Construction Navale
L'Etat veut entrer au capital des ex-Chantiers de l'Atlantique

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L'Etat veut entrer au capital des ex-Chantiers de l'Atlantique

Construction Navale

Le gouvernement français a annoncé, jeudi dernier, avoir signé un accord avec le groupe sud-coréen STX, principal actionnaire d'Aker Yards. Ce partenariat industriel prévoit l'entrée à hauteur de 9% de l'Etat dans le capital d'Aker Yards France (ex-Chantiers de l'Atlantique), société rachetée en 2006 par le groupe norvégien. Alstom avait alors vendu 75% de son ancienne division navale, conservant jusqu'en 2010 un quart de son capital. Suivant l'accord signé avec STX, les Français contrôleraient donc 34% des chantiers de Saint-Nazaire et Lorient. Ils disposeraient, de fait, d'une minorité de blocage. « Cette participation fait ainsi de la France un partenaire clé de la stratégie de développement industriel proposée par STX. Elle est assortie de droits permettant de sécuriser les décisions stratégiques de l'entreprise (stratégie, emploi, évolution de l'activité ou du capital). Confiant dans le savoir-faire et les capacités des Chantiers de l'Atlantique, STX veut faire de Saint-Nazaire le fer de lance de son développement mondial dans le secteur des bateaux de croisière. Cet accord entre STX et l'Etat français permettra d'accompagner les chantiers de l'Atlantique dans la croissance qu'ils connaissent depuis leur alliance avec Aker Yards », souligne Matignon.

La France sécurise ses intérêts stratégiques pendant 18 ans

Fin octobre 2007, suite à l'annonce du rachat par STX de 39.2% d'Aker Yards, les syndicats et de nombreux observateurs s'étaient inquiétés de l'intrusion des Sud-coréens dans le géant européen de la construction navale. Pendant huit mois, plusieurs pistes avaient été étudiées, notamment au niveau français et européen, afin d'assurer une « protection » de cette industrie si les appétits asiatiques devenaient trop importants. A Saint-Nazaire, notamment, le risque de « pillage du savoir-faire » sur la construction de paquebots a largement été mis en avant. Faute de pouvoir convaincre les autorités norvégiennes et finlandaises, ni d'autres industriels en vue de construire une solution européenne, la France a donc décidé de discuter directement avec STX pour sécuriser ses intérêts stratégiques. « Nous avons obtenu de leur part deux engagements forts: l'engagement de non-concurrence sur des chantiers situés à l'étranger et le maintien des capacités de production en France. Le tout pour une durée de dix-huit ans », a expliqué vendredi Christine Lagarde, ministre de l'Economie et des Finances. L'accord signé par François Fillon et Duk Soo Kang, président de STX, prévoit que le groupe sud-coréen « s'interdit de développer toute capacité qui serait de nature à concurrencer celle des Chantiers de l'Atlantique ». L'Etat s'est également ménagé un droit de véto sur les décisions stratégiques, comme une augmentation de capital, de nouveaux partenariats, un changement d'objet social de l'entreprise, les gros investissements ou encore une réduction des capacités du site.

Le porte-avions mis en avant

On remarquera dans le communiqué diffusé jeudi dernier par Matignon la mention, à plusieurs reprises, des capacités de Saint-Nazaire en matière de navires militaires. « Partenaire historique de la Marine Nationale, les Chantiers de l'Atlantique disposent d'une qualité unique d'ingénierie navale et de la seule cale en Europe susceptible d'accueillir la construction d'un porte-avions. Les engagements de STX en matière de respect du secret-défense, de maintien et de développement, sur le territoire, de compétences et de moyens de production en matière de défense, ont convaincu le gouvernement que ses intérêts stratégiques seraient protégés », expliquent les services du premier ministre. Pour faire jouer le décret de 2005 sur les investissements étrangers, suivant lequel la prise de contrôle d'une société nationale fait l'objet d'un accord du gouvernement, l'entreprise doit, en effet, présenter un caractère stratégique. Dans le cas des chantiers français, il s'agit bien de la construction de navires militaires et, en particulier, de porte-avions. Le communiqué de Matignon fait à plusieurs reprises référence à ce type de bâtiment. Un projet existe bien entendu actuellement, celui du « PA2 », dont la commande est toujours espérée dans l'estuaire de la Loire, malgré un certain pessimisme ambiant. La décision doit être prise par le président de la République, qui dévoilera demain les conclusions du Livre Blanc sur la Défense. L'Etat ayant fait la démarche de vouloir entrer dans le capital des ex-Chantiers de l'Atlantique, les syndicats réclament d'ailleurs qu'il poursuive sur sa lancée en notifiant la commande du navire. Le PA2 permettrait d'assurer dès septembre une charge conséquente de travail aux bureaux d'études, qui subissent actuellement une baisse d'activité faute de nouveaux prototypes dans la croisière.

