Histoire Navale
L'histoire du Musée de la Marine

Actualité

L'histoire du Musée de la Marine

Histoire Navale

S’il est installé au Palais de Chaillot depuis quasiment huit décennies, le Musée National de la Marine est bien plus ancien. Alors que l’établissement va faire peau neuve entre 2017 et 2020, nous vous proposons de découvrir son histoire, assez méconnue, et de plonger dans les origines d’un musée qui est le fruit d’une longue évolution débutée il y a près de 270 ans.

Ses racines remontent au siècle des Lumières, où l’engouement pour les grands voyages d’exploration et la diffusion de la culture scientifique et technique dans la haute société entrainent la création de véritables collections d’objets de marine. On y trouve des instruments de navigation, des gravures, tableaux et modèles réduits de navires. Ces derniers, qui succèdent aux simples gabarits des constructeurs, se développent en France dans la seconde moitié du XVIIème siècle, alors que les chantiers n’utilisent pas encore de plans, la construction navale étant basée sur le compagnonnage et la transmission du savoir-faire d’une génération à l’autre. Réalisés dans les arsenaux royaux, en parallèle des bateaux à taille réelle, les modèles permettent de conserver les données architecturales des bâtiments représentés. Au XVIIIème siècle, alors que l’utilisation de plans précis se généralise, les maquettes, du fait d’une extrême finesse d’exécution, de la qualité des matériaux employés et de la rigueur de leur échelle, en font des objets sophistiqués particulièrement recherchés. Elles sont alors considérées tout autant comme des objets d’étude que comme des œuvres d’art.

 

Coque d'un vaisseau de 74 canons, dite coque de Pic 1755-1756 (© MNM - P. DANTEC / A. FUX)

Coque d'un vaisseau de 74 canons, dite coque de Pic 1755-1756 (© MNM - P. DANTEC / A. FUX)

 

C’est sur cette base que va émerger la genèse du Musée de la Marine. Tout commence en 1748 lorsqu’Henri Duhamel de Monceau, encyclopédiste et inspecteur général de la Marine, offre au roi Louis XV sa superbe collection de modèles de navires et de machines portuaires, qui est la plus importante de son temps. Un don qui s’accompagne de conditions. Henri Duhamel de Monceau souhaite en effet que sa collection soit installée au Louvre et serve à l’instruction des élèves de l’Ecole d’ingénieurs constructeurs de la Marine, qu’il a créée en 1741 et dirige alors. Homme des Lumières, épris de progrès technique, il fait partie d’un petit cercle de savants et d’officiers qui souhaitent renforcer la formation scientifique des cadres de la flotte royale. Il participe aussi à la création de l’Académie de marine à Brest en 1752.

 

Henri Duhamel de Monceau (© MNM)

Henri Duhamel de Monceau (© MNM)

 

Selon les vœux de son ancien propriétaire, Louis XV fait donc installer la collection au Louvre. Elle emménage au premier étage du palais, près de la Salle de l’Académie des Sciences, et devient Salle de la Marine. Or, elle sert non seulement à l’instruction des élèves, mais est aussi ouverte aux amateurs d’objets techniques ou à valeur esthétique, à la manière d’un cabinet de curiosités. Ainsi, en estimant sa collection plus utile à la nation qu’à lui-même, et en en faisant don à l’Etat, Henri Duhamel de Monceau pose les bases d’un musée maritime national.

A la Révolution, la Salle de la Marine est fermée en 1793 lors de la suppression des Académies. Une grande partie de la collection initiale est incorporée à un ensemble plus vaste, comprenant les anciennes collections du roi et celle du ministère de la Marine, ainsi que des saisies révolutionnaires sur les biens des nobles, en particulier ceux ayant fui le pays, comme l’importante collection que possédait le duc d’Orléans. Cet ensemble patrimonial est placé sous la responsabilité de la marine mais il faudra attendre 1801 pour qu’un véritable musée soit créé.

Celui-ci est installé dans le nouveau ministère de la Marine, qui a pris place à la Révolution dans l’ancien garde-meubles royal de la place de la Concorde. Le premier musée compte trois salles et une galerie, où sont associées aux modèles de navires et objets techniques des œuvres d’art, dont les « Vues des ports de France » de Joseph Vernet. Cette série de toiles avaient été commandées au peintre par Louis XV, afin de permettre au roi, qui se rendait rarement dans les ports français, d’en voir des représentations. La vie du premier musée de l’Hôtel de la Marine est, toutefois, de courte durée puisqu’il est fermé dès 1803. Afin de glorifier la puissance navale de l’empire, Napoléon décide cependant, en 1810, de créer une galerie de modèles au Grand Trianon, à Versailles. Le superbe ensemble qui y est présenté reste encore connu à ce jour sous le nom de « Collection Trianon ».

