Construction Navale
L'horizon se dégage pour STX France

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L'horizon se dégage pour STX France

Construction Navale

Un nouveau cycle semble devoir débuter pour les chantiers de Saint-Nazaire. La situation demeure difficile, notamment pour la sous-traitance, mais STX France a des raisons d'être optimiste. D'abord, le carnet de commandes s'est regarni. Alors qu'il ne comptait plus, à la livraison du paquebot Norwegian Epic le 17 juin, que le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Dixmude, deux nouveaux navires de croisière ont été décrochés. Vendredi, le contrat portant sur la réalisation d'une unité de 1751 cabines (le U32/MSC Fantastica) pour l'armateur italo-suisse MSC Cruises est entré en vigueur, tous les aspects juridiques et financiers du dossier étant bouclés. D'un coût de 565 millions d'euros, le navire bénéficie d'une garantie de l'Etat (via la Coface) sur la majeure partie des prêts accordés par les banques. Le chantier, qui avait pris le risque de débuter par anticipation la construction de ce bateau, le 15 avril dernier, peut donc souffler. D'autant que cette commande se double de celle d'un sistership du nouveau MSC (dont le design appartient à STX), cette fois destiné à la compagnie libyenne GNMTC (appelé aux chantiers X32). Ce contrat est lui aussi entré en vigueur, les premiers acomptes ayant été versés. Alors que le paquebot de MSC sera mis sur cale en janvier 2011 pour une livraison en mi-mai 2012, celui de GNMTC verra sa construction débuter après l'été pour une mise en service programmée en décembre 2012. Dès septembre/octobre prochain, les ateliers en production tourneront de nouveau à plein régime.

De bonnes nouvelles attendues sur un prototype

Ces navires, si importants soient-ils, ne solutionnent toutefois pas le problème de la sous-charge dans les bureaux d'études. Il s'agit, en effet, d'unités répétitives, reprenant pour l'essentiel le design de précédents bateaux réalisés à Saint-Nazaire. Leur impact sur les BE est donc très limité. STX France espère, toutefois, voir rapidement se concrétiser un contrat pour un paquebot prototype. Des discussions sont actuellement en cours avec une compagnie de croisière. « Nous avons bon espoir de concrétiser quelque chose d'ici le mois d'octobre », explique Jacques Hardelay, directeur général de STX France. L'armateur en question aurait déjà fait construire à Saint-Nazaire, mais il ne s'agit pas de MSC, a confirmé Pierfrancesco Vago, patron de la compagnie. Princess Cruises venant de commander ses prochains navires chez l'Italien Fincantieri, les possibilités sont assez limitées. On peut penser à Holland America Line, Crystal Cruises ou encore NCL, qui comptent faire construire de nouveaux bateaux. Une commande pour Royal Caribbean n'est pas à exclure, mais elle serait plus délicate, signifiant de facto la mort des chantiers STX de Turku, en Finlande, dont la compagnie américaine est l'unique client. A Saint-Nazaire, on ne souhaite en tous cas pas révéler le nom du client potentiel.
Pour la direction de STX France, la baisse de l'euro face au dollar n'aura pas forcément l'effet escompté sur les armateurs américains. « Le vrai critère c'est la situation économique mondiale. Ils attendent de voir l'évolution de la situation. Il y a de potentielles commandes dans les tuyaux mais, si les contrats ne sont pas signés tout de suite, il ne faut pas compter sur la livraison d'un prototype avant 2014 ».

