Construction Navale
L'Europe laisse une chance à Aker Yards d'éviter la mainmise coréenne

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L'Europe laisse une chance à Aker Yards d'éviter la mainmise coréenne

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Dans leur lutte pour faire échec à la prise de contrôle de leur entreprise par STX Shipbuilding, les syndicats français d'Aker Yards ont reçu, hier, un message de l'Europe. Bruxelles n'a, en effet, pas donné son feu vert à l'opération mais annoncé l'ouverture d'une enquête approfondie sur la prise de participation du Sud-Coréen (39.2%) dans le géant européen de la construction navale. La Commission souligne, en effet, que l'arrivée du groupe asiatique sur la scène européenne pourrait constituer un risque en matière de concurrence dans le secteur des navires de croisière. Elle ne rendra donc pas son avis immédiatement mais attendra le 15 mai prochain. En début de semaine, la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC lui avaient adressé une lettre dans laquelle les confédérations alertaient l'Europe sur les dangers d'une mainmise coréenne sur Aker Yards. « Nous considérons que ce groupe coréen s'est donné les moyens pour transférer, rapidement, les technologies, les savoir-faire et l'organisation pour la construction des navires à passagers, développés au prix de nombreux efforts par tous les salariés, et ceci, à un coût, dans un délai et avec des risques industriels beaucoup plus faibles que si STX avait du les développer par lui-même », indiquait la motion, qui concluait ainsi : « Nous estimons donc que cette acquisition à bon compte d'une part significative du groupe Aker Yards ASA, est de nature à fausser rapidement et durablement la concurrence sur ce marché ».

Un sursis pour trouver une solution

La décision de la Commission redonne une marge de manoeuvre au groupe européen et verrouille, pour quelques mois, les ambitions de STX. Jusqu'en mai, le Sud-Coréen ne pourra, en effet, renforcer sa participation dans le capital d'Aker Yards. Hier, à Saint-Nazaire, les organisations se félicitaient de la position de Bruxelles. « Nous avons été pris au sérieux et le gouvernement français a sans doute fait ce qu'il fallait. Nous sentons désormais un soutien de l'Europe et on ose espérer que cela va nous aider à sortir le groupe de cette situation », expliquait-on à la CFTC. A la CFDT, on est également soulagé. « Cette décision montre que l'intervention des organisations syndicales, encore plus quand elles sont réunies, peut faire évoluer certains dossiers ». Pour la confédération, l'essentiel reste encore à faire et le sursis offert par l'Europe doit permettre de trouver un partenaire industriel pour contrecarrer les ambitions asiatiques. « Ce délai doit être utilisé pour construire des solutions pérennes sur l'avenir de la construction navale européenne afin de sauvegarder nos bassins d'emploi en France et en Europe », explique le syndicat. En coulisses, les discussions se poursuivent donc entre Aker Yards et d'autres industriels. La piste de DCNS, l'autre grand acteur de la navale française, est toujours avancée. Des synergies semblent pouvoir être dégagées, alors que l'Etat, actionnaire à 75% de DCNS, peut sans doute encourager le groupe de défense à se lancer dans l'aventure. Toutefois, selon un responsable syndical, « la direction de DCNS ne paraît pas encore très chaude pour entrer dans le capital d'Aker Yards ». Si le gouvernement semble pousser les entreprises à s'entendre, une question reste en suspens : Jusqu'à quel point peut-il, ou souhaite-t-il, faire pression ?
Basé en Norvège, Aker Yards compte un total de 18 chantiers, Saint-Nazaire et Lorient ayant été repris en 2006. Fin octobre, moins de six mois après le désengagement d'Aker ASA de ses chantiers navals, STX Shipbuilding avait racheté, à la surprise générale, 39.2% des parts d'Aker Yards.
En France, le groupe emploie 3000 personnes et autant de sous-traitants.

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