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L'ex-porte-avions Clemenceau ira se faire démolir en Grande-Bretagne

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L'ex-porte-avions Clemenceau ira se faire démolir en Grande-Bretagne

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A défaut de construire avec les Anglais un porte-avions neuf, la France a choisi d'envoyer l'ex-Clemenceau se faire démanteler en Grande-Bretagne. Le ministère de la Défense a confirmé, hier, avoir retenu Able UK Ltd pour assurer la déconstruction du Q790, en attente dans la base navale de Brest depuis mai 2006. Le groupe britannique a remporté l'appel d'offres face à quatre autres candidats, dont Veolia Propreté, Sita (groupe Suez) et Galloo. « En conformité avec la réglementation de la Communauté européenne et de la Convention de Bâle, il appartient maintenant à la Grande-Bretagne et à la France de délivrer une autorisation de transfert transfrontalier de la coque Q 790. Cette procédure va prendre quelques semaines à l'issue desquelles l'ex-Clemenceau pourra quitter la rade de Brest. Il fera l'objet durant cette période d'une préparation de la coque pour son appareillage. Il s'agira principalement d'assurer la mise en condition et la sécurisation de la coque pour son remorquage sous la responsabilité de la société Able UK Ltd », explique l'Hôtel de Brienne. Able UK aurait, déjà, reçu l'autorisation des autorités sanitaires anglaises pour importer, exceptionnellement, 700 tonnes d'amiante. Il s'agit de la quantité de matière dangereuse contenue dans le vieux porte-avions, désarmé en 1997. La coque Q 790 sera remorquée (aux frais d'Able UK), vers le chantier se situant au bord de la rivière Tees, dans le sud-est de l'Angleterre. Le TERRC (Teesside Environmental Reclamation and Recycling Centre) comprend un vaste bassin, d'environ 300 mètres de long sur 200 mètres de large.

 Le Q 790, au fond de la base navale de Brest  (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
Le Q 790, au fond de la base navale de Brest (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

Les critères qui ont fait pencher la balance

Le ministère de la Défense exprime « sa satisfaction concernant la qualité des offres de l'ensemble des candidats. Ceci permet de disposer de solutions répondant aux enjeux de protection des travailleurs et de l'environnement ». Le choix du dossier britannique n'a pas été simple, d'autant que deux poids lourds de l'industrie française s'étaient positionnés. Alors que Suez a débuté au printemps le démantèlement de l'ex-frégate Lucifer, près de Cherbourg, Veolia avait annoncé en janvier l'implantation d'un centre de démantèlement de navires à Bordeaux, utilisant notamment la cale sèche de Bassens. Van Heyghen Recycling, filiale du franco-belge Galloo, avait lui aussi positionné ses pions. Disposant d'une expérience dans la déconstruction de navires (frégate Westhinder, bâtiment de commandement Zinnia...), WHR avait décroché le marché de l'ancien TCD Fearless, de la Royal Navy. « Tous les chantiers ont été visités. Une analyse minutieuse des capacités et des infrastructures a été réalisée. Si Able UK a été choisi, c'est pour ses performances techniques et économiques. Il compte 40 ans d'expérience dans le domaine du démantèlement, de la démolition, de l'assainissement et de la régénération », explique-t-on au Mindef. Le groupe britannique a notamment travaillé sur des tours de refroidissement, des centrales électriques, des raffineries, des usines pétrochimiques, ainsi que sur des structures maritimes et côtières, avec enlèvement d'amiante et d'autres déchets. « Il n'y aura aucun dommage pour l'environnement car l'entreprise a une très bonne maîtrise du traitement et de l'élimination des déchets et des polluants », fait-on valoir à Paris.

 Arrivée du Caloosahatchee chez Able UK, en novembre 2003  (© : FREEFOTOS.COM)
Arrivée du Caloosahatchee chez Able UK, en novembre 2003 (© : FREEFOTOS.COM)

Les « ghost ships » de l'US Navy

Dans le domaine naval, le chantier de Teesside est aussi connu pour s'être retrouvé avec quatre vieux navires logistiques de l'US sur les bras. Jusqu'en 1994 et la signature d'accords internationaux, les Etats-Unis solutionnaient le problème des bateaux désarmés par leur envoi chez les ferrailleurs asiatiques ou leur immersion. Face aux conditions épouvantables dans lesquelles les coques étaient découpées en Inde, Chine ou Bengladesh, Bill Clinton avait imposé la signature d'un moratoire. Or, fin 2002, le président Bush était revenu sur cette décision, les effectifs de la National Defense Reserve Fleet prenant des proportions inquiétantes. Faute de disposer des moyens industriels nécessaires, les Etats-Unis voyaient en effet s'entasser leurs vielles unités dans d'immenses zones d'attentes, faisant plus office de cimetières de bateaux dans la mesure où la plupart des coques étaient âgées de plus de 50 ans. Ainsi, une grosse centaine de navires désarmés étaient à l'époque stationnés dans la James River, en Virginie. Pour se débarrasser des unités sans valeur de la NDRF, la fameuse « Ghost fleet » (Flotte fantôme), un premier accord avait été signé fin 2003.

 Le chantier Able UK, avec les quatre navires US  (© : GOOGLE MAPS)
Le chantier Able UK, avec les quatre navires US (© : GOOGLE MAPS)

 Le chantier Able UK, avec les quatre navires US  (© : GOOGLE MAPS)
Le chantier Able UK, avec les quatre navires US (© : GOOGLE MAPS)

Il portait sur le transfert de 13 ex-navires logistiques, pour un poids total de 123.376 tonnes, vers le chantier de démolition anglais. Une première vague de quatre vielles coques, les Canopus (12.618 tonnes - 1965), Compass île (14.170 tonnes - 1953), Canisteo (10.723 tonnes - 1945) et Caloosahatchee (10.300 - 1945) traversèrent donc l'Atlantique pour parvenir jusqu'à la rivière Tess. Les 9 bateaux suivants ne les rejoindront jamais, les organisations américaines de défense de l'environnement parvenant à faire bloquer leur transfert en juin 2004. De même, en Grande-Bretagne, les écologistes étaient parvenus, jusqu'ici, à empêcher les travaux de démolition des quatre premiers navires, qui attendent donc depuis plus de quatre ans d'être démantelés. C'est, manifestement, pour cette raison que le ministère de la Défense a tardé à faire son choix pour l'ex-Clemenceau, attendant d'ultimes assurances de Londres. Or, jeudi dernier, Le Health & Safety Executive (HSE, agence environnementale et sanitaire britannique), a finalement donné son feu vert à Able UK pour exercer une activité de gestion des déchets et de déconstruction navale. Sitôt l'autorisation obtenue, l'industriel avait indiqué qu'il allait commencer le démantèlement des vielles coques déjà présente sur son site. En plus des quatre américaines, s'y trouvent aussi trois ex-bâtiments de la Royal Navy.
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- Ecouter l'analyse de Vincent Groizeleau, hier sur France Info

 Le Clemenceau a servi de 1961 à 1997 dans la marine (© : MARINE NATIONALE)
Le Clemenceau a servi de 1961 à 1997 dans la marine (© : MARINE NATIONALE)

Clemenceau Marine nationale