 

Le port de Marseille peint par Joseph Vernet en 1754  (© MNM)

Le port de Marseille peint par Joseph Vernet en 1754  (© MNM)

 

Les bouleversements politiques et réorganisations administratives qui vont suivre vont constituer une nouvelle période agitée pour les fragiles collections, qui sont à plusieurs reprises regroupées, mélangées et dispersées. Des mouvements qui ne sont pas sans provoquer des dégâts irrémédiables sur un certain nombre de pièces. Heureusement, ceux qui étaient chargés de veiller sur elles limitent au maximum les dégradations et pertes. Parmi ces protecteurs, on citera notamment le géographe Jean-Nicolas Buache, les peintres Jean-François Hue et Nicolas Ozanne, ainsi que deux anciens élèves de Duhamel de Monceau, le grand architecte naval Noël Sané et l’ingénieur Antoine Groignard.

C’est finalement avec Charles X, qui en signe le décret de création en 1827, que le grand musée naval français voit définitivement le jour. Après trois décennies de tergiversations et de soubresauts, les collections retrouvent progressivement le Louvre. Une mission ardue confiée à l’ingénieur de la Marine Pierre Zédé. Le tout nouveau conservateur doit rassembler de multiples pièces, dispersées dans les palais officiels et les arsenaux. Un premier inventaire est réalisé, alors que des vitrines sont commandées aux grands ébénistes de l’époque. C’est aussi à cette période, sous l’autorité directe de la marine, qu’est décidée la création de salles de modèles, ou de musées, ainsi que des salles de sculptures dans les arsenaux de Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon.

A partir de 1848, le Musée de la Marine, appelé officiellement ainsi depuis 1830, est considéré comme le sixième département du Musée du Louvre. Il occupe à la fin du XIXème siècle une vingtaine de petites salles au deuxième étage de la Cour Carrée, côté rue de Rivoli. La présentation des œuvres privilégie alors, comme il est d’usage à l’époque, l’accumulation de modèles, peintures, objets techniques mais aussi ethnographiques. Ceux-ci proviennent des grandes missions d’expédition et de la colonisation. Ils sont remis au musée soit par le ministère de la Marine (qui gère l’administration des colonies jusqu’en 1893), soit par les navigateurs ou des collectionneurs privés. Dans l’inventaire, on trouve des objets asiatiques, africains, américains et océaniens, qui constituent en fait la base du premier musée ethnographique français.

La vie au Louvre n’est cependant pas aisée car le Musée de la Marine y est mal considéré, étant d’abord perçu comme une chose technique et militaire. Il en résultera un désintérêt de la direction avec un manque chronique de moyens financiers et humains interdisant tout développement ou modernisation. Le musée est même plusieurs fois menacé de disparition ou de déménagement.

Les choses ne s’amélioreront qu’au XXème siècle. Alors que les collections ethnographiques sont attribuées à d’autres musées en 1905 (à l’exception des objets directement liés au contexte maritime, comme ceux rapportés par Dumont d’Urville lors de son voyage à la recherche de La Pérouse), l’administration des Beaux-Arts perd en 1920 sa tutelle, qui revient à la Marine nationale. Le conservateur Jean Destern poursuit jusqu’en 1929 un remarquable travail d’inventaire, de recollement et d’identification des collections, qui avait débuté en 1901 et donne lieu à la publication d’un catalogue de référence.

Il faut dire que, malgré les vicissitudes, les collections du musée se sont considérablement accrues au siècle précédent. Témoins de l’évolution de la marine sous ses aspects techniques et son histoire, de nombreux modèles des bâtiments réalisés dans les arsenaux sont commandés jusqu’au milieu du XIXème siècle. On y voit en particulier le passage de la voile à la vapeur.

Directeur de 1871 à 1893, l’amiral Pâris donne pour sa part une nouvelle impulsion pour enrichir les collections. Considéré comme le fondateur de l’ethnographie navale, il fait construire par l’atelier de modélisme du musée 230 modèles d’embarcations traditionnelles des côtes européennes, mais surtout d’Asie et d’Océanie, réalisées à partir de plans relevés par l’amiral et son fils au cours de leurs navigations. Il en résulte le « Fonds Pâris », sans équivalent dans le monde, qui conserve la mémoire de la navigation traditionnelle pendant la première moitié du XIXème siècle.