Le soutien très actif de l'Elysée

Pour traverser l'une des périodes les plus difficiles de leur histoire, les chantiers nazairiens ont bénéficié, depuis deux ans, d'un soutien actif de l'Etat, actionnaire depuis fin 2008 de 33.34% de STX France (le reste du capital étant détenu par STX Europe, propriété du groupe sud-coréen STX Shipbuilding). Cette action a, d'ailleurs, été reconnue à plusieurs reprise par des responsables syndicaux. Vendredi, alors que Nicolas Sarkozy est venu à Saint-Nazaire, Jacques Hardelay, directeur général de STX France, a salué l'action du locataire de l'Elysée. « Le président s'est engagé lors de sa précédente venue, en 2008, et, depuis, n'a pas arrêté de s'occuper de nous, même si cela ne se voit pas toujours. L'Etat est d'abord entré dans le capital en octobre 2008. Puis, dans le cadre du plan de relance de l'économie, nous avons eu la commande du BPC, qui était une décision présidentielle. Nous avons bénéficié d'un plan de formation financé par l'Etat pour limiter le chômage partiel. Et puis il y a eu une intervention personnelle très forte pour que l'affaire MSC puisse se concrétiser. Sans oublier les négociations pour l'achat de BPC par la Russie. Nous sommes extrêmement bénéficiaires de ce dynamisme », a affirmé le patron des chantiers. Concernant le dossier libyen, l'Elysée n'est officiellement pas intervenu directement. On sait toutefois les dirigeants de Tripoli très enclins aux relations d'Etat à Etat (ou d'exécutif à exécutif) et il ne faut pas oublier que le principal conseiller de GNMTC est Hannibal Kadhafi, l'un des fils du colonnel. Il sera d'ailleurs intéressant de voir si, après ce paquebot, d'autres contrats sont signés entre la France et la Libye. A Saint-Nazaire, on assure simplement que, pour ce dossier, « toutes les autorisations nécessaires ont été obtenue », apparemment sans difficulté.
Au pied du BPC Dixmude, dont l'assemblage s'achève dans la forme de construction, Nicolas Sarkozy s'est adressé vendredi aux salariés. Une intervention sans note et discours préparé, objectivement dynamique et généralement bien perçue par l'assistance. « On n'est plus un grand pays si on ne sait pas construire des trains, des avions, des voitures et des bateaux. J'ai dit que je ne laisserais jamais fermer les chantiers. C'est stratégique pour la France. On est maintenant sorti de la crise. Il faut préparer l'avenir et jouer à fond la carte de la diversification, notamment en ce qui concerne les énergies marines renouvelables ».

Diversification

Depuis 2008, STX France cherche à sortir du « monoproduit », c'est-à-dire une présence uniquement sur le marché des paquebots. Le chantier compte, notamment, se faire une place dans le secteur de l'offshore, en travaillant sur des projets innovants à forte valeur ajoutée. STX est par exemple en lice pour un projet de construction de navires de pose d'éoliennes en mer. La décision d'un client allemand est toujours attendue. Pour se donner une perspective dans le secteur, le chantier espère que les projets de parcs éoliens offshores au large des côtes françaises vont aboutir. Plusieurs implantations l'intéressent directement, comme celle au large de la presqu'île de Guérande et celle des Deux îles, en Vendée. Dans cette perspective, l'entreprise est activement soutenue par les collectivités locales et le port de Nantes Saint-Nazaire, qui y voient un important potentiel de développement pour l'industrie et l'emploi. Mais les décisions tardent à venir. « Nous attendons que le président de la République et le gouvernement clarifient leurs positions sur les sites prioritaires d'implantation de parcs éoliens. La reconnaissance des deux sites ligériens de Guérande et de Yeu-Noirmoutier étant indispensables au développement de la filière de l'éolien en mer », explique Christophe Clergeau, premier vice-président du Conseil régional des Pays de la Loire.

Rapprochement avec DCNS sur les EMR

Le secteur des énergies marines renouvelables (EMR) ne porte pas uniquement sur les éoliennes posées sur le fond. Il y a bien d'autres technologies à développer dans ce domaine, comme les éoliennes flottantes, les hydroliennes, les fermes houlomotrices ou encore l'énergie thermique des mers. Un autre industriel de la navale française souhaite percer dans ce domaine. Ce groupe, c'est DCNS, les anciens arsenaux de la marine détenus à 75% par l'Etat et 25% par Thales. DCNS planche sur les EMR depuis ses sites de Bretagne, plus particulièrement à Brest. Alors que de nombreux sous-traitants travaillent pour les deux sociétés, le rapprochement et la mutualisation des moyens, notamment en R&D, semblent une évidence C'est en tous cas la conviction de Nicolas Sarkozy : « On vous fera travailler ensemble sur les EMR car vous serez plus forts ensemble », a dit le chef de l'Etat, qui s'est toutefois bien gardé, comme il l'avait fait lors de sa précédente visite, d'évoquer un rapprochement plus vaste entre DCNS et STX France. « Chacun sa spécificité », s'est il contenté de dire.