Un accord soumis à l'approbation du conseil d'administration d'Aker Yards

L'accord de partenariat conclu entre le gouvernement français et STX doit, pour devenir effectif, recevoir l'aval du conseil d'administration d'Aker Yards. Le groupe norvégien, qui a manifesté sa « surprise » à l'annonce de la nouvelle, a précisé que son Conseil d'administration n'avait pas envisagé précédemment de vendre des parts des activités françaises. « Il est peu probable qu'Aker Yards vende une partie de ses activités si les conditions ne sont pas intéressantes pour les deux propriétaires et pour le développement futur de l'entreprise. Après avoir appris les intentions du gouvernement français, nous nous attendons à recevoir de plus amples informations », a déclaré jeudi Svein Sivertsen, Président du conseil d'administration d'Aker Yards ASA. Les Norvégiens, majoritaires au CA d'Aker, peuvent-ils faire barrage à l'accord franco-coréen ? « On voit mal comment ils n'accepteraient pas. Ils auront du mal à s'opposer à leur principal actionnaire », estime un responsable syndical.

Syndicats : Une « bonne nouvelle » et des réserves

A Saint-Nazaire, où les syndicats se sont battus durant des mois contre l'entrée de STX dans le capital d'Aker Yards, l'annonce de l'accord a également été vécue comme une surprise. La CFE-CGC considère cette intervention « comme un dernier rempart pour assurer l'avenir d'une construction navale française. Il est bon que celui-ci se soit mis en place, mais si cette annonce a un caractère rassurant sur le plan local, elle matérialise l'échec du projet d'une construction navale européenne ». « C'est une bonne nouvelle de voir l'Etat entrer dans le capital. Cela permet sans doute à STX de redorer son image en montrant qu'il veut faire des choses bien en France et pas seulement sur deux ou trois ans. Toutefois, si c'est un bon point, ce n'est pas une assurance vie », note-t-on à la CFDT. Pour FO, le « loup demeure dans la bergerie ». Force Ouvrière, qui réclame une entrée majoritaire de l'Etat dans le capital d'Aker, relève que « cet accord concerne uniquement les sites français d'Aker Yards. En conséquence, il n'assure pas une réelle protection de l'ensemble des activités du groupe Aker Yards, en particulier celles de constructions de navires à passagers face au risque majeur, à moyen terme, de transfert en Corée de nos technologies, nos compétences et nos savoir-faire ». Les précisions apportées par Christine Lagarde vendredi semblent néanmoins être de nature à amoindrir le risque de pillage des chantiers finlandais, réalisant comme Saint-Nazaire des paquebots. En s'interdisant de développer à l'étranger toute capacité de nature à « concurrencer celle des Chantiers de l'Atlantique », STX ne pourrait, de fait, utiliser les compétences finlandaises en matière de navires à passagers, pas plus qu'il ne pourra le faire en France. Malgré tout, les syndicats se veulent prudents : « Nous attendons de connaitre le contenu exact de l'accord et de voir en quoi il va nous protéger », explique-t-on à la CFTC.
Fort de 3000 salariés et plusieurs milliers de sous-traitants, le dernier grand chantier civil français compte actuellement cinq paquebots dans son carnet de commandes. Ces navires sont livrables entre novembre 2008 et octobre 2010.

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)