Histoire Navale
L’Hermione reprend la mer

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L’Hermione reprend la mer

Histoire Navale

La réplique de la frégate qui a conduit La Fayette aux Etats-Unis se prépare pour son second grand périple, qui va pour la première fois la conduite en Méditerranée. Hier, l’Hermione a quitté son port d’attache de Rochefort. Cap sur La Rochelle, où elle passera une partie du mois de février afin de compléter son armement. Elle fera ensuite route vers Tanger, Barcelone, Sète, Toulon, La Ciotat, Marseille, Port-Vendres, Bastia, Portimao, Pasaia (Espagne) et Bordeaux, avant de revenir à Rochefort en juin.

Ce 30 janvier, pour le grand départ, de nombreux spectateurs venus admirer le départ du superbe voilier. La pleine mer est à 16H26, le coefficient est de 93 ce qui laissera aux 5,80 mètres de tirant d’eau un certain confort. La frégate attend dans sa forme le pilote. Les mâts huniers sont calés bas pour permettre de passer sous le pont de la ville. L’eau des ballasts du bateau porte est évacuée. Il est enlevé par un lamaneur tandis que son collègue sort le voilier pour le mettre dans le cours de la Charente.

 

Hier, à bord de l'Hermione (

Hier, à bord de l'Hermione (© FRANCOIS DIDIERJEAN)

 

 

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(© FRANCOIS DIDIERJEAN)

Hier, à bord de l'Hermione (

Hier, à bord de l'Hermione (© FRANCOIS DIDIERJEAN)

L'Hermione en route pour La Rochelle (

L'Hermione en route pour La Rochelle (© FRANCOIS DIDIERJEAN)

 

Le chenalage de la rivière et le transit vers La Rochelle se fait à l’aide des deux propulseurs azimutaux, l’Hermione étant le premier grand voilier à être équipé de ce type de moteurs facilitant les manoeuvres. Une fois le pont passé, les mâts huniers sont calés hauts, guindés et ridés. Il ne restera qu’à remettre les vergues de huniers à poste sans oublier les haubans, étais et galhaubans à guinder ainsi que les mats perroquets au mouillage du lendemain.

L’Hermione de 1778 avait six ancres : ancre principale (1700 kg), ancre de veille (1500 kg), ancre d'affourche (1400 kg), 2 ancres de touée (400 kg) et, en cale, la grande ancre ou « ancre de miséricorde », gréées à chaque fois sur une ligne de mouillage en chanvre, à relever avec cabestan et tournevire. La réplique se contente de deux ancres de 1 500 kg, gréées respectivement sur des chaînes de 192 et 165 m, dont le poids lui-même assure à l'ensemble une bien meilleure tenue que les mouillages d'origine. Ces lignes ne sont plus relevées à bras, mais au cabestan électrique.

C’est en 1997 que l’association Rochefortaise Hermione–La Fayette s’est lancée dans la reconstruction de la frégate Hermione. La « première », mise en chantier en 1778, permit à La Fayette d’apporter en 1780 son support aux insurgés américains en lutte pour leur indépendance. Elle va participer au conflit jusqu’à la victoire finale, consécutive à la victoire de la flotte française sur la Royal Navy lors de la bataille de la Chesapeake en septembre 1781. En 1793, l’Hermione fait naufrage au large du Croisic.

Quelques chiffres : 63 mètres de longueur hors tout, une largeur hors membres supérieure à 11 mètres, un grand mât à 54 mètres au-dessus de la quille, 2 000 chênes sélectionnés dans les forêts françaises, un puzzle de plus de 400.000 pièces de bois et de métal, 1000 poulies, une tonne d'étoupe pour le calfatage, 22 (faux) canons au calibre des boulets de 12 livres sur le pont de batterie.

D’autres plus triviaux : 1 kilomètre de tuyaux pour transporter les fluides (gazole, eau douce, …), 15 de câbles électriques, 10 toilettes, 10 douches, 10 lavabos, 12 mètres cubes d’eau douce en réserve… Les canons ne sont pas percés jusqu’au fond. S’ils avaient été fonctionnels, l’Hermione aurait été considérée comme un navire de guerre et n’aurait pu appartenir qu’à la Marine nationale !

 

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(© FRANCIS LATREILLE - ASSOCIATION HERMIONE - LA FAYETTE)

 

En 2015, la nouvelle Hermione quittait l’estuaire de la Charente pour un voyage de 7500 miles qui allait durer plus de 4 mois à travers l’Atlantique et le long de la côte est des Etats Unis. A Saint Pierre et Miquelon, elle remettait le cap sur le vieux continent.

2018 verra donc son second grand voyage, cette fois en direction le sud.

La plus grosse « réplique » au monde d’un voilier ancien à naviguer ne nécessite qu’un équipage réduit de 80 marins là où au 18ième siècle 200 étaient nécessaires. Une partie des gabiers présents a été formée lors des précédents voyages. Après une rigoureuse sélection, la centaine de nouveaux venus a suivi un processus complet de formation. Ils seront encadrés par 18 marins rémunérés dont le commandant, Yann Cariou, fort d’une expérience de « pacha » sur la goélette Etoile et le trois-mâts barque Belem.

Cette année l’association Hermione-La Fayette et l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), via son mouvement citoyen de jeunes "Libres Ensemble", s’allient pour permettre de naviguer à 100 gabiers volontaires de 31 nationalités différentes, âgés de 18 à 35 ans sur 1200 candidatures. Parmi eux, une centaine de jeunes francophones venus des quatre coins du monde : Canada, Moldavie, Vietnam, Arménie, Suisse, Égypte, Madagascar, République Démocratique du Congo, Mali, de Cap Vert ou encore d’Haïti. Leurs profils sont multiples : étudiants en géologie, en informatique, en architecture, internes en médecine, jeunes professionnels, demandeurs d’emploi, entrepreneurs, ingénieurs…

François Didierjean

 

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(© MARINE NATIONALE)

Hermione