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Les VHM de l’armée de Terre déployés pour la première fois sur BPC

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Le nouveau véhicule à haute mobilité de l’armée de Terre française réalise actuellement son premier déploiement sur un bâtiment de projection et de commandement de la Marine nationale. Accompagné de la frégate Guépratte, le BPC Tonnerre, qui est parti de Toulon le 3 mars dans le cadre de la mission Jeanne d’Arc, embarque en effet 9 VHM du 21ème régiment d’infanterie de marine. Au lendemain de l’appareillage du groupe amphibie, les nouveaux véhicules ont réalisé leurs premiers plageages lors d’un exercice à l’ouest de la Corse. Alors que le Tonnerre était positionné à 2 milles de la côte, sa batellerie, constituée d’EDAR (engin de débarquement amphibie rapide) et de CTM (chaland de transport de matériel), a débarqué des VHM, du matériel, des soldats et d’autres véhicules, notamment des camions et engins du génie. Le soutien aérien était assuré par trois hélicoptères de type Gazelle et Alouette III de l’Aviation légère de l’armée de Terre et de l’aéronautique navale, le Guépratte assurant au large la mission d’appui feu.

 

 

Ces manœuvres, qui ont permis aux marins et soldats de s’entrainer ensemble et de mettre en œuvre simultanément les différents moyens embarqués, ont confirmé les capacités du groupe Jeanne d’Arc, déployé pendant cinq mois jusqu’en Asie et en Océanie, à mener des opérations de débarquement. Celles-ci peuvent intervenir lors d’assaut de vive force ou encore d’évacuation de ressortissants.  

 

Lors d'une exercice de débarquement en 2013 (© SIRPA TERRE)

Lors d'une exercice de débarquement en 2013 (© SIRPA TERRE)

 

Nouvel outil pour les opérations amphibies

Avec, cette fois, le VHM comme nouvel outil. « Le 21e RIMa s’est prêté à l’expérimentation des VHM de mai 2013 à août 2014. Ces véhicules amphibie font maintenant partie des matériels majeurs du régiment », rappelle-t-on à l’état-major de l’armée de Terre. Fin 2013, le VHM avait été testé pour la première fois lors de manœuvres amphibies, non seulement lors de débarquements classiques via EDAR et CTM, mais aussi au travers d’une mise à l’eau à une centaine de mètres de la plage.

 

VHM arrivant sur une plage fin 2013 (© SIRPA TERRE)

VHM arrivant sur une plage fin 2013 (© SIRPA TERRE)

 

Le VHM est, en effet, conçu pour pouvoir flotter et se mouvoir en milieu aquatique. Pour des opérations de ce type, l’engin évolue en situation étanche et est équipé de flotteurs, ses chenilles brassant l’eau afin de le faire avancer à petite vitesse (3 à 4 km/h). Le véhicule peut, ainsi, naviguer sur plus de 300 mètres.

Pour l’armée de Terre, cette capacité complète la palette de moyens disponibles pour une opération amphibie. Traditionnellement, la plage visée, d’abord inspectée par des équipes de reconnaissance (les sections d’aide et d’éclairage au débarquement - SAED - des régiments amphibies), doit être préparée avant l’arrivée des véhicules de combat. Les troupes du génie sont donc les premières à débarquer leurs moyens. Elles sont notamment chargées d’installer sur le sable de grands grillages sur lesquels les blindés et camions vont rouler en sortant des EDAR et CTM. Un « cheminement » grillagé qui empêche leur enlisement.

