibilité permanente d’au moins un groupe aéronaval à même d’être déployé partout dans le monde. Avec la mise en service de nouveaux appareils, bâtiments d’escorte et sous-marins, cet outil permettra à la flotte russe de recouvrer toutes les facettes de la puissance aéronavale. Pour l’heure, la marine ne possède que le Kuznetsov, un porte-avions certes imposant (304 mètres de long pour 58.600 tonnes de déplacement en charge), mais qui commence à vieillir. Sa conception remonte en effet à la fin des années 70 et sa mise en service à 1991. Il doit, néanmoins, bénéficier d’une importante modernisation afin de recevoir des équipements plus modernes, notamment dans le domaine de l’autodéfense, tout en voyant ses capacités aéronautiques renforcées.  

 

 

Le porte-avions Kuznetsov (© MARINE RUSSE)

Le porte-avions Kuznetsov (© MARINE RUSSE)

 

Su-33 à l'appontage sur le porte-avions Kuznetsov (© MARINE RUSSE)

Su-33 à l'appontage sur le porte-avions Kuznetsov (© MARINE RUSSE)

 

MiG-29K sur le porte-avions Kuznetsov (© MARINE RUSSE)

MiG-29K sur le porte-avions Kuznetsov (© MARINE RUSSE)

 

 

Accroissement des capacités aéronautiques du Kuznetsov

 

 

Celles-ci sont, aujourd'hui, relativement limitées, puisque le Kuznetsov ne met en œuvre, parmi ses 30 aéronefs embarqués, que des chasseurs Su-33 Flanker. Il s’agissait donc plutôt, jusqu’ici, d’un bâtiment de défense aérienne. Une situation qui va néanmoins évoluer, puisque la marine russe a commandé 24 nouveaux avions de combat multi-rôles Mig-29K Fulkrum. Ces appareils, qui doivent être livrés entre 2013 et 2015, pourront mener des missions d’assaut. Ils complèteront, ou plutôt remplaceront, l’armement offensif embarqué par le Kuznetsov, qui a hérité au moment de sa construction du concept de bâtiment hybride (sorte de croiseur porte-avions) des anciens porte-aéronefs des types Kiev/Baku. Ainsi, il dispose, en plus de ses moyens d’autodéfense (missiles surface-air SA-N-9, systèmes CADS-N-1, artillerie multitubes), de 12 missiles antinavire SS-N-19, d’une portée estimée à plus de 500 km. Ces engins longs de 10 mètres, tirés depuis des tubes intégrés au pont d’envol, peuvent embarquer une charge conventionnelle ou nucléaire. Les SS-N-19 devraient néanmoins être débarqués afin d’agrandir le hangar et, ainsi, accroître les capacités d’emport en aéronefs.

 

 

La maquette présentée la semaine dernière au salon IMDS (© FLOTPROM)

La maquette présentée la semaine dernière au salon IMDS (© FLOTPROM)

 

 

De nouvelles unités plus grandes

 

 

Pour la suite, la Russie planche sur des bâtiments plus grands, qui s’approcheraient en fait du gabarit des porte-avions américains. Moscou envisage des unités d’environ 80.000 tonnes pouvant accueillir une cinquantaine d’avions. A l’occasion du salon naval international IMDS, qui s’est déroulé la semaine dernière à Saint-Pétersbourg, la maquette d’un nouveau design de porte-avions russe a été dévoilée, comme l’indique RusNavy Intelligence, reprenant des images diffusées par Flotprom. Ce qui est présenté comme un avant projet a été développé par le bureau d’études Krylov. La maquette laisse apparaitre un bâtiment au pont d’envol particulièrement vaste, avec deux ilots distincts, ce qui constitue une reprise de l’architecture des nouveaux porte-avions britanniques de la classe Queen Elizabeth. Doté de trois ascenseurs, deux à l’arrière sur chaque bord et un à l’avant sur tribord, le porte-avions compte un tremplin et une piste oblique équipée de brins d’arrêt. On observe quatre points de lancement avec déflecteurs de jets. Deux aboutissent au tremplin et les deux autres à l’extrémité de la piste oblique. Ces derniers seront peut-être dotés de catapultes (visibles sur les précédents projets en raison de la volonté russe d’embarquer des avions de guet aériens avec, comme les Hawkeye, un radar circulaire), mais cela ne semble pas évident pour le moment. Le recours à une propulsion nucléaire, évoquée un temps, ne parait quant à elle plus acquise. On notera en tous cas qu’une grande partie des avions présentés sur cette maquette sont des Sukhoï T-50, le nouvel appareil de combat russe de 5ème génération, imaginé comme l’équivalent du F-22 américain. Le T-50 (photo ci-dessous issue du site Russianplanes.net), qui a réalisé son premier vol en janvier 2010, doit être livré à partir de 2016 aux forces armées russes. 

 

 

Le T-50 (© MAXIM MAKSIMOV - RUSSIANPLANES.NET)

Le T-50 (© MAXIM MAKSIMOV - RUSSIANPLANES.NET)

 

 

Premier bâtiment espéré à partir de 2027

 

 

Côté calendrier, l’idée est de mettre en chantier le premier bâtiment vers 2020 pour une mise en service à partir de 2027. Le processus industriel adopté pour la construction des nouveaux porte-avions s’appuiera probablement sur celui des bâtiments de projection et de commandement Vladivostok et Sevastopol. Ces BPC sont assemblés sous forme de grands blocs à Saint-Nazaire, en France, mais leur moitié arrière est fabriquée par OSK à Saint-Pétersbourg grâce à un transfert de technologie opéré par les Français.  Ce soutien technique doit permettre aux chantiers russes de moderniser leurs process et outils de production, aujourd’hui obsolètes. Une remise à  niveau nécessaire si l’on en juge par les multiples retards rencontrés par les derniers programmes navals du pays. Et impérative pour mener à bien, dans les temps impartis, la réalisation d’un bâtiment aussi grand et complexe qu’un porte-avions, qui nécessitera en outre une importante phase de mise au point et d’essais avant d’être opérationnel. Concernant le groupe aérien embarqué, il conviendra également de voir quels choix seront opérés. La Russie se contentera-t-elle du Mig-29K ou bien optera-t-elle, comme le suggère la maquette présentée au salon IMDS, une version navalisée du T-50 ? Si cette dernière option voit le jour, il reste à espérer pour les Russes qu’ils ont, dès l’origine, conçu leur nouvel avion pour cette application, qui nécessite au minimum une structure renforcée pour supporter les contraintes subies par une crosse d’appontage. La problématique du décollage parait un peu moins délicate, le train avant renforcé pour les catapultages n’étant pas nécessaire si le lancement depuis le porte-avions est réalisé au moyen d’un tremplin. Il est en tous cas clair que, si la marine russe parvient à disposer d’un bâtiment de 80.000 tonnes doté de T-50, son outil de projection navale verra sa puissance décuplée.  

 

 

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