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Les TCD de la Royal Navy ne seront pas désarmés prématurément

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Les TCD de la Royal Navy ne seront pas désarmés prématurément

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Alors que Boris Johnson a promis la semaine dernière une remontée en puissance de la Royal Navy, le gouvernement britannique a mis fin aux spéculations quant au devenir des transports de chalands de débarquement HMS Albion et HMS Bulwark. Ces derniers mois, des rumeurs avaient refait surface (on en parlait déjà en 2017) autour d’un désarmement prématuré des deux TCD de la flotte britannique. Interrogé sur la question, le ministre Jeremy Quin a indiqué que les dates de retrait du service prévues pour ces bâtiments demeuraient fixées à 2033 et 2034.

Les Albion et Bulwark

Opérationnels depuis 2003 pour le premier et 2005 pour le second, les Albion et Bulwark sont les plus grands bâtiments britanniques dédiés aux opérations amphibies. Longs de 176 mètres pour une largeur de 28.9 mètres et un déplacement de 18.500 tonnes en charge, ils sont armés par un équipage de 325 marins. Ces TCD peuvent embarquer dans leur radier quatre chalands de débarquement (LCU Mk10) et accueillir jusqu’à 400 soldats et leur matériel, y compris des véhicules et blindés, dont des chars lourds. Disposant d’un contre de commandement pour un état-major et d’un hôpital embarqué, ils sont conçus pour embarquer quatre hélicoptères Merlin ou Chinook. L’armement, dédié à l’autodéfense, comprend deux systèmes multitubes Goalkeeper, deux canons de 20mm et des mitrailleuses.

 

Le HMS Albion (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le HMS Albion (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le HMS Albion (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le HMS Albion (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Déjà de nombreuses décisions aberrantes ces dernières années

Essentiels aux Royal Marines et au reste des forces terrestres britanniques, pour la projection de troupes et de véhicules lors d’opérations amphibies, il est vrai que le désarmement anticipé de ces TCD sans que leur remplacement soit encore assuré, aurait été une erreur majeure. Mais il est vrai aussi qu’en matière militaire, le Royaume-Uni s’est largement illustré depuis plus de 15 ans avec des mesures aussi incompréhensibles que désastreuses sur le plan opérationnel, essentiellement dictées par des considérations budgétaires. Pour la Royal Navy, on citera par exemple le retrait prématuré des avions de combat Harrier (qui volent toujours aux Etats-Unis, en Italie et en Espagne), décidé en octobre 2010, laissant ainsi la flotte britannique sans groupe aérien embarqué pendant une décennie en attendant l’arrivée des F-35B. Avec toutes les pertes de compétences qui vont avec et une remontée en puissance forcément plus longue aujourd’hui pour les nouveaux porte-avions HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales. Un autre choix catastrophique, la même année, fut la mise au rebut des avions de patrouille maritime Nimrod, armés par la Royal Air Force et qui étaient pourtant essentiels aux missions de lutte anti-sous-marine et à la sûreté des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) basés en Ecosse. Une capacité stratégique qui a fait cruellement défaut depuis et que la RAF est tout juste en train de retrouver, grâce à la commande obtenue en 2016 de 9  Poseidon aux Etats-Unis (e quatrième exemplaire est arrivé le 3 novembre sur la base écossaise de Lossiemouth). Et puis il y a eu, plus récemment, la décision de réduire le programme des frégates lourdes du type 26 (8 unités au lieu de 13) au profit de la construction de cinq frégates légères du type 31, adoptant un design danois et tenant plus du patrouilleur hauturier que du bâtiment de combat.

Johnson veut restaurer la puissance navale britannique

Mais Boris Johnson, qui multiplie ces temps-ci les annonces de projets d’investissements pharaoniques pour calmer les craintes autour de la crise et Brexit, a semble-t-il décidé de redresser la barre. Quelques jours après son plan destiné à faire du Royaume-Uni un leader mondial de l’éolien offshore, le premier ministre britannique a annoncé la semaine dernière un plan massif dans les dépenses militaires du pays : un effort supplémentaire de 16.5 milliards de livres (22 milliards de dollars) sur les quatre prochaines années, en plus du budget annuel déjà alloué à la défense (42 milliards de livres, soit 55 milliards de dollars). Le locataire du 10 Downing Street a notamment promis de « restaurer la position de la Grande-Bretagne en tant que première puissance navale en Europe ». Il conviendra cependant de voir comment cela se traduira, alors que la Royal Navy, étrillée depuis plus de deux décennies par les coupes budgétaires, n’est plus que l’ombre de sa grandeur passée, au point pour la première fois de son histoire d’être dépassée par sa vieille rivale française. Seule nouveautés, mais sans détail pour le moment, la construction d’une nouvelle série de frégates, le type 35, a été évoquée pour suivre les T26 et T31, ce qui permettrait à la marine britannique de revenir à un format à 24 escorteurs, contre 19 aujourd’hui (6 destroyers du type 45 et 13 frégates du type 23). Dans les tuyaux également, le projet Littoral Strike Ships (LSS), sorte de pendant britannique des Transport Expeditionary Sea Bases (T-ESB) de l’US Navy, qui vise à développer à partir d’un design de navire roulier civil (voir une conversion de bateaux existants de ce type) une plateforme pouvant servir de base flottante avec des capacités aéromobiles et de projection de matériel et de troupes.

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