 

Débarquement d'un VBL depuis un CTM (© SIRPA TERRE)

Débarquement d'un VBL depuis un CTM (© SIRPA TERRE)

 

Débarquer sur des plages non préparées

Avec le VHM, la force de débarquement pourra lancer directement une action de vive force grâce à ses véhicules blindés amphibies, capables de transporter 12 soldats, avec un équipage de 2 hommes.  Dotés d’une mitrailleuse de 12.7mm, les VHM n’ont pas besoin, pour débarquer, que la plage soit préparée. Leurs chenilles sont spécialement conçues pour une évolution sur tout type de terrain, y compris sablonneux. Dotés d’une structure renforcée et incurvée sur la partie basse, ces véhicules sont, de plus, capables de résister à des mines et des engins explosifs improvisés (IED). Ils pourront, ainsi, transporter directement sur une plage un groupe d’assaut, chargé de prendre le contrôle de la zone et de couvrir les préparatifs du génie pour l’arrivée de moyens plus lourds. Ou intervenir en solo pour certains types de missions, sachant que les BPC, en plus des moyens amphibies, embarquent également une force aéromobile comprenant des hélicoptères d’assaut et de transport.

 

Opération amphibie et aéromobile depuis un BPC (© EMA)

Opération amphibie et aéromobile depuis un BPC (© EMA)

 

Pour mémoire, l’armée de Terre compte deux brigades amphibies, la 6ème Brigade légère blindée (6ème BLB) et la 9ème Brigade d’infanterie de marine (9ème BIMa). Pour l’heure, aucune n’est équipée du VHM à titre opérationnel. En effet, le VHM, commandé à 53 exemplaires et dont les livraisons se sont échelonnées de fin 2011 à fin 2012, la phase d’expérimentation tactique durant jusqu’en 2014. Ses capacités ont, ainsi, été évaluées dans deux grands domaines : les opérations amphibies, pour lesquelles les expérimentations ont été menées par les marsouins du 21èmeRIMa, appartenant à la 6ème BLB ; ainsi que le milieu montagneux, où c’est le 7ème Bataillon de chasseurs alpins (7ème BCA) qui est en charge de cette partie.

 

VHM  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

VHM  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un véhicule suédois

Le VHM est en fait la version française du BVS10 Mk II, conçu et réalisé la société suédoise Hägglunds AB, filiale du groupe britannique BAE Systems, qui l’a également vendu au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et à la Suède. Il s’agit d’un engin chenillé de 14 tonnes constitué de deux parties articulées, une architecture qui lui permet de progresser sur des terrains inaccessibles à des véhicules à roues. Ainsi, il peut par exemple éviter des itinéraires routiers potentiellement piégés. L’ensemble mesure 7.7 mètres de long, 2.25 mètres de haut et 2.2 mètres de large. Protégé contre les munitions perforantes, les éclats d’obus et les roquettes, il présente une capacité d’emport de plus de 5 tonnes. Le VHM peut embarquer jusqu’à 12 fantassins (dont 11 avec l’équipement Félin) avec leur armement individuel et collectif (incluant missiles Eryx et Milan, roquettes AT4CS, mortier de 81mm, fusils de tireurs d’élite), les radios et les systèmes d’information opérationnels en service dans les forces. En plus de sa version « rang » pour le transport de troupes, le véhicule existe en deux autres variantes : « Poste de commandement » avec les équipements dédiés dans le module arrière et « Logistique », avec un plateau déposable pour le transport de matériels divers.

 

 

Extrêmement manoeuvrant, le VHM peut dépasser la vitesse de 60 km/h et franchir 250 km sur route et 200 en tout terrain. L’engin est capable de franchir un gué de 1 mètres et évoluer sur des pentes supérieures à 80%, avec un devers maximal de 30%.

Avant la réception des premiers véhicules par la Direction Générale de l’Armement (DGA), en novembre 2011, le VHM avait été qualifié après 8 mois d’essais intensifs, l’engin étant testé sur différents terrains, notamment des sols peu porteurs comme la neige, le sable ou les marécages.

On notera qu’au travers de ce contrat, Panhard a travaillé en tant que sous-traitant d’Hägglunds AB. La société française a notamment été chargée de toute l’intégration des équipements spécifiques à l’armée de Terre (armements, radios, systèmes d’information…) 

Marine nationale