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L’ex-frégate Suffren au Levant : 10 ans déjà
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L’ex-frégate Suffren au Levant : 10 ans déjà

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Elle a bien changé, sa coque autrefois grise, exposée aux vents de nord- ouest et de sud- ouest, étant désormais complètement rougie par la rouille. Seuls quelques éléments, qui ne sont pour l’essentiel pas en acier, supportent les années, comme la vieille vedette trônant toujours à bâbord, les antennes du système satellitaire Syracuse II ou encore l’imposant radôme qui abritait le radar de veille-air tridimensionnel DRBI-23.

 

 

L'ex-Suffren à la fin du mois de juillet à l'île du Levant (© JEAN-CLAUDE BELLONNE)

L'ex-Suffren à la fin du mois de juillet à l'île du Levant (© JEAN-CLAUDE BELLONNE)

 

Cela fait 10 ans que l’ex-frégate lance-missiles Suffren sert de brise-lames à Port-Avis, le port du centre d’essais de la Direction Générale de l’Armement installé sur l’île du Levant, en Méditerranée. Désarmé en septembre 2001, le bâtiment avait quitté Toulon en juin 2009 pour être remorqué vers l’île du Levant afin d’y remplacer l’ex-pétrolier-ravitailleur Saône. Cette antique coque, lancée à Dunkerque en 1939, avait été ramenée dans la base navale varoise le mois précédent. Dépourvue de superstructures, l’ex-Saône, devenu Q 622, avait été transformé en brise-lame au Levant après son retrait du service en 1981, succédant à l’époque à un autre ancien ravitailleur, l’ex-Baïse.

 

Retour de l'ex-Saône à Toulon en 2009 (© JEAN-LOUIS VENNE)

Retour de l'ex-Saône à Toulon en 2009 (© JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

L'ex-Suffren à Toulon en 2009 (© JEAN-LOUIS VENNE)

L'ex-Suffren à Toulon en 2009 (© JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le choix du Suffren avait été notamment dicté par sa taille voisine de celle de l’ancienne Saône, dont la coque, déconstruite à Toulon en 2014, mesurait 160 mètres de long. Après 10 ans passés à l’île du Levant, où l’ancienne frégate est donc largement soumise aux éléments, la question de son remplacement se pose évidemment. Pour l’heure, indique-t-on à l’état-major de la Marine nationale, « aucune décision n’est prise » mais « des réflexions sont en cours ». Quant au sistership du Suffren, le Duquesne, il avait pour mémoire été désarmé plus tardivement, en 2008. Il avait l’année suivante été lui aussi transformé en brise-lames, succédant à Saint-Mandrier à l’ancien bâtiment de débarquement de chars Argens, ainsi que l’ex-aviso-escorteur Commandant Rivière. Plus protégée, sa coque a moins souffert que celle de son sistership au Levant. 

 

L'ex-Duquesne après son installation à Saint-Mandrier en 2009 (© JEAN-LOUIS VENNE)

L'ex-Duquesne après son installation à Saint-Mandrier en 2009 (© JEAN-LOUIS VENNE)

L'ex-Duquesne à Saint-Mandrier en mars dernier (© VINCENT GROIZELEAU)

L'ex-Duquesne à Saint-Mandrier en mars dernier (© VINCENT GROIZELEAU)

 

Mis sur cale à Lorient en décembre 1962, à l’eau en mai 1965 et admis au service actif en juillet 1968, l’ancien Suffren fut rapidement suivi par le Duquesne, opérationnel en avril 1970. Longues de 157.6 mètres pour une largeur de 15.5 mètres et un déplacement de plus de 6000 tonnes en charge, ces frégates lance-missiles (FLM), armées par environ 350 marins, pouvaient atteindre la vitesse de 34 nœuds grâce à leurs quatre chaudières alimentant des turbines développant une puissance de 72.500 cv. Mais, pour la Marine nationale, ces unités d’abord imaginés pour la protection des porte-avions Clemenceau et Foch contre les menaces modernes, furent surtout ses premiers bâtiments de combat de surface nativement conçus pour la mise en œuvre de missiles. Il s’agissait en particulier du système Masurca, avec une rampe double pour deux missiles surface-air et une soute correspondante pour un total de 48 armes (le croiseur Colbert fut équipé du Masurca lors de sa refonte entre 1970 et 1972).

 

Le Duquesne tirant un missile Masurca (© MARINE NATIONALE)

Le Duquesne tirant un missile Masurca (© MARINE NATIONALE)

 

Quatre lanceurs pour missiles antinavire Exocet MM38 furent ajoutés par la suite. L’artillerie comprenait deux tourelles de 100mm et des canons de 20mm. Les FLM étaient également solidement pourvus en matière de lutte anti-sous-marine, avec un équipement équivalent à celui des escorteurs d’escadre du type T47 refondus ASM. Dépourvus comme eux d’hélicoptère, le Suffren et le Duquesne disposaient d’un sonar de coque DUBV-23, un sonar remorqué DUBV-43, quatre tubes pour torpilles L5 et un système Malafon (13 missiles porte-torpille).

 

L'arrière du Duquesne avec la rampe Masurca et le poisson du sonar remorqué (© MARINE NATIONALE)

L'arrière du Duquesne avec la rampe Masurca et le poisson du sonar remorqué (© MARINE NATIONALE)

 

Comme souvent, le programme aurait dû compter plus de bâtiments mais les restrictions budgétaires n’ont permis de construire que deux FLM. Il en sera de même pour leurs successeurs issus du programme Horizon, pour lequel la marine française devait disposer de quatre frégates de défense aérienne (afin de remplacer aussi les Cassard et Jean Bart), avant de réduire la voilure à seulement deux unités, le Forbin et le Chevalier Paul, mis en service en 2010 et 2011.

 

Le Duquesne (© MARINE NATIONALE)

Le Duquesne (© MARINE NATIONALE)

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