Construction Navale
L'Hydroptère va renaître sur la Loire

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L'Hydroptère va renaître sur la Loire

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Une nouvelle vie nantaise pour l’Hydroptère, le trimaran volant futuriste imaginé il y a une trentaine d’années par Eric Tabarly et Alain Thébaut. Racheté par deux passionnés, Gabriel Terrasse et Chris Welsh, alors qu’il était abandonné à Hawaï, le bateau devrait revenir en France dans les mois à venir.

D’ailleurs, une partie de ses pièces sont déjà arrivées la semaine dernière des Etats-Unis, chargées à bord du roulier Ville de Bordeaux qui effectue la liaison entre les usines Airbus de Mobile et de Saint-Nazaire. « Nous avons récupéré des conteneurs dans lesquels étaient chargés le plan porteur arrière, les bras de liaisons et différentes pièces carbone », dit Gabriel Terrasse lors d’une présentation à laquelle Mer et Marine a assisté. Et ce n’est pas par hasard que ce soit un navire Airbus qui ait effectué ce premier rapatriement. L’avionneur, via son Technocentre nantais, est très impliqué dans la nouvelle vie de l’Hydroptère. « Les Airbusiens nantais ont une histoire très particulière avec ce bateau », explique Mathieu Giraud, directeur du Technocentre, « beaucoup de gens ont travaillé sur le projet il y a une vingtaine d’années et en ont toujours une très grande fierté. Dans l’histoire de l’Hydroptère, nous avons apporté notre savoir-faire et nos procédés pour les structures en composite. Les pièces ont été conçues ici et sont sorties de nos autoclaves ». Depuis sa conception, l’Hydroptère a allié les technologies navales et aériennes. Si ses pièces ont été construites à Naval Group Lorient puis assemblées aux Chantiers de l’Atlantique, ce sont aussi des ingénieurs de Dassault, de l’Aérospatiale et donc d’Airbus qui ont contribué à leur conception. « Le bras de liaison de l’Hydroptère c’est un peu comme la poutre centrale des avions, il subit les mêmes types de contraintes ». Et cela pourrait continuer puisque les ingénieurs nantais de 2021 sont impatients d’examiner les pièces qui leur sont parvenues et qui vont continuer à arriver. « C’est très intéressant pour nous d’avoir un modèle qui a subi un vieillissement dans un environnement marin très exigeant. C’est un retour d’expérience qui va être très utile ». Evidemment, ensuite, l’idée est de mobiliser les mêmes ingénieurs pour remettre en état et faire évoluer le bateau. Une fois toutes les pièces prêtes, l'assemblage se fera à Saint-Nazaire.

Une plateforme pour la R&D 

« Nous espérons voler d’ici la fin de l’année si le Covid nous laisse un peu de répit », espère Gabriel Terrasse. Mais loin de lui de vouloir en faire un défi sportif. L’Hydroptère était futuriste il y a trente ans et il a sans doute préfiguré toute la tendance des foils qui deviennent une nouvelle norme à la course au large et peut-être bientôt pour des navires de commerce. Mais ce n’est plus sa vocation que de faire des performances ou de se mesurer aux bateaux volants actuels. Non, ce que Gabriel Terrasse souhaite c’est que le navire fasse « rêver mais aussi participer à la R&D, devenir une plateforme pour les entreprises, laboratoires et académiques qui voudraient l’utiliser pour travailler sur leurs projets ».

Il a reçu un écho de l'intercommunalité nantaise qui, comme le souligne Francky Trichet, vice-président de Nantes Métropole, veut « renouer avec son histoire maritime ». Nantes veut jouer sa carte dans la course à l’innovation maritime et abat ses cartes : réaménagement du quartier de Bas-Chantenay, qui va devenir une pépinière d’entreprises, soutien à des programmes industriels, dispositifs d’accompagnement, « nous voulons soutenir la science et l’innovation croisée, la recherche ouverte et interdisciplinaire ». Une recherche collaborative qu’« incarne l’Hydroptère » qui, en plus, « fait briller les yeux des enfants et pourquoi pas susciter des vocations ».

Si le projet Hydroptère 2.0 est déjà fort de deux soutiens de poids, avec Airbus et la métropole nantaise, il a besoin encore d’aide. Un appel au mécénat et à l’aide technique a donc été lancé pour que le bateau puisse effectivement retrouver la mer dans les mois à venir.

Voir notre reportage à bord de l'Hydroptère à l'époque du mécénat DCNS

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