Modernisation du chantier

La visite présidentielle fut également l'occasion, pour STX, d'annoncer de gros investissements. Conséquence de la signature de nouveaux contrats, STX France va moderniser son outil de travail. La décision de commander un nouveau portique, reportée précédemment en raison de la mauvaise conjoncture, a été approuvée. Le nouvel outillage aura une capacité de levage de 1200 tonnes (contre 750 tonnes pour le portique actuel). STX envisage même une capacité supérieure. Les consultations auprès des chantiers asiatiques (spécialistes de ces outillages) ont été lancée. « Nous serons en mesure de commander ce portique d'ici la fin de l'année pour une livraison en 2012 », précise Jacques Hardelay,. Ce portique permettra au chantier de réaliser des blocs plus gros et de gagner en productivité.
L'autre gros investissement, vital pour permettre à Saint-Nazaire de rester dans la course face à ses concurrents, est la modernisation de l'outil informatique de conception et de gestion centralisée des projets. Là aussi, le projet d'ERP CAO est sur les rails. Il s'agissait d'un impératif, tant la conception et la gestion assistée par ordinateur a fait des progrès et permet aux industriels d'améliorer leurs processus d'études et de réalisation, sans compter des réductions de coûts et des gains en matière de qualité significatifs. Ainsi, les chantiers allemands Meyer Werft, l'un des grands concurrents de STX France, a récemment modernisé son outil en adoptant une nouvelle plateforme PLC (Product Lifecycle Management) utilisant la solution V6 de Dassault Systèmes (Meyer Werft utilisait déjà CATIA).
L'ERP CAO et le nouveau portique vont représenter un investissement d'environ 50 millions d'euros (financés par l'entreprise), dont 25 à 30 millions pour le portique.
On notera enfin que le chantier va bénéficier de la part de l'Etat d'une enveloppe financière dans le cadre du grand emprunt. Cette somme servira à financer le démonstrateur du navire du futur, devant intégrer de nouvelles technologies, notamment en matière de réduction d'énergie.

La sous-traitance aux abois

Saint-Nazaire peut donc voir l'avenir avec beaucoup plus d'optimisme qu'il y a quelques mois, mais les bonnes nouvelles ne doivent pas masquer une situation demeurant encore difficile, voire très délicate dans certains secteurs. Ainsi, les U32 et X32 ne permettent pas au bassin d'emploi nazairien de sortir immédiatement de la crise. Une grande partie des sous-traitants travaille, en effet, sur l'aménagement des navires. Or, il n'y aura aucun paquebot en armement avant la mise à flot du MSC Fantastica, fin 2011. Seul le BPC Dixmude, dont la mise à flot est prévue en septembre, sera en achèvement avant sa livraison en 2012. Mais le nouveau navire de la Marine nationale est très loin d'équivaloir un paquebot en termes de charge. Pendant une grosse année, la situation va donc rester très tendue sur le front de l'emploi et le creux de charge connu en 2009 et 2010, qui a déjà eu des effets dévastateurs, va continuer encore un moment de peser lourdement sur le bassin d'emploi. Pour bien s'en rendre compte, il suffit de regarder les chiffres. Actuellement, les effectifs en interne de STX France sont tombés à 2200 salariés (ils étaient 5000 en 2003 !). L'entreprise a lancé un plan de départs volontaire (PDV) sur 351 postes, qui coure jusqu'en octobre et pour lequel, début juillet, 176 dossiers étaient validés. Et la situation est encore pire pour la sous-traitance, qui réalise plus de 70% de la valeur des paquebots et dont la survie et le maintien des compétences sont fondamentaux pour l'avenir du chantier. Les sous-traitants représentent près de 2000 personnes sur site, soit deux fois moins qu'avant le départ du Norwegian Epic. « Des centaines d'emplois ont disparu, un plan de départ volontaire est en cours et le chômage partiel, même si il y a une commande de concrétisée, existe toujours. Le bassin de Saint-Nazaire est également profondément touché. Des sous-traitants disparaissent et avec l'entreprise et ses salariés, se sont des compétences indispensables pour le maintien et le développement de l'industrie sur la zone », rappelle la CGT.

Limiter la casse

Pour limiter la « casse », diverses mesures ont été prises. D'abord, le chantier a pris des mesures pour procurer au plus vite du travail à ses coréalisateurs. « Certains de nos sous-traitants vont retrouver du travail dès septembre/octobre avec le navire de MSC, avec certaines parties que nous réalisons en avance de phase par rapport à d'habitude », explique Jacques Hardelay. Le directeur général de STX France rappelle également les efforts faits en matière de formation : « Il y a un plan de financement de l'Etat et de la région pour soutenir la filière navale. J'espère que beaucoup de personnel pourront en profiter ».
STX France, qui va créer un fonds de développement pour revitaliser le bassin d'emploi nazairien en marge de son PDV, estime faire le maximum avec les moyens dont il dispose. L'Etat, quant à lui, a joué son rôle pour éviter la fermeture du chantier. En cela, on peut considérer son attitude comme responsable et dans la droite ligne du soutien historique des pouvoirs publics à la navale, lorsque celle-ci était dans le creux de la vague. On se rappellera ainsi, au début des années 2000, les commandes de Gaz de France, SeaFrance, l'Ifremer et la Marine nationale, confiées à Saint-Nazaire pour permettre à l'entreprise de passer un cap difficile.
Certes, le grand miracle n'a pas eu lieu et la mauvaise passe que finit de traverser STX se sera traduite par des destructions d'emplois et, par là même, un certain nombre de drames personnels. Mais il y a eu, quand même, un petit miracle : Le chantier n'a pas fermé et retrouve des perspectives, ce qui n'était objectivement pas gagné il y a un an.

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