L’atelier de modélisme, avec ses ouvriers de talent parmi lesquels on peut citer Jean-Baptiste Tanineron (de 1833 à 1852) et Charles Hamelin depuis 1972, contribue clairement au développement des collections. Dès sa création, l’atelier se livre à un travail de reconstitution historique et comble certaines lacunes en réalisant, par exemple, les modèles des principaux types de vaisseaux naviguant sous le règne de Louis XIV.

 

Ornements de la Réale (© MNM - ARNAUD FUX)

Ornements de la Réale (© MNM - ARNAUD FUX)

 

Au XIXème siècle, le Musée de la Marine s’enrichit par ailleurs d’œuvres d’art et de sculptures, les beaux-arts étant ainsi progressivement associés aux modèles et aux objets du fonds historique. Dès la réinstallation au Louvre, Zédé décide de présenter des éléments décoratifs de la galère Réale (1694), alors faussement attribués à Puget, puis il commande à des sculpteurs de renom, comme Jean-Antoine Houdon ou François Rude, les bustes en marbre des grands hommes qui ont fait la gloire de la marine française. A partir de 1875, Pâris, poursuivant par ce biais son œuvre scientifique, confie à l’aquarelliste François Roux, puis au peintre Edouard Adam le soin de réaliser pour le musée un nombre important de portraits de bateaux, tant de guerre que de commerce et de pêche. Les tableaux d’histoire et de marine font leur entrée plus tardivement dans les collections. Ainsi, les œuvres de Joseph Vernet, déposées au Louvre, ne sont inscrites à l’inventaire qu’en 1903. Quant à Théodore Gudin, nommé premier peintre officiel de la marine en 1830, il utilise les modèles du musée pour composer ses grandes toiles historiques destinées à Versailles.

Comme on l’a vu avec la peinture, le musée commence donc à s’ouvrir sur d’autres domaines, à l’image de la flotte de commerce, de la plaisance et du sauvetage en mer. A ce titre, il reçoit quelques modèles prestigieux réalisés à l’occasion des Expositions Universelles.

 

Promenade en yole, par Ferdinand Gueldry, vers 1906 (© MNM)

Promenade en yole, par Ferdinand Gueldry, vers 1906 (© MNM)

 

C’est d’ailleurs suite à l’un de ces grands évènements internationaux que le Musée de la Marine va quitter le Louvre. Bénéficiant du programme architectural mené pour l’Exposition Universelle organisée à Paris en 1937, le musée et ses collections déménagent l’année suivante au Palais de Chaillot, réalisé pour l’occasion par les architectes Léon Azéma, Jacques Carlu et Louis-Hippolyte Boileau. Le nouveau bâtiment, qui intègre une partie des structures de l’ancien Palais du Trocadéro, édifié pour l’Expo de 1878, accueille également le nouveau Musée de l’Homme.

Vient ensuite la période sombre de la seconde guerre mondiale. Le musée est tout de même ouvert au public en 1943 et présente sa première grande exposition, intitulée « La marine au combat », en 1944.

Trois ans plus tard, les 11 autres musés dépendant de la marine dans ses différentes implantations sont rattachés au Musée National de la Marine. Il n’en reste aujourd’hui que quatre : Brest, Port-Louis (Lorient), Rochefort et Toulon.

 

Le musée dans les années 50 (© MNM)

Le musée dans les années 50 (© MNM)

 

Transformé en Etablissement Public Administratif (EPA) en 1971, le MNM dépend du Secrétariat Général pour l’Administration (SGA) mais est placé sous la tutelle du ministère de la Défense.

En 1996, le musée a bien failli être obligé de faire ses cartons. L’Etat projette en effet de récupérer le Palais de Chaillot pour y installer le nouveau musée des Arts Premiers, voulu par Jacques Chirac, alors président. Une véritable fronde s’organise dans le monde maritime français et de grands noms, Eric Tabarly en tête, montent au créneau. Face à cette opposition pugnace, le gouvernement fait machine arrière. Le maintien du Musée de la Marine à Chaillot est confirmé, le Musée des Arts Premiers bénéficiant finalement d’un bâtiment neuf au Quai Branly.  

Une nouvelle page d'histoire va maintenant s'ouvrir avec la grande rénovation qui débutera l'an prochain pour faire de l'établissement un grand musée maritime (voir notre article détaillé). 

 

Marine nationale | Toute l’actualité de la marine française